« LA PLANÈTE EST EN TRAIN DE DEVENIR UNE ÉTUVE »

Written by Claude CAMILLI

ET NOUS EN AVONS RESSENTI CET ÉTÉ LES TERRIBLES  EFFLUVES

Article de Léon-Etienne CREMILLE le 14 septembre 2018

1- LA DÉMISSION DU MINISTRE D’ÉTAT NICOLAS HULOT

Le mardi 28 août 2018, lors d’un grand entretien sur France inter, le voile s’est déchiré. La réalité du monde politique est apparue. La vérité sur les actions gouvernementales a été révélée au grand jour. « La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme neige au soleil. Et ce n’est toujours pas appréhendé comme un enjeu prioritaire. On s’évertue à ranimer un modèle économique qui est la cause de tous ces désordres. » Aussi, le ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, a pris la décision de quitter le gouvernement. https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-28-aout-2018

Il a fait une série de constats, détaillé les enjeux et posé un diagnostic sévère :

« Après la conférence de Paris, après un diagnostic imparable qui ne cesse de se préciser et de s’aggraver de jour en jour, ce sujet est toujours relégué dans les dernières priorités. »

« Est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? La réponse est NON ! »

« Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? La réponse est NON ! »

« Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est NON ! »

« Est-ce que nous avons commencé à arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est NON ! »

« Est-ce que nous avons diminué la part du nucléaire dans le mix énergétique ? La réponse est NON !

« Est-ce que l’on remet en cause le modèle dominant, le libéralisme ? La réponse est NON ! »

« Est-ce que les petits pas suffisent à endiguer, inverser,  et même à s’adapter, parce que nous avons basculé dans la tragédie climatique ? Et bien la réponse est NON ! »

 « Où est passée la taxe sur les transactions financières ? » a-t-il encore demandé, ajoutant :

« Quand on recherche une croissance à tout crin, quand on s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres, sans regarder ce qui appartient à la solution et ce qui appartient au problème, quand on se réjouit de voir sortir de St Nazaire un super container, une superbe performance technologique, quand on s’entête dans le nucléaire, cette folie inutile, économiquement, techniquement… Est-ce bon pour la planète, la réponse est NON ! »

2- LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE GLOBAL ET LOCAL

Tornades, typhons, inondations, immenses feux de forêts, les catastrophes climatiques se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu dans le monde entier. Ici même, à St Gervais-sur-Roubion, la tempête du jeudi 9 août 2018 a abattu une très grande quantité d’arbres, les déracinant entièrement ou arrachant leur cime par torsion. La déforestation des Ramières durant l’hiver 2018 a fortement amplifié la catastrophe. Les rafales de vent se sont engouffrées dans les couloirs déforestés. Elles ont provoqué des hécatombes d’arbres, des trous béants dans la forêt, et ont broyé des arbres isolés (photo ci-dessous).

3- LA NON-FERMETURE DES CENTRALES NUCLÉAIRES

La centrale de Fessenheim, la plus ancienne de France et la plus controversée, fut promise à la fermeture par François Hollande : D’abord prévue fin 2016, cette mise à l’arrêt était attendue en 2018… quand l’EPR (1) de Flamanville (Manche) aurait ouvert ses portes. « Le décret d’abrogation de l’autorisation d’exploiter la centrale de Fessenheim sera pris cette année« , a assuré le Président lors de la 4e conférence environnementale du 25 avril 2016. Hélas ! La date de mise en service d’un l’EPR au coût de plus en plus astronomique, est sans cesse repoussée. Du coup, la fermeture de Fessenheim, où un tremblement de terre eut lieu en 1996 (Revue géographique de l’Est), est encore décalée.

(1) European Pressurized Reactor – Réacteur Nucléaire à Eau Pressurisée – 3ème génération

Vue aérienne du Centre Nucléaire de Production d’Electricité (CNPE) de Fessenheim (Haut-Rhin)

Vue aérienne du Centre Nucléaire de Production d’Electricité (CNPE) de Fessenheim (Haut-Rhin)

En outre, en novembre 2017, Nicolas Hulot avait dû annoncer par lui-même l’abandon de l’échéance de 2025 pour la réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le « mix » électrique national, un objectif pourtant gravé dans la Loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015. Ce fût une nouvelle couleuvre à avaler, « un boa constrictor ».

4- LA POURSUITE DE L’UTILISATION DES PESTICIDES

Il y a plus de 10 ans, lors du Grenelle de l’environnement qui s’est déroulé pendant l’été et l’automne 2007, l’une des recommandations majeures fût la réduction de l’utilisation des pesticides, 50% de réduction de l’utilisation de pesticides et la suppression d’une quarantaine de molécules pour 2010. Cependant après ce coup d’éclat médiatique, le bilan du Grenelle se révéla décevant faute d’une réelle volonté politique. La consommation a en effet augmenté de 12% sur cette période. De fait, en mars 2010, lors de la table ronde organisée au Salon de l’Agriculture, Nicolas Sarkozy s’est résolument prononcé pour les agriculteurs aux dépens des écologistes en proclamant : « L’environnement, ça commence à bien faire », encourageant ainsi le productivisme agricole à poursuivre dans son modèle dévastateur.

Ici même, à St Gervais-sur-Roubion, sont utilisés jusqu’à présent des pulvérisateurs « trainés » de type Amazon. En ce printemps 2018 est apparu un nouveau type d’appareil, un monstre rouge, un pulvérisateur « automoteur » Agrifac, qui est certainement une performance technologique, mais « Est-ce bon pour la planète ? La réponse est NON ! »

5. LA NUMÉRISATION DE L’ÊTRE HUMAIN

La plupart des personnes accrochées à leur téléphone mobile, à l’envoi fébrile de SMS, à la consultation compulsive de Facebook et de tous les réseaux sociaux, ne s’indignent pas, ne se soucient même pas, que leur données puissent être captées par les grandes firmes informatiques, par les lobbies, par les États, puisque, disent-elles, elles n’ont rien à cacher ! Quelle absence de réflexion sur le phénomène en cours ! Elles n’ont pas perçu le formidable et inquiétant combat actuellement mené par les lobbies et leurs « fondés de pouvoir », les politiques, pour que reparte la croissance… vers la société digitale.

Historiquement, après la période de la société agraire s’est mise en place la société industrielle avec ses forts taux de croissance et ses « Trente Glorieuses ». De nombreuses crises ont cassé la croissance et provoqué le remplacement de ce modèle par la société post-industrielle, une société de service dans laquelle l’humain s’occuperait de l’humain, mais une société sans croissance. Ce ne peut être qu’inacceptable pour le capitalisme libéral ! Mais pourquoi donc la nécessité de la croissance ? Tout simplement parce que le capitalisme ne peut exister et fonctionner que par la croissance dont le premier intérêt est l’enrichissement des riches « au déni et au mépris » de conséquences redoutables, la délocalisation des entreprises, la suppression des emplois, l’appauvrissement des pauvres, la dislocation de la société, la destruction de la Vie sur la planète.

François Bégaudeau, qui vient de publier un nouveau livre « En guerre » aux Editions Verticales, dit : « Il y a actuellement une guerre effective, quotidienne, menée par les riches à l’encontre des masses populaires, la guerre sociale, la guerre faite aux pauvres. La lutte des classes, c’est toujours la lutte que mènent les riches, les possédants, pour préserver leurs avoirs et résister à l’assaut des masses laborieuses. »

Daniel Cohen, lui aussi auteur d’un nouveau livre « Il faut dire que les temps ont changé… chronique fiévreuse d’une mutation qui inquiète » chez Albin Michel, dit de son côté : « Pour retrouver de la croissance, il faut changer la nature de l’humain – il faut numériser l’être humain – il faut le faire rentrer dans un système où il devient une information que l’on va pouvoir traquer : On va connaître ses desiderata et quand il sera devenu un système d’information, des algorithmes vont pouvoir à grande échelle s’occuper de lui. En acceptant de devenir une série d’informations qu’une intelligence artificielle va travailler, on est en train d’accepter un nouveau renoncement d’une part d’humanité au nom de la croissance. » Voilà la réalité pour une humanité anesthésiée.

6. UNE PRISE DE CONSCIENCE

Le 3 septembre, a été lancé un Appel pour sauver la planète : « Face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement ». Le 12 septembre, a été lancé un Appel avec le slogan : « Nous voulons des coquelicots » pour l’interdiction immédiate de tous les pesticides qui « sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. » C’est l’abandon d’un modèle dominant devenu fou et l’invention d’une société de l’après-croissance qui sont exigés là.

[Article à retrouver en couleurs sur : http://ber04.free.fr/]      Léon-Etienne CREMILLE le 14 septembre 2018

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