58- Col de Prat-de-Bouc – Saint-Flour

Written by Claude CAMILLI

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Col de Prat-de-Bouc – Saint-Flour

14 juillet 2019

Voici une vidéo retraçant la 58ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Voici l’étape ouest-est qui me conduit du Plomb du Cantal à Saint-Flour. Je marche sur la Haute Planèze vers 1 400 m d’altitude, un plateau basaltique issu des éruptions volcaniques. Fermes planézardes typiques, clocher à peigne à Valuéjols, château fort de Sailhan et Saint-Flour.

Voici le texte de cette vidéo:

Et me voici de nouveau au Col de Prat de Bouc, un mois plus tard presque jour pour jour, sur notre route La Rochelle-Avignon, via Coudes près de Clermont-Ferrand où je rencontre deux étudiants de BTS. Mais c’est juste pour une étape ouest-est, Plomb du Cantal – Saint-Flour. Car je préfère marcher en mai, juin ou septembre, mois pendant lesquels la végétation est plus intéressante et les couleurs plus belles.

Hier, camping à la ferme à Albepierre-Bredons, en pleine nature au calme, en bordure de forêt, au pied de la planèze de Saint-Flour, un vaste plateau volcanique.

Albepierre ou « Pierre blanche » en occitan, est un joli village de montagne caractéristique du Cantal.

A l’arrivée au col de Prat de Bouc, mon regard se dirige aussitôt vers le Plomb du Cantal que j’ai dévalé le mois dernier. Laissant celui-ci et le col dans mon dos, je grimpe avec Daniel à travers les prés.

La variante du GR 4 domine d’abord la vallée du ruisseau de Prat de Bouc en s’élevant doucement. Regard en arrière vers l’ouest, sur le sommet du Plomb du Cantal avec ses téléskis puis vers le nord en direction des Monts du Cézallier, enfin droit devant nous, sur le sommet arrondi de la planèze, plateau d’estive où les seuls êtres vivants croisés sont les Aubracs couleurs froment ou les Saler(s) rouquines, les premières aux cornes en forme de lyre, les secondes en forme de guidon !

Après une longue marche, Daniel fait demi-tour, rejoignant le col alors que je poursuis à travers les prés, franchissant les clôtures, longeant les landes à genêts puis descendant doucement vers la plaine qui s’étire au loin. Je marche sur la Haute Planèze vers 1 400 m d’altitude, ce plateau basaltique issu des éruptions volcaniques, au sol d’une grande fertilité et dont la flore est riche et variée.

Les prairies font maintenant place à des bosquets de pins et une zone humide où  je perds momentanément mon chemin.

Le paysage devient tout à fait original : mélange de prairies, de bocages, de champs de céréales, de bouquets de pins. La piste pierreuse que j’ai retrouvée atteint les premières maisons de Lescure et son église curieusement mitoyenne d’une habitation rurale.

Alors que je traverse le village, un nain de jardin qu’une main astucieuse a placé dans le tronc d’un chêne, me salue joyeusement.

Je passe devant quelques fermes planézardes typiques (celle-ci date de 1854) et devant tout un petit patrimoine architectural populaire : croix en pierre de schiste, oratoires ou four à pain.

Je traverse le cœur de la Planèze de Saint-Flour, occupée dès le néolithique (il reste des dolmens), et plus tard considéré comme le grenier à seigle de l’Auvergne jusqu’au 20ème siècle mais le seigle, le sarrasin et la lentille laissent peu à peu la place à l’élevage laitier.

À Valuéjols je retrouve Daniel qui a fait un détour par Murat. Nous nous installons sous les arbres de la place pour pique-niquer avant de nous diriger vers l’église Saint-Saturnin dont je lis qu’elle est « un petit bijou d’art religieux médiéval »: effectivement son chevet est roman et les restaurations successives sont de style gothique. Elle présente une curieuse tour de fortification qui la rend attachante. Quant au clocher à peigne, il est du 19ème siècle.

Comme souvent dans les campagnes les immenses granges étables sont accolées aux maisons d’habitation pour profiter de la chaleur animale durant l’hiver. Car il fallait lutter contre le froid et la neige, d’où ces bâtisses massives avec leur toit très pentu autrefois couvert de chaume.

Sans les voir, je passe à proximité de zones humides d’un très grand intérêt botanique avec quelques espèces remarquables. Par ailleurs, cette zone Natura 2000, ensemble de prairies humides pâturées, est très importante pour les oiseaux migrateurs au printemps et à l’automne. Malheureusement, l’intensification de l’agriculture, les projets de carrière ou les projets d’assèchement les rendent vulnérables.

Favoriser des prairies de fauche naturelles, restaurer les zones humides dégradées, améliorer la gestion de l’eau en amont : ces mesures de protection tentent de rétablir et de maintenir l’équilibre écologique.

A ma droite s’élève de Puy de Tanavelle dont le cône ne domine que de 80 m le reste du plateau.

Quand je me retourne je vois que la masse du Plomb du Cantal s’est prodigieusement éloignée depuis ce matin.

Je passe le hameau de Liozargues avec ses étranges tas de bois puis le GR 4 rejoint la vallée de l’Ander, suit un moment le ruisseau, passe à Bikini !, traverse la départementale qui relie Murat à Saint-Flour puis grimpe par le hameau de Mons jusqu’à la Planèze que je retrouve, parfaitement plate.

Mais bientôt, le relief s’anime de nouveau avec ses champs de céréales et ses bosquets de pins. Enfin je devine le site de Saint-Flour au loin mais auparavant le sentier fait un grand détour par le spectaculaire château fort de Sailhant qui domine de son éperon basaltique le ruisseau et la cascade de Babory. Magnifique ! Quatre tours rondes, deux autres plus petites, un donjon carré, des remparts.

Il est tard, il me reste encore une dizaine de kilomètres à parcourir et je n’ai pas la force de grimper pour le visiter. Dommage car il a été merveilleusement restauré et entièrement et magnifiquement remeublé.
Je repars jusqu’au village d’Andelat et son église. Comme celui de l’église de Valuéjols le clocher-mur est percé de quatre baies en plein cintre c’est-à-dire aux arcs semi-circulaires sans brisure. Comme souvent sur la planèze, on y monte par une tour ronde donnant à l’ensemble une allure de forteresse.

Je descends au fond de la vallée de l’Ander avant de remonter sur le rocher de Saint-Flour, volcanique bien sûr ce rocher ! Capitale religieuse de la Haute-Auvergne, la ville arbore avec fierté sa cathédrale, ses remparts, ses hôtels particuliers, son palais épiscopal.

Longue journée, j’ai parcouru près de 40 km, c’est mon record ! Daniel m’attend avec impatience car nous devons quitter avant 20 h le camping où il s’était installé. La raison ? Passage du Tour de France demain matin : la ville est cernée par les barrières de protection ! Nous avalons donc rapidement une crêpe excellente servie avec diligence par un patron aimable et bavard puis nous roulons jusqu’à Saint-Chély-d’Apcher pour y dormir…

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