La fée électricité devient « vert-tueuse » ! Par Jacques Lefebvre

Written by Claude CAMILLI
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Après le charbon, le fioul, le gaz, le nucléaire, l’hydro-électrique, le photovoltaïque, l’éolien, … ; les fournisseurs d’électricité passent à l’énergie verte ! C’est beau le « greenwashing »…

La terminologie technique utilisée met de la « poudre aux yeux » : entre bilan carbone neutre, biomasse, méthanisation, récupération, filière bois, électricité renouvelable… on finirait par croire que la production d’énergie électrique est sans incidence sur l’environnement et la biodiversité !

Prenons l’exemple des centrales thermiques « bois énergie » :

Les flyers (non renseignés des effets négatifs, ça va de soi !) ou autres documentations alléchantes de ce mode de production « écologique », vous parlent des récupérations des chutes de scieries, du recyclage de palettes usagées, des déchets des entreprises d’espaces verts, des délaissés d’exploitations forestières… et aussi des plaquettes forestières sur lesquelles je vais revenir.

Plaquettes forestières  Broyeuse à plaquettes

Bruilles Saint-Amand 

Les bioénergies ne couvrent que 1,6 % de l’électricité consommée sur l’année 2019 (source : Panorama de l’électricité renouvelable au 31 décembre 2019).  Dans ces publications, les puissances en GW sont utilisées, mais je n’ai pas trouvé (ou plutôt, je n’ai pas pris le temps de tout décortiquer) le nombre de centrales en fonction aujourd’hui, par contre de nombreux projets sont à l’étude pour négocier « la transition écologique »… c’est bien la ma crainte !

Je m’en explique en prenant pour exemple la centrale de Gardanne, Bouches-du-Rhône (source internet : Reporterre) avec une consommation annuelle à terme de 850 000 tonnes de bois (d’origine parfois lointaine, comme le Brésil). 

Si celle-ci ne devait utiliser que des plaquettes forestières locales, voici ce que cela donnerait :

  • Hypothèses: pour crédibiliser les chiffres de ce calcul diabolique, je me base sur une benne de camion de 63m3 (gros camion), une densité maximale par m3 de 350kg pour les plaquettes forestières (la moyenne est de 300kg), une benne pleine pèse donc 22 050kg.  850 000 tonnes/ 22tonnes = 38636 trajets simples soit en x par 2 pour des allers-retours (77 272 passages), une centrale fonctionne 365 jours sur 365, soit environ 211 passages de camions journaliers pour les riverains…

Le rendement en bois sec est 7/12 tonnes hectare et par an, soit si j’en reviens à la seule centrale de Gardanne, cela correspondrait à 70 833 hectares exploités…

Le carburant de ces camions est-il bio ? On peut vous répondre que c’est du biodiésel…donc c’est écologique  (Huile de palme, ou autre) ; mais là n’est pas notre problème, ça ne nous concerne pas, ça n’est pas produit chez nous ! C’est bien connu, le gaz carbonique, au même titre que les substances radioactives de Tchernobyl, s’arrêtent aux frontières !  

Je ne sais pas, si, comme moi lors de vos sorties forestières ou sur le bord des routes,  vous voyez de plus en plus de tas comme ceux-ci ? (oups, pas en ce moment, il y a un virus qui nous oblige à rester chez nous…, enfin pas tout le monde, j’entends le bruit des tronçonneuses dans les forêts proches de chez moi, !) Ces volumineux amas proviennent souvent de coupes à blanc, effectuées quelque soit la saison. 

Espèces protégées ou pas, faune et flore passent un sale moment ! Sur ces parcelles, il en sera fini de la cueillette automnale de champignons ; les mycorhizes et les symbioses du sous-sol sont ratatinés !  

Coupe « à blanc », Fresnes sur Escaut   Monticule de bois en attente de
broyage,  Bruilles Saint-Amand

Nous ne sommes plus au temps du débardage avec des chevaux ou du schlittage, ces machines dont la puissance dépasse  la raison, parcourent allègrement dénivelés, troncs au sol, buissons, fossés… Rien ne résiste, la rapidité d’exécution est fantastiquement dramatique !

Le sol est totalement défoncé, les ornières sont impressionnantes, le sous-bois mettra des années avant d’effacer ces dégâts…

Débusqueur/débardeuse        Porteur forestier
Forêt de Bonsecours et Bruilles Saint-Amand

Alors oui, le bilan carbone est neutre avec une lecture (à un instant T) très simpliste du cycle de celui-ci.

Auparavant,  la coupe s’effectuait  de préférence en période de sève descendante (bois plus sec, plus dense…), on extrayait le fût pour la construction (terme général), les grosses branches étaient destinées au bois de chauffe, le reste du branchage restait au sol. On peut affirmer que le bois de construction stocke le carbone; mais pas sa combustion ! « La Forêt  de Notre Dame» avant quelle ne se consume,  a bien joué ce rôle pendant quelques siècles…

Les branches, après décomposition (sur plusieurs années) constituent en partie l’humus, réalisant au passage un formidable piège à carbone. Cela enrichit le sol, le rend « vivant », retient l’eau… Ce processus lent a formé le charbon après la minéralisation du carbone (autre sujet d’inquiétudes, voir aussi les tourbières, exploités pour les jardineries, etc.).

Pour la transformation du bois en plaquettes forestières, le degré d’humidité n’est pas important, le séchage s’effectue en partie sur place ou une fois réduit en plaquettes par fermentation (élévation de la température).

Pour se « refaire » la forêt mettra au minimum entre 10 à 25 ans (c’est le taillis, qui est principalement exploité). Pendant ce temps la photosynthèse se trouvera donc ralentie  en attendant qu’elle retrouve son état initial, pendant ce temps les émissions de CO2 continuent.

Pour replanter des essences plus résistantes au changement climatique, la technique du broyage de souches est aussi utilisée, j’appelle cela « la forêt champ de maïs » …c’est  très bien pour la chasse,  avec un sous-bois nettoyé et des allées rectilignes praticables.

Ce en dépit des principes de base de la sylviculture, cela va mener à brève échéance à des plantations mono-spécifiques entraînant des pertes importantes en terme de biodiversité.

Sans oublier l’exportation massive des matières minérales du sous-sol (par l’exportation  des matières organiques), l’évaporation rapide des précipitations, l’érosion des surfaces, la perturbation ou la destruction de la microfaune du sol.

 La futée jardinée  risque de régresser au profit de ces coupes à blanc, si rien n’est fait pour limiter les impacts liés à cette surconsommation.

« Le bois énergie » se justifie d’utiliser  jusqu’à la moindre brindille! Au diable les effets collatéraux, vive la rentabilité… pourvu que l’on puisse regarder notre télé !


Alors, pour la suite… on verra bien … ou plutôt les générations futures ne verront plus ce que nous avons encore eu la chance de voir!


A nous de réduire drastiquement notre consommation d’énergie… ?


Broyeur forestier et Abatteuse                                                                         

Photos, dessin & texte Jacques Lefebvre ©                           

Sources consultables sur le net :

https://www.rte-france.com/sites/default/files/panorama2019-t4-bd2.pdf).

https://reporterre.net/La-centrale-a-biomasse-de-Gardanne-est-un-contre-sens-ecologique-selon-les

http://www.journaldelenvironnement.net/sites-sols/

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