83- Refuge de Batère – Amélie-les-Bains

Written by Claude CAMILLI

Refuge de Batère – Amélie-les-Bains

Samedi 5 septembre 2020

Voici une vidéo retraçant la 83ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Dans cette étape, toujours sur le GR 10 dans le Haut-Vallespir, je quitte le refuge de Batère pour descendre au fond de la vallée du Tech, jusqu’à Arles-sur-Tech et son abbaye bénédictine, la plus ancienne abbaye carolingienne de Catalogne, puis Amélie-les-Bains. En chemin je croise les restes de la station de Jacouty, et du câble aérien, reliant les mines de Batera à Arles-sur-Tech. Une très belle étape au cœur des Pyrénées-Orientales.

Voici le texte de cette vidéo :

Tôt ce matin, j’ouvre les volets de ma chambre et reste pensive devant tant de beauté matinale puis je me faufile silencieusement dans les couloirs du refuge encore endormi. Le gardien, qui m’a préparé avec bienveillance mon petit-déjeuner dès hier soir, vient me rejoindre dans la cuisine où nous échangeons quelques paroles anodines.

Aujourd’hui c’est une longue descente qui m’attend pour rejoindre le fond de la vallée du Tech. Je quitte donc les hauteurs roussies par les rayons rasants du soleil, puis, mon sac à dos bien arrimé, je déroule paisiblement de grandes enjambées sur la route, le regard bondissant de nuages en nuages, de vieux rose en violine, de crêtes en crêtes qui sans cesse s’effilochent.

Au col de la Descarga, j’emprunte le sentier que j’ai repéré hier et qui s’enfonce dans les verts et les ors, jouant à cache-cache avec le soleil et bientôt avec la brume.

Celle-ci s’épaissit autour de moi, attriste les couleurs, cherche à m’envelopper, mais finit par se défaire. J’émerge dans un paysage brouillé de sombres vallons et de molles collines encombrées de fougères. La descente s’annonce très longue.

Je laisse donc, loin derrière moi, les étages montagnards et subalpins du massif du Canigou. Je repense alors au problème de la fermeture du milieu dont on me rétorque si souvent qu’elle est intéressante pour la biodiversité. Eh bien non, c’est une idée fausse. La réouverture de ces milieux est nécessaire. La fiche de synthèse du site Natura 2000 du massif du Canigou l’explique parfaitement : ces milieux sont « progressivement colonisés par de jeunes peuplements de Pin à crochets et de Sapin pectiné. […] Leur développement se fait au détriment de la strate herbacée et des ligneux bas qui disparaissent progressivement sous l’ombrage des conifères. Or, de nombreuses espèces, dont certaines très patrimoniales, sont liées aux forêts claires et autres clairières naturelles ainsi qu’aux jasses, ces parcs où les moutons passent la nuit, et aux bords de cours d’eau. Ainsi, le Grand Tétras est réputé dépendant des forêts claires où le sous-bois est diversifié et riche en ligneux bas, comme le Rhododendron, la Myrtille ou le Raisin d’ours. De même, plusieurs espèces de papillons qui sont rares et localisées en France sont liées aux clairières, lisières et bords de cours d’eau où la strate herbacée est très diversifiée. La reconquête d’anciens milieux ouverts au-dessus de 1 600m d’altitude constitue donc une priorité de conservation pour plusieurs espèces. »

Cependant, je viens de dévaler la pente à travers la forêt domaniale du Haut Vallespir, une forêt de résineux et de feuillus, issue de la restauration des terrains en montagne, décidée dès la fin du 19ème siècle.

Les reboisements ont été faits en résineux pour l’essentiel, notamment épicéas, pins à crochets, mélèzes, pins sylvestres, puis  les espèces colonisatrices se sont peu à peu installées, bouleaux, frênes, érables, châtaigniers, hêtres …

Des vestiges de câbles m’indiquent que j’arrive aux abords de la station de Jacouty, l’une des deux stations-relais situées sur la ligne du câble aérien, reliant les mines de Batera à Arles-sur-Tech. Les  pylônes témoignent de l’intense activité minière qui a longtemps fait vivre les villages du Vallespir jusqu’au Haut-Conflent. Je lis que le câble, long de 9 km, dévalait 1 000m de dénivelé. Les wagonnets permettaient d’acheminer le fer jusqu’à la mine d’Arles-sur-Tech, avec un débit de 60 tonnes à l’heure !

Le sentier poursuit sa descente, m’offrant de splendides vues sur la vallée du Tech. Enfin il plonge sur la belle ville d’Arles-sur-Tech avec  ses toits de tuiles ocre, d’où émergent les cyprès élancés et les tours de l’abbaye bénédictine Sainte-Marie. Celle-ci,  avec son église romane à trois nefs et son cloître gothique du 13ème siècle est fondée en 778 ; c’est la plus ancienne abbaye carolingienne de Catalogne.

Sur la place, charmante et colorée, j’avise le restaurant Els Simiots. Dans une atmosphère de petit village, la terrasse pour moi seule, je prends le temps – moment privilégié – de déguster une salade catalane et une saucisse de cochon de Cerdagne.

Le soleil de septembre est chaud encore lorsque je traverse le carreau de la mine où s’élèvent d’étranges sculptures en ferraille : tous les deux ans, l’association de ferronnerie catalane organise une rencontre européenne de ferronnerie d’art. Forgerons, maréchaux-ferrants, couteliers et ferronniers d’art viennent du monde entier.
Je longe maintenant le Tech sur sa rive gauche, qui serpente paresseusement jusqu’à la ville voisine d’Amélie-les-Bains-Palalda, Els Banys i Palaldà en catalan, une station thermale qui se nomme elle-même la perle des Pyrénées. Il est vrai que je lui trouve du charme quand je déambule dans sa rue principale investie par les échoppes des artisans.
Je suis heureuse et impatiente : Ce soir, Laurent mon fils cadet, part de Toulouse pour me rejoindre ici. Il me fait la surprise et l’immense joie de parcourir avec moi l’étape historique de mon parcours à travers la France, celle qui doit nous conduire à la frontière espagnole, but de ma randonnée.

J’ai du temps devant moi avant son arrivée. Je décide alors de repérer le départ du chemin que nous emprunterons demain. Le sentier, sans doute tellement fréquenté qu’il est défoncé sur ses premiers lacets, s’élève rapidement et domine bientôt la ville. Me dirigeant toujours vers le sud, je laisse bien sûr le massif du Canigou dans mon dos. Je tente difficilement de repérer le cheminement que j’ai pu suivre ce matin à travers la forêt, depuis le refuge de Batère. Il me semble, mais je n’en suis pas sûre, que le zoom de ma prise de vue me propulse en direction de la face est du Canigou.

Peu importe, je redescends et c’est le bonheur des retrouvailles avec Laurent. Nous prenons possession de nos chambres puis, à la nuit tombée, nous nous dirigeons vers la terrasse d’un restaurant encore ouvert où la propriétaire nous sert avec bienveillance une pizza monumentale. Ce soir nous nous endormons sans peine sous les flonflons de la fête populaire, s’élevant des ruelles voisines.

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