Diagnostic paysager de la Camargue par Hugo Chambost et Lenny Boulogne en 2017

Written by Claude CAMILLI

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Partie 1 : Présentation des Saintes-Maries-de- la -Mer

INTRODUCTION

Plusieurs axes vont structurer notre synthèse:

Tout d’abord nous allons aborder l’aspect culturel ainsi que l’aspect économique de la commune choisie, puis développer le contexte écologique afin de soumettre notre regard critique sur l’ensemble des données recueillies. La finalité de ce document est donc l’élaboration d’un état des lieux concernant le paysage de la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer.

POURQUOI LA CAMARGUE?

Ce qui nous a attiré vers ce territoire c’est tout d’abord l’immense étendue naturelle, zone de halte migratoire nous offrant une diversité biologique exceptionnelle. Par la suite nous avons surtout été interpellés par le fait que ce territoire a été entièrement façonné et remodelé par l’homme. Ainsi, une partie de la biodiversité que l’on peut aujourd’hui observer en Camargue est le produit de l’anthropisation du milieu.

La présence d’une nappe phréatique hyper-salée dans le sous-sol Camarguais rend l’agriculture extrêmement difficile, le fait que la culture du riz est devenue un des plus gros marché et emblème de la Camargue nous a paru étrange: Comment dessaler un terrain pour permettre la culture de céréales?

C’est avec ces questions en tête (agriculture, élevage, urbanisation, problèmes économiques de manière générale ainsi que, bien sûr, les problèmes écologiques) que nous avons pris la route de la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer qui est, il faut le préciser, la commune la plus étendue de France métropolitaine après celle d’Arles.

PRÉSENTATION DES SAINTES-MARIES-DE-LA-MER

Considéré comme la capitale de la Camargue, ce village dispose dans son environnement une réelle richesse écologique avec des mosaïques d’habitats très variés.

La commune des Saintes-Maries-de-la-Mer séduit par sa beauté sauvage et ses traditions vivantes et authentiques. Voici une rapide présentation de cette commune pour une meilleure compréhension.

1) Situation

Commune : Saintes-Maries-de-la-Mer (13460). 2593 habitants.

Communauté d’agglomération : Arles-Crau-Camargue-Montagnette

Département : Bouches-du-Rhône

Région : Provence-Alpes-Côte d’Azur

Altitude : Min 0m, max 6m.

Superficie : 374,61 km² soit 6,9 hab/km².

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Département des Bouches-du-Rhône

C’est une ville côtière méditerranéenne, située à l’est de l’embouchure du Petit Rhône, à une quarantaine de kilomètres au Sud d’Arles. Quittant le lit principal du Grand Rhône au Nord d’Arles, le Petit Rhône serpente avant de se jeter dans la Méditerranée à seulement quelques kilomètres des Saintes (le Grand Rhône quant à lui est presque rectiligne et rejoint la Méditerranée à Port-Saint-Louis-Du-Rhône). Le petit et le grand Rhône délimitent la Camargue qui se trouve dans le triangle formé par les bras de ces derniers et la côte fermant le triangle.

Se trouvant en plein cœur le Parc Naturel Régional la Camargue abrite une faune et une flore particulièrement riche.

Outre pour son cadre exceptionnel, ce village des Saintes-Maries-de-la-mer est une destination très prisée pour ses traditions, son folklore et ses 35 km de plage de sable fin.

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Camargue

2) Histoire de la Camargue

Les premières tentatives de colonisation du milieu ont eu lieu à l’antiquité, principalement avec les cultures céréalières (riz, blé, avoine…) puis c’est lors du Moyen-Âge que la construction des digues a débuté. Quant aux canaux d’irrigation leur création date du 20 ème siècle.

Ce remodelage du terrain a malheureusement fait disparaître pas moins de 40 000 hectares d’espaces naturels entre 1944 et 1988 ! C’est alors que les premières mesures de protection d’espaces naturels ont vu le jour.

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Village des Saintes-Maries au début du 20 ème siècle.

Photographie prise du même endroit, en 2010. Source inconnue par Alain Dervieux

3) Traditions

Ce petit village d’apparence très modeste accueille pourtant de nombreuses traditions profondément ancrées dans le cœur des gens vivant aux Saintes, mais aussi parmi la grande communauté des gens du voyage à travers le monde entier. En effet le village est référé par un lieu de pèlerinage depuis le XIIe siècle.

Selon la tradition chrétienne, après avoir embaumé le corps du Christ, les deux Maries (Marie Jacobé et Marie Salomé) auraient dérivé avec un groupe de nombreux chrétiens sur une barque de pierre, sans rame ni voile, jusqu’à un endroit alors nommé (par Festus Avienus, poète et géographe latin) l’Oppidum Priscum Ra,  »l’ancienne forteresse de Râ ». Elles auraient alors été accueillies par Sarah la Noire qui devint la servante des Maries.

Suite à cet événement, le lieu est appelé les Saintes-Maries-de-la-Barque et enfin les Saintes-Maries-de-la-Mer en 1838. Tous les ans, le 24 Mai, les gens du voyages se réunissent en masse (entre 8 et 10 milliers chaque année) devant l’église du village et emportent les reliques ainsi que la statue de la Sainte Sarah jusqu’à la mer. Le lendemain, les effigies des Saintes sont ramenées dans l’église.

Statue de la Sainte Sarah qui réside dans l’église

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                                                 fete

                                                 Procession de la Sainte Sarah lors de la fête des Gitans

Autour de cette fête religieuse s’ouvrent de véritables fêtes traditionnelles camarguaises. On retrouve le meilleur du flamenco, des violonistes et guitaristes hors pair. Des courses et des spectacles équestres, des corridas…

4) Architecture

a) Le PLU

Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, le blanc est de rigueur!

Le PLU est extrêmement strict sur la forme que doivent prendre les bâtiments. Ainsi à part dérogation spéciale pour les bâtiments agricoles, l’église, et les maisons de gardians, aucun bâtiment, que ce soit les habitations, les bâtiments publics tels que la mairie par exemple n’est autorisé à dépasser les 7 mètres de hauteur. D’autres clauses doivent être respectées : par exemple le crépi doit être blanc et les tuiles rouges…

eglise                      Village des Saintes-Maries-de-la-Mer, maisons basses, crépi blanc, et église en pierres calcaires                    

b) Les maisons de Gardians

On retrouve un type de bâtiment typique de la Camargue, les maisons de Gardians. Avec leur toit en roseaux, leurs murs blanchis au lait de chaux et le côté exposé au mistral en abside surmontée de la croix camarguaise, les maisons de Gardians sont devenues des acteurs économiques importants. On peut en louer pour passer la nuit de la même manière qu’on loue un mobil-home en camping.

maison

                                                            Maison de gardians

c) L’église

L’église de Notre-Dame-de-la-Mer, connue au 9ème siècle, au début de sa construction, sous le nom de Notre-Dame-de-la-Barque, fut détruite de nombreuses fois lors d’invasions. L’édification de l’église actuelle se fit entre 1165 et 1170 sous la forme d’une église fortifiée avec créneaux, mâchicoulis, et une tour de guet surplombant le village à 15 m de hauteur.

Sa renommée exceptionnelle (connue partout en Europe et même au-delà) est due à la présence des reliques de la Sainte Sarah et des Trois Maries : patronnes des gens du voyage.

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L'église telle qu'elle se dresse aujourd'hui date des XIe et XIIe siècles, les deux dernières travées ayant toutefois été refaites en partie (partie supérieure des murs et toit) au milieu du XVIIIe siècle. Le clocher a subi de son côté de nombreuses réfections, l'état actuel datant de 1901. Elle est dédiée aux Saintes Marie Jacobe et Marie Salomé (deux saintes de la famille directe de Jésus). Edifiée sur l'emplacement d'un sanctuaire déjà célèbre au 6e siècle, elle a été fortifié pour protéger les précieuses reliques présumées des saintes (ainsi que peut-être aussi les habitants du pays) contre les Sarrasins. Dans la crypte se trouve la statue de Sainte Sara, la patronne des Gitans.

Eglise des Saintes-Maries, face avant face arrière, en abside

d) Les digues

L’endiguement du delta du Rhône a débuté au 12ème siècle afin d’empêcher les incursions marines qui inondaient régulièrement la Camargue. Cette  »ceinture » de protection sert aussi à l’effet contraire, lors de l’irrigation des champs avec l’eau du Rhône, les digues empêche l’eau de partir directement en mer!

e) Les plages

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Plages et digues des Saintes-Maries

Les plages des Saintes sont connues pour leur sable gris et fin, mais aussi pour leurs quelques 30km de long! Malheureusement, ce paysage est gâché par la présence de digues en  »T » avançant dans la mer. Ces digues ont pour effet de casser les vagues et ainsi d’éviter les inondations du village côtier.

5) Secteur économique

a) Les chevaux

Le premier emblème de la Camargue est le cheval « Camargue ». Considéré comme l’une des plus anciennes races de chevaux du monde, le Camargue est probablement une relique de chevaux préhistoriques!

Adapté depuis toujours à un environnement rude, le Camargue est de taille moyenne voire petite, il est très endurant et ne se contente que de peu de nourriture, cela en fait un cheval d’exception qui a aidé l’Homme pendant des centaines d’années. Étant plus frugal qu’un cheval de trait il ne tire pas de lourdes charrues mais peut dépiquer le grain ou tirer des charrues avec aisance.

Il est encore largement utilisé de nos jours par les manadiers pour conduire les taureaux à travers champs et lors des fêtes de village.

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Cheval Camarguais lors d’une  »Abrivado »

Avec sa robe entièrement blanche et son élevage en quasi liberté, le Camargue est devenu un symbole fort de la région et son rôle économique est conséquent : revente aux particuliers ou professionnels, location pour balades à cheval, chevaux de calèches, fêtes au village… tout y est!

b) Les taureaux

Le deuxième emblème de la Camargue est le taureau, de race  »Brava » ; le taureau Camarguais est très reconnaissable à son pelage noir. Présent lui aussi depuis la nuit des temps en Camargue, il partage de nombreuses caractéristiques avec le cheval (de petite taille, résistant, frugal…)

Le premier et principal but de l’élevage du taureau est la course, en arène ou lors de fêtes. Les animaux de réforme, génisses et taurillons non retenus pour la course sont quant à eux, vendus pour leur viande!

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Taureaux de race Camargue en semi-liberté

Taureaux et chevaux font partie intégrante du décor, donnant un cachet sauvage au paysage par leur liberté et leur cohabitation. La Camargue leur doit énormément, que ce soit sur le plan touristique, sur le plan économique et ou encore sur le plan écologique.

c) Le riz

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Rizière juste après semis, remplie de l’eau du petit Rhône

d) Les manades

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Manadier en train de rabattre un taureau vers son troupeau

Qu’est-ce qu’une manade ?

Une manade est un troupeau libre de taureaux, de vaches ou de chevaux de race Camargue conduit par un gardian. La manade est dirigée par le manadier.

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En Camargue, aucun manadier n’est uniquement manadier: En effet, les manades ne rapportent pas assez pour ne vivre que de cela, il est donc vital pour un manadier de cumuler plusieurs activités comme les manades, l’élevage de chevaux, les balades touristiques à cheval ou en calèche, la riziculture … Certains cumulent même toutes ces activités à la fois… Être manadier est souvent une affaire familiale. Les journées sont très longues et éreintantes (d’autant plus qu’un manadier passe plus de 8 heures en selle chaque jour!!).

e) Le parc ornithologique

Depuis 1974, le parc ornithologique du Pont-de-Gau permet au grand public comme aux plus expérimentés de découvrir encore et encore toute la biodiversité de la Camargue sur 60 hectares de nature aménagés de sentiers pédestres.

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La diversité ornithologique de la Camargue est immense et se renouvelle à chaque saison. Le parc attire ainsi de nombreux visiteurs, été comme hiver.

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Observation de proximité des flamands

f) La période d’activité

La période de forte activité correspond aux mois de juillet et d’août.

Attirés par le beau temps constant, la chaleur et le sable fin, des milliers de personnes viennent profiter de la Camargue pendant leurs vacances. La plupart des commerçants, manadiers, éleveurs font 80% de leur chiffre d’affaire lors de ces deux mois d’été…

Sans les plages, les Saintes-Maries-de-la-Mer ne seraient sans doute qu’un hameau peu fréquenté.

6) Spécialités

a)Viandes taurines

Après une matinée de balade en pleine terre Camarguaise, c’est un gage de qualité et d’excellence que de retrouver dans son assiette le même steak d’un taureau qu’on a vu courir en liberté le matin même ! Devenu une véritable spécialité des Saintes-Maries, il est impossible de trouver un restaurant n’ayant pas de viandes taurines au menu.

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Ici, steak de bœuf et frites à la sauce provençale

b) Produits de la mer

Proximité de la mer oblige, les produits de la mer sont de rigueur au Saintes-Maries : seiches à la plancha, moules et poissons de mer sont des mets incontournables.

Seiche à la plancha accompagnée de riz Camarguais et de légumes marinés

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Moules persilléesclip_image019_thumb

c) Riz coloré

Afin d’accompagner les produits précédents, le mieux reste le riz camarguais. Possédant autant de couleurs que de goûts différents, c’est l’accompagnement parfait pour tout type de plats.

riz

Riz blanc long Riz rouge Riz jaune Riz noir Riz blanc rond

d) Alcool Camarguais

Tout bon repas est accompagné de son alcool, rosé des sables, liqueur des Gardians ou bière de riz. Chacun y trouve son bonheur.

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Vins des sables

7) Art

a) L’arène

Tout d’abord, aucune corrida ni mise à mort ne sont pratiquées à l’arène des Saintes-Maries!

La corrida a été remplacée depuis longtemps par des jeux comme le  »taureau piscine » où tout le monde peut participer sans blesser la bête puisque ce jeu consiste uniquement à entraîner la fameuse vachette dans la piscine, à l’amener à détruire la construction en mousse de l’adversaire ou à entourer ses cornes de cerceaux.

Des courses à l’intérieur et à l’extérieur de l’arène ont aussi lieu, donnant un véritable cachet à la ville.

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Photographie de M.Gilles Martin-Raget

b) Le musée

Le musée Camarguais retrace les activités de l’homme depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Il développe des techniques utilisées par nos ancêtres pour survivre et maîtriser un environnement aussi rude.

L’extérieur du musée est lui aussi intéressant puisqu’il est au centre de plusieurs rizières dont on peut observer le fonctionnement de près.

c) Les ronds-points

En Camargue, chaque rond-point possède une partie de l’histoire du lieu: Quel meilleur endroit pour exposer à la vue de tous?

On peut ainsi observer des sculptures d’oiseaux emblématiques de la Camargue, des ancres de très anciens bateaux, une barque représentant celle des trois Maries… etc.

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Exemple de deux ronds points des Saintes-Maries

Partie 2 : ETAT DES LIEUX DES SAINTES-MARIES-DE-LA-MER
SYNTHÈSE ÉCOLOGIQUE

La commune comprend une vaste zone de marais dulçaquicoles (un organisme dulçaquicole, ou dulcicole, est un organisme qui vit en eau douce) constitués par différents étangs dont celui de Vaccarès. Le tout est ceinturé par la plus vaste étendue de roselière de la région.

Sur le pourtour des phragmitaies (zones de plantes à tendance phragmites) on rencontre une multitude de milieux très diversifiés (jonçais, vasières, sansouires, tamarisières, prairies ouvertes…) intriqués les uns aux autres, formant une mosaïque d’habitats complexes.

Tortue de Floride

La taille et l’emplacement du site donnent à ce complexe d’étangs et de terres un intérêt majeur sur le plan ornithologique : Placée en pleine trajectoire de migration nord/sud, la commune des Saintes offre aux oiseaux un milieu propice aux haltes migratoires grâce à un site d’alimentation exceptionnel, à la multitude d’habitats et d’espèces dont elle dispose.

Hormis les quelques 380 espèces d’oiseaux recensées, ce qui représente plus de 150 000 oiseaux qui transitent chaque année en Camargue, celle-ci abrite de nombreuses espèces de mammifères, reptiles, amphibiens, poissons…

On peut ainsi nommer la Genette, la cistude d’Europe, la grenouille rousse, la dorade royale…

Paysage typiquement camarguais

1) Les points négatifs

a) Déconnexion de corridors

Les canaux d’irrigation des flux hydriques sont nombreux en Camargue, ils servent à évacuer l’eau retenue à l’intérieur de la ceinture de digues. Tous ces petits canaux ce regroupent en de plus gros afin de se jeter en mer par un exutoire commun.

Turbine déconnectant le canal de la mer…

C’est au bout de cet exutoire, à quelque dizaines de mètre de la mer qu’une déconnexion quasi complète a lieu.

En effet, pour casser les éventuels embâcles et remuer les sédiments, la mairie a fait installer une turbine sur toute la largeur du canal, broyant aussi bien le bois flotté que toute la faune piscicole. Cette turbine est extrêmement néfaste pour la biodiversité.

Une passe à anguille a bien été aménagée afin de palier en partie à cette déconnexion. Malheureusement, les anguilles ne sont pas les seules à remonter le cours d’eau!

et broyant tout ce qui passe : Branches, galets, poissons, grenouilles…

De plus à l’aval, se trouvent plusieurs vannes gérées manuellement qui permettent au pertuis de déverser l’eau douce à la mer. Le site se trouvant en plein cœur d’une ZICO,         (Zone importante pour la conservation des oiseaux) certaines espèces piscicoles se font piéger par les oiseaux qui s’en nourrissent car elles restent bloquées dans cette enclave dont la superficie est trop petite, les condamnant à mourir.

b) Eaux de ruissellement polluées

L’un de ces canaux dont on a parlé ci-dessus longe le village des Saintes-Maries d’ouest en est avant de se déverser dans la mer. Plusieurs problématiques découlent de cette proximité avec la ville :

Tout d’abord on peut constater visuellement que de nombreux tuyaux d’évacuation d’eaux usées qui sortent des habitations ainsi que du camping se déversent directement (et sans traitement élaboré) dans le canal.

En cherchant davantage, il apparaît que la station d’épuration de la ville fait de même. Bien sûr, ses eaux sont traitées mais comment une petite STEP (station d’épuration des eaux usées) conçue à la base pour 2000 personnes peut faire face efficacement aux milliers de personnes présentes lors de la saison chaude ?

En creusant davantage encore, une dernière problématique s’est imposée à nous : le sol du village est entièrement bétonné et donc imperméable aux eaux de ruissellement qui lessivent alors le sol entraînant des dépôts de tout-venant avant de se jeter dans le canal.

Toutes ces problématiques montrent des sources de pollution non négligeables, et bien qu’elles soient reconnues, rien ne semble vouloir être fait pour lutter contre elles.

              Pollution au phosphate au bord du Petit Rhône

c) Les décharges sauvages

 Bottes d’ensilage au bord d’un chemin de balade

Bien qu’une grande attention soit portée à la propreté, il n’est pas rare au cours d’une promenade de tomber sur les restes mal dissimulés d’un camping sauvage ou des bottes d’ensilage négligemment empilées sur le bas-côté d’une prairie ce qui nuit à l’esthétique du paysage ainsi qu’à la pureté du site. Il semble malheureusement impossible de préserver plus de 374 km² de nature sauvage du peu de conscience qu’ont certaines personnes envers la nature.

Petite décharge sauvage au détour d’un chemin

d) La disparition de la plage

Depuis une dizaine d’années, le recul de la plage préoccupe de nombreuses personnes. Or cette plage est une des principales raisons de la forte affluence de touristes au mois de juillet et d’août. Les restaurateurs, boutiquiers, et autres commerçants vivant du tourisme ont peur de ne plus bénéficier de la même affluence.

Les agents de l’urbanisme voient la mer se rapprocher dangereusement des habitations et ont peur du danger que représente cette dernière.

Les écologues, quant à eux, pensent à la biodiversité vivant dans et hors du sable, biodiversité qui disparaît avec la plage.

Cette disparition est due à la montée des eaux ainsi qu’au phénomène d’érosion provoqué par les courants marins.

Certaines mesures ont été mises en place grâce à l’intervention du délégué à l’urbanisme, Monsieur Roger De Murcia :

  • La pose d’une couche de galets sur 1 km de long devait retenir le sable et rajouter de l’épaisseur, mais le projet a été stoppé au bout de 100 mètres par la réserve naturelle régionale de l’étang de Vaccarès parce que la destruction des habitats était trop importante et parce qu’aussi, l’aspect esthétique de la plage était fortement dégradé. On peut encore voir les restes du projet sur une partie des plages de l’Est.

                          Plage de galets, vestige des tentatives de sauvetage de la plage 

  • La pose de rouleaux de toile de coco biodégradable devait retenir le sable lors du ressac des vagues. Bien que prometteur, le projet fut un échec car à chaque tempête les tiges de fer arrimant les rouleaux au sol se décrochaient.

Vision de la plage telle qu’elle devrait être, c.-à-d. sauvage sans actions anthropiques

e) L’épuration des eaux usées

Voilà un des sujets qui nous a le plus surpris. Malgré le fait que la Camargue possède la plus grande étendue de roselière de la région, il n’y a aucune station de phyto-épuration. Pourtant, l’efficacité d’un tel système n’est plus à prouver et les plantes pouvant jouer ce rôle ne manquent pas.

Lorsque nous avons soumis cette idée aux personnes en charge de l’épuration, on nous a répondu qu’une station de traitement chimique des eaux usées en amont est en projet, (station qui sera par ailleurs cachée à la vue du public par la plantation d’une phragmythaie).

L’idée d’une épuration écologique, efficace, et esthétique ne semble hélas pas encore avoir fait son chemin face à des techniques plus conventionnelles …

f) ‘’Après moi le déluge’’

Ce titre nous a semblé résumer notre impression quant à la politique écologique de la commune.

Les moyens alloués à l’écologie en Camargue sont utilisés avec peu de convictions, car dans cette commune on semble considérer que, aujourd’hui, il n’y a que peu de problèmes. Comme les véritables problèmes ne commenceront à se manifester que dans une trentaine d’années (perte de biodiversité, pollution, hausse du niveau de la mer…) personne ne veut prendre en charge le travail qui incombera alors aux générations futures…

2) les points positifs

a) Le capital écologique de base de la Camargue

La Camargue dispose de différentes réglementations et institutions telles que le Parc naturel régional de Camargue ainsi que la Réserve naturelle régionale de Camargue car elle dispose d’une richesse écologique exceptionnelle. Grâce à cela, l’environnement est protégé par diverses réglementations, celles d’un PNR et celles d’une réserve naturelle.

b) La commune

Bien que certains points restent négatifs tels que les déconnexions de corridors, la commune des Saintes-Maries-de-la-mer a adopté pour l’instant une politique conservatrice. Elle fait énormément pour conserver l’aspect naturel que ce soit pour les espaces naturels ou pour la ville. Ainsi le nouveau PLU révisé le 13 Juillet 2016 conserve ses caractéristiques principales (la couleur blanche sur les murs ainsi que la hauteur maximale de 7 m  doivent être respectées permettant de résister encore un temps aux pressions imposées par le besoin de développement du village). Nous en parlerons par la suite.

Partie 3 : LES MENACES QUI PÈSENT SUR LE TERRITOIRE

1) Le contexte socio-économique

a) La pression de l’Etat

Dans un souci de développement économique et social, l’Etat comme la commune cherchent à augmenter la capacité d’accueil en rajoutant des logements.

La commune souhaite construire en élargissant le village afin de conserver l’aspect authentique de celui-ci, si prisé par les touristes.

L’Etat, quant à lui, cherche à densifier le village ce qui aurait pour conséquence de sacrifier ce côté authentique en incitant à la construction d’immeubles et en interdisant la construction d’appartements ou de maison en dehors de l’enceinte du village.

Seuls 150 logements ont pu être construits au cours des trente dernières années, ce qui ne représente rien par rapport à l’afflux touristique toujours plus fort. La situation est pour le moment bloquée, mais une solution devra être trouvée pour faire évoluer le village. Combien de temps reste-t-il avant que les barres d’immeubles ne gâchent assurément le charme, le panorama et l’esprit du village ?

Cependant ce problème est complexe car l’afflux de personnes et les constructions en dehors de l’enceinte de la ville peuvent causer la destruction massive et irréversible de la biodiversité. Une question est donc légitime : ne peut-on imaginer de réguler ce flux de touristes comme cela se fait dans d’autres grands sites ?

D’autant plus que cette tendance à l’accroissement risque de s’inverser dans les années à venir.

Grâce au PLU, seul  l’église dépasse les 7 mètres de haut!

b) L’affluence des touristes

Bien que la tendance risque de s’inverser au cours des 50 prochaines années, pour le moment, le petit village des Saintes-Maries de-la-Mer voit donc chaque année affluer de plus en plus de touristes et de vacanciers.

Cela est certes bénéfique pour l’économie mais fait apparaître de graves problèmes sous-jacents :

– Comment héberger tout ce monde alors que l’immobilier est bloqué ?

– Comment garantir la propreté de la commune avec autant de monde ?

– Comment les ‘‘safaris nature’’, toujours plus nombreux, ne vont-ils pas dégrader excessivement le milieu ?

Petit groupe observant les taureaux

c) Les campings sauvages

La forte affluence de touristes apporte aussi son lot de feux de camps interdits, de campings sauvages, de pollutions, de bruits et lumières…

Ce sont autant de dérangements qui perturbent énormément la faune et la flore et qui, de plus, nuisent à l’esthétique de la commune.

Il est malheureusement difficile de surveiller en permanence un territoire aussi étendu et sauvage.

2) Le contexte écologique

a) Les moustiques

Le réchauffement climatique voit progressivement de nouvelles espèces de moustiques s’adapter dans des endroits où leur présence était impensable il y a 10 ans.

C’est le cas du moustique tigre, provenant du continent africain qui transporte avec lui son lot de maladies dangereuses et potentiellement mortelles si elles ne sont pas traitées !

La Camargue est un milieu chaud, humide et constitué de nombreux marais, c’est le milieu parfait pour le développement de moustiques. Avec les milliers de personnes visitant la Camargue chaque année, cela risque de provoquer un énorme problème sanitaire.

Des actions sont déjà menées pour lutter contre le moustique tigre :

Peu avant la saison touristique, la Camargue est arrosée d’insecticides, décimant ainsi les moustiques tigres mais aussi toutes les autres espèces d’insectes présentes et sûrement la santé des personnes qui vivent sur place tout au long de l’année.

Moustique tigre

b) L’augmentation du niveau de la mer

Pour l’heure cette menace est ignorée par la plupart des gens, pourtant les scientifiques sont formels : le niveau de la mer va augmenter dans les prochaines années à cause du réchauffement climatique.

Cette augmentation est déjà visible, c’est un des facteurs qui fait reculer la plage chaque année, mais apparemment cette augmentation n’est pas encore assez violente pour faire réagir et poser les vraies questions :

Comment lutter contre la montée des eaux ? peut-on déplacer la population le cas échéant ? Comment préserver le patrimoine écologique et culturel de la Camargue ?

Dans un sens, cela peut se comprendre : Qui peut empêcher les eaux d’augmenter puis de déferler sur la Camargue ?

C’est maintenant qu’il faut chercher des réponses et éveiller les consciences, avant qu’il ne soit trop tard et que plus rien ne puisse être fait pour échapper à ce phénomène.

En quelques années, la mer est passée de l’autre côté de la digue

c) Le déplacement des haltes migratoires

A propos du réchauffement climatique, nous avons déjà abordé la montée des eaux et l’apparition du moustique tigre. De la même manière tous les animaux et végétaux sont affectés par ce changement.

Ainsi on peut craindre que de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs, faisant leur halte en Camargue se retrouvent obligées de trouver de nouvelles zones de repos, en s’aventurant de plus en plus loin.

Bien sûr, la Camargue est un immense territoire naturel qui peut accueillir de nombreuses années encore les haltes migratoires. Mais après ? Lorsque le phénomène du réchauffement planétaire aura eu pour conséquence de faire migrer les espèces jusque dans des zones moins propices à leur accueil (grandes villes, zones de cultures, zones forestières…), on peut supposer d’énormes dégâts, tant pour les espèces migratrices que pour les activités humaines.

Voici encore un questionnement restant sur le banc de touche, attendant d’être considéré comme suffisamment menaçant pour mériter que l’on s’intéresse à lui…

Aigrettes garzette en pleine pêche

Notre conclusion

La commune des Saintes-Maries-de-la-Mer est pour nous d’une bonne qualité écologique ainsi qu’esthétique. Très peu de choses viennent dégrader actuellement l’authenticité du lieu.

Il est plus approprié de parler de sauvegarde des paysages plutôt que de reconquête.

Néanmoins on peut dire que si la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer met un point d’honneur à garder une belle apparence, les problèmes que nous avons soulevés mériteraient  d’être réglés.  Mais là n’est pas le plus inquiétant:

Une très grande partie de la commune, ses habitations et son patrimoine écologique et culturel, sont menacés de finir engloutis par la montée des eaux. Seulement, cela n’arrivera que dans plusieurs dizaines d’années; très lentement, la mer va gagner du terrain sur les terres.

Ce n’est sans doute hélas que lorsque cela deviendra problématique pour les habitations qu’un intérêt sera porté à ce problème. Il sera alors assurément trop tard pour trouver une solution et la perte de ce patrimoine exceptionnel sera inévitable.

Comment éveiller les consciences au sujet de cette menace et permettre la recherche de solutions ?

Cela reste un défi que la Camargue n’est pas la seule à devoir relever !

Lever de soleil sur l’étang de Vaccarès

D’autres communes cherchent-elles des solutions ?

Différentes communes du littoral telles que Cary-le-Rouet utilisent d’autres alternatives pour éviter ce problème d’érosion (endiguement structuré, galets drainant, etc …) La commune de Carry-le-Rouet a compris l’importance de la montée des eaux et a donc mis en place un budget adéquat pour faire face à ce problème.

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