Des alpages

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La vallée du Giffre 

(Chablais en Haute –Savoie)

 « Fabriquer du fromage et produire des paysages »

Famille de paysages : paysages ruraux patrimoniaux

Aspects pratiques                                        

 Organisme, porteurs de projet                                                        

  • Ecomusée PAYSALP
  • SICA (Société d’intérêt collectif agricole) Arve-Giffre-Risse, groupe de développement agricole local
  • ADEGI, Association pour le développement de la vallée du Giffre (n’existe plus)

Historique

  • 1983 : création d’un écomusée associatif à Viuz-en-Sallaz. Création d’un Musée Paysan en 1989 sur la commune de Viuz-en-Sallaz
  • 1985 : regroupement de responsables agricoles et d’élus locaux au sein de la SICA Arve-Giffre-Risse
  • 1992 : regroupement de communes, associations et socio-professionnels au sein de l’Association pour le Développement de la vallée du Giffre (ADEGI)
  • Début des années 90 : nécessité de mettre en conformité les fruitières de la vallée, ce qui rapproche les différents acteurs de la vallée
  • 1993 :
  • programme de gestion de l’espace (alpages, vergers, coteaux…) établi par l’ADEGI qui créé des emplois
  • 1992–1996 :
  • Environnement-Formation-Emploi (EFE, opération interministérielle animée par le CEDAG)
  • 1996 :
  • FGER fonds de gestion de l’espace rural
  • 1997 : inauguration de la fruitière des Hauts-Fleury qui propose un atelier de transformation fromagère conçu pour être visité, un centre d’interprétation de l’agriculture de montagne géré par l’écomusée et un lieu de vente directe de produits du terroir. Ce projet novateur est le fruit d’une réflexion menée par la SICA.
  • 1999 : signature d’une charte paysagère initiée par l’ADEGI
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Partenaires techniques

Partenaires sociaux :

  • Mission locale de la Vallée de l’Arve
  • Coordinatrice emploi-formation de l’arrondissement de Bonneville
  • ANPE 

Partenaires financiers

  • Etat (Fonds interministériel à la Qualité de Vie, Fonds National pour l’Aménagement du Territoire, Plan d’Accès à une Première Expérience Professionnelle)
  • Conseil Régional de Haute-Savoie (Fonds de gestion de l’espace rural)
  • Communes                                      
  • FIAM et de la DRAC
  • FGER : fonds de gestion de l’espace rural (1995-1998)

 

Pour en savoir plus                                      

CEDAG, Centre d’études et de développement de l’agriculture de groupe :

– Etude La Vallée du Giffre : agriculture, tourisme et culture au service du développement (mai 2000)

– brochure  » Un dispositif de gestion concertée : les Régies du Paysage et du cadre de vie  » 1999

Article de Michel Rautenberg dans la Revue de géographie de Lyon 1994

 L’intervention

 Le contexte 

La vallée du Giffre est un pays savoyard, constitué par le bassin versant du Giffre, qui s’étend sur 35 km de Mieussy jusqu’au Cirque du Fer-à-Cheval, en Haute Savoie (cantons de Taninges et de Samoëns). Dans les années 80, l’élevage laitier est encore très présent, avec une production de fromage de qualité, à forte valeur ajoutée, (AOC « Reblochon » et Abondance) mais cet élevage est fragilisé par le faible renouvellement des exploitations. Il s’en suit que les friches gagnent sur les coteaux. Les vergers et les alpages ne sont plus entretenus correctement. Les paysages se ferment progressivement, la forêt gagne sur les prairies et les alpages, elle se rapproche des habitations.

La majeure partie de la population, cependant, vit de l’industrie et du tourisme d’hiver. Par ailleurs, cette vallée, proche de Genève, considérée donc comme l’arrière-pays genevois, subit une très forte pression foncière.

Nous sommes donc en présence « de paysages qui se transforment sous l’action de la déprise agricole, d’un développement mal maîtrisé de la construction et d’une économie qui modèle les pentes pour les besoins du ski. » Michel Rautenberg Revue géographique de Lyon

Deux nécessités s’imposent : maintenir la vie agricole dans la vallée et entretenir l’espace pour conserver à la vallée son caractère identitaire.

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La description de l’intervention

Fabriquer du from age et produire des paysages… Bien avant que l’on parle de Contrats territoriaux d’exploitation, les éleveurs, les élus et l’écomusée PAYSALP ont inventé un partenariat original pour faire vivre leur vallée.

 

Le Centre d’études et de développement de l’agriculture de groupe (CEDAG) résume son rapport de mai 2000, intitulé La Vallée du Giffre : agriculture, tourisme et culture au service du développement ainsi:

« Au début des années 90, l’urgence de la mise aux normes des petites coopératives de transformation laitière, appelées fruitières, enclenche un processus de convergence entre :

– un groupe de développement agricole local, la SICA Arve-Giffre-Risse (SICA des Alpages), qui rassemble des responsables agricoles et des élus locaux depuis 1985, premier lieu d’échanges entre deux mondes distincts,

– l’association pour le développement de la vallée du Giffre (ADEGI) qui regroupe communes, associations et socio-professionnels depuis 1992 et qui ouvre ses commissions thématiques à tous les habitants volontaires,

– un écomusée associatif créé en 1983.

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À partir de 1993, l’ADEGI met en place un programme de gestion de l’espace qui emploie aujourd’hui une dizaine de permanents : gestion des alpages, entretien des vergers, remise en état des coteaux…

En parallèle, la réflexion, animée par la SICA sur l’avenir des fruitières, débouche sur un projet novateur qui bénéficie de l’appui financier des collectivités territoriales. La « fruitière » des Hauts-Fleury est inaugurée en 1997. Outre l’atelier de transformation fromagère conçu pour être visité, elle propose un centre d’interprétation de l’agriculture de montagne géré par l’écomusée PAYSALP et un lieu de vente directe de produits du terroir. Cette fruitière bénéficie d’une partie des taxes du tourisme d’hiver (recettes portant sur les taxes des remontées mécaniques à hauteur de 2%). En échange les agriculteurs alpagistes s’engagent à entretenir le territoire de la commune (maintenir ouverts les paysages :sans cet entretien, le climax serait la forêt sous nos latitudes) notamment grâce à la pâture de leurs races laitières dans des endroits non accessibles par des bêtes moins rustiques (notamment les pentes).

Pour mobiliser les agriculteurs et les habitants et aboutir à un programme d’intervention global et cohérent, l’ADEGI prend l’initiative d’une charte paysagère, signée fin 1999 après de longues années de préparation. L’élaboration du volet agricole de la charte est pilotée conjointement avec les organisations professionnelles. […]

Les points forts de cette réflexion et de cette démarche de partenariat sont :

            – la convergence d’intérêts agricoles et territoriaux

Une convention lie la SICA, l’écomusée PAYSALP et la commune de Mieussy qui prend en charge une partie des annuités du bâtiment, grâce à une taxe sur les remontées mécaniques.

En contrepartie, les agriculteurs s’engagent à entretenir coteaux et alpages.

            – la charte paysagère

La charte symbolise, à un moment donné, l’engagement des élus, des groupes professionnels et associatifs de la vallée du Giffre, ainsi que des habitants pris individuellement. La méthode participative mise au point pour préparer la charte a fait ses preuves. La dynamique de la charte génère un effet de levier permettant au territoire de rebondir sur d’autres projets.

Les difficultés proviennent de la nécessité d’associer tous les agriculteurs.

L’étude paysagère a mis en évidence la diversité des agriculteurs. Auparavant, un petit nombre d’agriculteurs modernisés, bien représentés, masquait la multitude des petits exploitants qui jouent un rôle important dans la gestion de l’espace ; il était important de mobiliser tous les agriculteurs et de chercher à pérenniser leur activité pour atteindre les objectifs paysagers. »

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A propos de la « fruitière » des Hauts-Fleury voici ce que note Michel Rautenberg en 1994, dans la Revue de géographie de Lyon, suite à des entretiens avec le directeur de Paysalp, Roger Desbiolles : « Afin de ne pas tomber sous la coupe de l’industrie agro-alimentaire, les 25 sociétaires des trois fruitières de Mieussy, dont la plupart sont alpagistes, se sont, eux, rassemblés autour d’un concept différent (de celui de la grosse fruitière de Samoëns). La gérance de la coopérative est supprimée, remplacée par une gestion directe ; la vente directe est privilégiée, favorisée par l’implantation des bâtiments le long d’une route touristique fréquentée ; un espace d’exposition et de dégustation est créé, laissé à la gestion de Paysalp, dans lequel sont privilégiés la présentation de l’activité agricole en montagne, le travail du fruitier, le rôle de l’estive dans le maintien des paysages d’alpage. La spécificité de la démarche est de mettre au cœur de la stratégie commerciale la préservation d’un patrimoine économique, paysager et social. A travers le reblochon, dont on se réapproprie la totalité de la chaîne de production et de commercialisation, on souhaite vendre un pays, une manière de vivre et de travailler, des saveurs, des connaissances de la nature et des savoir- faire, qui contribuent à l’entretien des paysages, à la préservation du patrimoine culturel et au maintien d’une autonomie économique. »

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Notons que c’est donc tout un processus de gestion concertée qui s’est construit au fil des années et qui continue à se construire. Cette concertation ininterrompue permet de promouvoir un développement local fondé sur la qualité du cadre de vie et plaçant l’agriculture au cœur de la stratégie du territoire.

Pour intervenir sur l’entretien de l’espace et des paysages (zones agricoles, sentiers, zones humides, cours d’eau et rivières, entretien des vergers traditionnels), l’ADEPI met en place, dès 1994 une équipe de 10 ouvriers en Contrat Emploi Solidarité encadrés par deux chefs d’équipe, en privilégiant leur insertion et leurs qualifications professionnelles (formation de grimpeur-élagueur et formation dans la taille des arbres fruitiers). Il est intéressant de rentrer dans le détail de l’organisation concrète des actions de l’ADEPI. Voici quelques extraits de son rapport :

« La dynamique d’emploi liée à l’environnement est démultipliée par la création d’un Groupement d’Employeurs pour l’Insertion et la Qualification, GEIQ, destiné à favoriser l’emploi en milieu rural. Le GEIQ regroupe l’ADEGI et plusieurs employeurs ruraux. Recrutant exclusivement des personnes en difficultés (chômeurs de longue durée, bénéficiaires du RMI, jeunes sans qualification…), ce groupement organise des parcours d’insertion professionnelle.

Cette initiative a bénéficié d’un fort appui de la population demandeuse d’une amélioration de sa qualité de vie. L’expérience a démarré grâce à la subvention du Fonds interministériel à la Qualité de Vie. A partir de 1994, une augmentation de cette subvention et la mise en place des contrats verts permettent le montage de la première équipe en insertion dirigée par un encadrant. Une aide du Fonds Régional d’Initiative Locale pour l’Emploi (FRILE), du Fonds   National pour l’Aménagement du Territoire et du PAPEP (Plan d’Accès à une Première Expérience Professionnelle) permet de recruter un deuxième animateur. En 1995, le Conseil Régional prend le relais de l’Etat pour subventionner les contrats verts. Le Fonds de gestion de l’espace rural aide à la pérennisation des postes des personnes en insertion. L’ADEGI se heurte cependant au problème général du financement des missions d’intérêt public et à leur pérennisation. Les aides financières ne sont le plus souvent accordées qu’au démarrage des projets, ce qui rend problématique leur poursuite. »

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Donnons maintenant la parole à la SICA qui regroupe actuellement  tous les agriculteurs des 17 communes du secteur (canton de Samoëns, Taninges, Saint-Jeoire et partiellement Cluses) ainsi que quelques communes et coopératives.

« Après avoir géré des programmes de développement et des programmes d’amélioration des alpages, la SICA a réalisé un second diagnostic de son territoire et de son agriculture en 2006 et 2007, en utilisant la méthode prospective : un groupe d’acteurs, composé d’agriculteurs, d’élus, de professionnels du tourisme, d’environnementalistes, de chasseurs a travaillé ensemble pour élaborer et partager un état des lieux de l’agriculture et du territoire, définir des enjeux et élaborer un plan d’action, avec comme finalité d’être force de proposition sur toutes les questions touchant au territoire et d’être prêt à proposer des actions concrètes lorsque l’opportunité se présente (Contrat de Développement Rhône-Alpes, Unités Touristiques nouvelles, Natura 2000 ou toute autre procédure). Deux points sont apparus comme centraux et prioritaires : des actions à mener sur les filières laitières et autour du foncier.Un projet de centre du goût conjuguant agriculture, produit et culture est en train de voir le jour sur le site de la Coopérative des Hauts Fleury à Mieussy. »

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Les objectifs

Conserver une activité agricole.

Préserver la qualité de l’environnement, en particulier lutter contre la fermeture du paysage et entretenir celui-ci.

Favoriser l’émergence d’activités et d’emplois pérennes (pour des personnes en difficulté d’insertion professionnelle) dans les domaines de la préservation de l’environnement, de l’entretien des paysages en particulier, du tourisme doux et de la valorisation culturelle et patrimoniale, entretien du patrimoine bâti notamment.

Les retombées

Ces projets ont créé unedynamique de développement local. Par ailleurs, ils ont participé très directement à la sensibilisation de la population aux problèmes de protection de leur environnement, facteur essentiel pour conserver l’identité de leur vallée.

Et bien évidemment, les retombées sont d’ordre touristique.   

Personnes ressource                                    

  • Roger Desbiolles, directeur de l’écomusée de Mieussy

http://www.paysalp.asso.fr/Partenaires.htm

  • Ecomusée Paysalp

628 avenue de Savoie74250 Viuz-en-Sallazpaysalp@paysalp.asso.fr

  • l’ADEGI

ancienne mairie   74 490 Saint-Jeoire    04 50 35 84 20

sviard@uniopss.asso.fr

  • Bernard MOGENET Président de la SICA (Société d’intérêt collectif agricole) Arve-Giffre-Risse

Chez Renand – 74340 SAMOENS    06-80-71-28-73

  • Sébastien GUION Animateur de la SICA

ZAC DES BORDETS – 181, rue des Grèbes Huppés – 74130 BONNEVILLE

Tél.: 04 50 25 69 01 et 06 74 78 98 48

sguion@haute-savoie.chambagri.fr

 Sources :

ADEGI, Association pour le développement de la vallée du Giffre

http://www.pace-rural.org/french/Repertoire_Actions/France/F039af.htm

CEDAG, Centre d’études et de développement de l’agriculture de groupe

http://www.comete.prd.fr/cedag/

SICA (Société d’intérêt collectif agricole) Arve-Giffre-Risse

http://www.les-elus-a-la-ferme.com/index.php?option=com_content&view=article&id=92&Itemid=169

Article de Michel Rautenberg dans la Revue de géographie de Lyon 1994


 

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