22- GR7 Méloménil – Darney

Written by Claude CAMILLI

MELOMENIL-DARNEY

19 MAI 2018

Voici une vidéo retraçant la 22ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Le GR7 chemine d’abord le long du Canal des Vosges, passe vers les sources de la Saône et du Madon. Les eaux de l’une finissent dans la Méditerranée et celles de l’autre dans la Mer du Nord. Je longe la toute jeune Saône, je me perds dans la forêt avant d’atteindre Darney.


Voici le texte de cette vidéo:

Reprendre le chemin là où je l’ai laissé la veille, cheminer sur l’unique ruelle de Méloménil, sentir la matinée qui s’annonce radieuse : mes sens se mettent en éveil dans la joie…

Quelques mètres et nous débouchons sur ce lieu aussi intéressant que paisible : le Canal des Vosges.
Autrefois appelé Canal de l’est branche sud, ce canal relie le bassin du Nord-Est au bassin Rhône-Saône. Il est donc orienté nord-sud et s’étire sur 122 km, des environs de Nancy jusqu’au sud d’Epinal, jalonné de 93 écluses, enchâssé dans une forêt profonde.

Nous le longeons d’une écluse à la suivante, celle de Reblangotte, proche du village lorrain d’Uzemain.

Justement un voilier barré par un couple d’Anglais cherche à la franchir. Le retraité aux gestes sûrs, au sens de la manœuvre, est un ancien de la Royale.

Nous reprenons notre sentier qui s’enfonce dans la sombre forêt jusqu’à cette clairière où Daniel fait demi-tour alors que je poursuis d’un bon pas, franchissant bientôt la tranchée devenue inoffensive du Fays de l’air, triste souvenir de la Grande Guerre.

Je retrouve le canal au Pont-Tremblant près duquel je fais une joyeuse rencontre avec un jeune homme, heureux d’avoir trouvé du travail dans la région et d’avoir ainsi la chance de vivre près des rives du canal qui a bercé son enfance.

Les genêts et les bouleaux aux doux feuillages aériens égayent les clairières.
Je retrouve les fougères, mes gracieuses demoiselles appartenant aux Ptéridophytes, qui ne produisent donc ni fleurs, ni graines et dont la reproduction complexe est longtemps restée mystérieuse.

Je suis toujours au cœur de la Vôge dans la forêt du Ban d’Harol, une forêt qui, lors du rattachement de la Lorraine au royaume de France, puis après la révolution de 1789, devint un bien royal puis impérial enfin domanial. Hêtre, chêne, puis plus tard pin sylvestre, sapin, épicéa, pin Weymouth, douglas, mélèze d’Europe et chêne rouge d’Amérique sont les principales essences de cette forêt où se réfugient chevreuils, cerfs, et sangliers, renards et blaireaux, pic épeiche et cigogne noire.

On trouve aussi la très rare Osmonde royale, une fougère magnifique qui est protégée.

Cette forêt a été fragilisée par la pollution atmosphérique lors des pluies acides qui transportaient souffre et azote. Les sols déjà acides, se sont alors progressivement appauvris en calcium et magnésium, provoquant une acidification plus grande encore et le dépérissement des arbres notamment des hêtres, phénomènes accentués par les sécheresses de 1976 et de 2003. Pour remédier durablement à ce désastre les forestiers de l’ONF, en lien avec les chercheurs de l’INRA, l’Institut national de la recherche agronomique, tentent d’amender ce sol très pauvre, lui apportant calcaire et magnésium sous forme d’éléments minéraux naturels, broyés en poudre.

Je viens de suivre la longue Tranchée de Thunimont jusqu’à cette Chapelle de la miséricorde.

Mais chut, écoutons le chant des oiseaux…

Le GR 7 me conduit maintenant à travers prairies et champs de céréales jusqu’au village de Vioménil où Daniel m’attend, comme il se doit, au pied de l’église. C’est le temps de l’indispensable casse-croûte, en fait un plat délicieux, préparé à l’avance et que nous réchauffons dans les casseroles du petit bus !

La Saône prend ici sa source et chose curieuse, à 2 km de là se trouve la source du Madon qui se jette dans la Moselle. Ces deux sources situées sur deux versants différents des Monts Faucilles se jettent pour l’une dans la Méditerranée et pour l’autre dans la Mer du Nord.

Ma route est encore longue, je dévale le vallon de la très jeune Saône, saluant au passage mes amis les chevaux.

Puis mes amies les vaches…

Je suis le sentier de la Pille jusqu’à la verrerie éponyme.

Des verriers sont venus de Bohême au 15ème. Ils trouvaient là le sable, issu de l’érosion du grès, nécessaire à la fabrication du verre, le bois pour alimenter les fours, la cendre des fougères riche en soude et l’eau qui actionnait les machines et apportait la nourriture avec ses viviers à poissons.

L’endroit est superbe, plein de douceur et de charme.

Quittant la Saône, le GR s’élève, change plusieurs fois d’orientation, suit sentes et pistes pour finir par se perdre. Ou plutôt, c’est moi qui perds sa trace. Je m’enfonce dans les taillis, suis des marques de tracteur, profondes et boueuses, dois faire demi-tour, essaie plusieurs pistes menant à des impasses. Je me décide finalement à revenir longuement sur mes pas pour découvrir enfin le départ d’un vague passage trouant la haie, à peine visible, mais qui s’avère bien être le GR. C’est la première fois qu’il est si mal indiqué !

Il me reste à suivre cette interminable piste rectiligne pour enfin me retrouver au pied de l’église de Darney où Daniel m’attend avec patience. Aujourd’hui j’ai allègrement parcouru 35 km.

Nous échouons au camp Ecolonie près d’Hennezel, lieu certainement chaleureux qui expérimente des formes de vie plus durables. Par exemple les portables n’y sont pas les bienvenus… Mais Daniel bénéficie d’un superbe emplacement pour entretenir ses abdominaux !

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