Conservatoire d’espaces naturels & d’essais en milieu sec

Written by Claude CAMILLI

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Philippe Andlauer

Conservatoire d’espaces naturels

& d’essais en milieu sec

 

Approches

Anciennes terrasses de culture

Bois & forêt

Climat (agressions climatiques & changements)

Colline (croupes, chemins, zones sèches, confinement des conifères, limites)

Espaces fermés, espaces ouverts, essais & conservations

Historique

Homologation, et PLU ?

Iconographie thématique

Intempéries & Incendies (prévention globale & confinement des résineux*)

Insertion paysagère (dorsale, flancs, murettes)

Inventaires (bâtis, botaniques, faunistique, singuliers, graphiques, lumières)

Lignes de partage (crues d’orages, crêtes, chemins, passages animaliers et humains)

Murettes en pierres sèches (de séparation, de soutènement)

Objectifs

Oliviers de colline (marqueurs singuliers)

Organisation & Méthode

Origines du site (oligocène, moyen-âge, guerres du XXème, 1964-1999, 2000-2017)

Palettes

Parcelles, plans, contours

Photographies pratiques

Plans successifs du site

Pluviométrie

Propriété et conservatoire (ou réserve)

Sécheresses (synthèse des arrêtés préfectoraux)

Singularités géologiques (dalle de colline, lapiaz, calcaire de Vachères)

Sites remarquables (31 sites, identifiés, aménagés, commentés, et protégés)

Talus : réserves nutritionnelles & hydriques

* confinement des résineux à titre de 1er volet de prévention contre les incendies.

Seuil

Il y a là un site d’observations et d’essais tel qu’il devrait y en avoir partout.

Des tas de choses se côtoient dans ces 12 hectares de colline, de forêt sauvage, dans cet espace ancien que l’on a simplement « souligné » pour n’en rien perdre de vivant :

A travers leurs traces, leurs histoires, leurs découvertes, leurs déconvenues, leurs singularités, les astuces de la nature s’y sont croisées avec celles des hommes entre terrasses, aires de battage, lapiaz, dalles de colline, évacuation gravitaire des eaux torrentielles, fours à cade, charbonnages, arbres, arbustes, vivaces, annuelles, herbes de toute sorte, vertes en été, vertes en hiver, ou desséchées comme partout ailleurs, sillonnées de « braves chemins » comme les appelait un ancien, fermes blotties, pierres d’aridités, espaces de lumières, de vents, de froids, de chaleurs, d’abeilles…

En 2012, lors d’une visite de groupe, Alpes de Lumière rappelait ici :

« les traces de la lente évolution opérée jusqu’à (ces) orientations en matière de reconquête et de sauvegarde de cet espace millénaire »,

et soulignait :

« la singulière architecture paysagère s’appuyant sur un bâti du XIXème remarquablement intégré au milieu, une aire de battage constituant le seul repère horizontal du site, des talus arborés en distribution régulière le long des anciennes terrasses de culture, des affleurements rocheux parfois striés par le passage répété des pointes d’araires… ».

Autant de signes d’une activité antérieure puissante, là où manquent aujourd’hui, la terre, les insectes, les oiseaux, les plantes, et peut-être les hommes si occupés ailleurs.

Au bout de quelles étapes ?

Depuis que la mer s’est retirée de nos régions, livrant au sec les premiers témoins de cette histoire : organismes, puis fossiles, silex, et autres envies de la nature et des hommes.

Ici, à Aubenas les Alpes, parmi les cuestas inclinées vers le sud issues du millefeuille oligocène lacustre se composant d’une succession de niveaux calcaires en saillis sur les collines, et de niveaux marneux occupant les dépressions, ce conservatoire naturel se situe en bout de faille du Pilambert sur ce que les géologues appellent le calcaire de Vachères (petits bancs d’origine lacustre déposés il y a 28 millions d’années dans les grands lacs qui recouvraient la région à cette époque).

Riche en silex sous formes de rognons, bancs, et lentilles aplaties, les flancs de cette colline ont abrité longtemps des ateliers de taille d’outils préhistoriques réputés.

A la veille de la révolution de 1848, la commune comptait 185 habitants ; lors de notre venue en 1964, nous n’étions plus que 39. En 2017 nous voici 107 âmes attentives et pleines de vie.

Dans cette période, la première carte d’importance citant le nom de la commune et de quelques fermes ou moulins était celle de Cassini, sans date précise. Napoléon prit le relais dans la foulée avec, ici, son cadastre de 1806 et 1833. C’est la grande époque des reliefs hachurés, bientôt suivis par les courbes de niveau au 1/20000ème, 1/50000 (dites d’état-major), puis 1/25000 (affectueusement répertoriées sous le terme de « cartes rando »). De cette période, les anciens gardent un souvenir ému de l’exactitude chirurgicale des cartes au 1/20000ème à laquelle rien n’échappait…

Août 1944 : La plus ancienne photographie aérienne prise à la verticale du site, d’une remarquable définition, date de ce moment particulier de notre Histoire ; vient ensuite celle de 1948 (si proche, si différente) ; celle 1964 porte encore les cicatrices d’un pays pauvre ; puis missions après missions, celles aux vocations spécifiques : noir & blanc, couleur, infrarouge, infrarouge couleur, quasiment toutes réalisées en pleine période de végétation. La dernière en date, dépourvue de la moindre feuille caduque et riche en ombres, semble tirée de fin mars de 2016.

1964 : Acquisition du site, mais ce ne sera qu’au cours de sa dernière ligne droite commencée ici en 2000 que s’impose au couple désormais à la retraite, à force d’observation, d’aménagement, et de respect, la remarquable architecture paysagère tirée de la complicité des espèces endémiques les plus remarquables en sol calcaire : chênes, cornouillers, amélanchiers, genévriers…

Depuis 1967, Philippe Andlauer aura consacré l’essentiel de sa vie active à l’olivier, entre ministères et instituts, commission de Bruxelles, centre commun de recherche à Ispra, Conseil oléicole international à Madrid, et organisations professionnelles propres à notre pays. Nourri d’un savoir tiré aux meilleures sources, il « quitte » les oliviers en 2000, pour retrouver ici, telle une cerise sur le gâteau, un des plus singuliers marqueurs* de la limite septentrionale de leur culture dans le bassin méditerranéen.

En 2017, entre hier et demain, chaque visiteur apprécie ce lieu, sa diversité, ses perspectives, la sobriété de ses espaces, la beauté des rencontres de l’herbe avec la pierre, la magie du ciel, de la terre, et de leurs lumières.

* Cette limite serpente le long d’une ligne souvent très sinueuse, dans la détermination de laquelle entrent de nombreux critères tels que latitude, altitude, exposition, sol (en termes de typologie agraire), variété (en terme de capacité de résistance au gel notamment). Ces caractéristiques se conjuguent le plus souvent dans une logique assez simple, mais peuvent tout aussi bien additionner leurs effets ou les contrarier. Il arrive donc que cette limite suive des directions parfois opposées dans la poursuite de son cours latéral global. Aux Féoutriers, en 1964, les quelques souches calcinées d’oliviers situés au creux d’une croupe de colline commençaient sans doute déjà à renaître de leurs cendres puisqu’ils sont maintenant au complet, sans autre intervention que nettoyage et taille légère : ils constituent aujourd’hui, à leurs places dans ce conservatoire, un des marqueurs de cette limite.

Le site dans la commune d’Aubenas les Alpes

Tracé de la propriété de 2017 (hors parcelles excentrées) sur le Plan d’assemblage des sections cadastrales de la commune de 1833

Le « conservatoire » occupe la partie située au-dessus de la voie communale traversant la propriété (trait transversal clair)

Marqueurs de la propriété depuis 1806

  1806 – cadastre Napoléon               1833 – cadastre Napoléon           1833 – détail du plan d’assemblage

 1833 – identification des parcelles   1948 – aux lendemains de la guerre   1994 – ARRIAL, en IRC (fausses couleurs)

Vignes & oliviers 

Vignes : la parcelle 96 est identifiée pour 1410 m2 de vignes dans les matrices cadastrales de 1833, 1835, 1906.

 

Oliviers : le site actuel des anciens oliviers de colline protégés dans ce conservatoire ne fait pas l’objet d’identification particulière dans les données cadastrales de cette période.

 

 

En 1970 puis 2003, de nouveaux oliviers ont été introduits 35 mètres plus bas en altitude, devant la maison des Féoutriers.

IGN (1992) d’après 1/25000ème

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Evolution forestière & Altitudes

Remarquer l’évolution entre 1948 et 1994. Depuis 20 ans, les dernières photographies aériennes confirment cette reconquête forestière sans que l’on puisse toutefois lui accorder un caractère durable.

Altitudes :

Conservatoire : entre 630 et 690m

Oliviers anciens : 670m

Oliviers récents : 635m

Limite inférieure de la propriété : 600m (hors parcelles excentrées)

2001 : Echange local de 2 parcelles (traits verts) au profit d’une extension en faveur d’un nouvel accès le long de la voie communale.

2002 : Arrachage, au profit d’une jachère verte, des amandiers en zone semi-aride (visible en 1994-ARRIAL) à l’ouest de la maison.

2017 : Projet de Conservatoire d’espaces naturels et d’essais en milieu sec (réserve de plein air, alternatives à la sécheresse, lutte contre les incendies).

1948

1948 : Plus lisible que celle de 1944 à la définition pourtant remarquable, l’orthophoto de 1948 lui a été préférée pour une meilleure comparaison avec l’existant actuel.

2014

blanc

2014 : Evaluation de l’année de prise de vue à partir des indices au sol.

Palettes

 Les « Feuilles inachevées » de 2009 montraient l’architecture globale de l’ensemble des terrasses et de la forêt autour de la dorsale séparant le flanc droit du flanc gauche, et en analysaient les imbrications, les particularités, les raisons, et les contenus.

Aujourd’hui, 8 ans après, cette rigueur laisse place à ce que les racines du Temps ont à nouveau libéré, aiguisé, transformé, sublimé : Temps court dans le Temps long.

Sans doute comme ailleurs, un très lent ballet se déroule entre une nature de tous les instants, et des regards encombrés de certitudes, d’envies, d’abandons. Pour qui les entend, ces grésillements, donnent à peu près ceci :

Tout y parle de tout ; la sobriété épouse l’exubérance ; l’invention s’effondre sous la repasse, indécise ; l’expression se glisse sous l’impression, guettant l’intrus, puissante.

Ici, c’est l’une après l’autre que les choses ont été imaginées, découvertes, souvent remboitées dans l’imperceptible lenteur d’un extraordinaire immobilisme de façade pourrait-on dire.

L’écrivain y a parfois laissé place au lecteur.

Le visiteur, en conversation courtoise avec son hôte, a souvent essayé son regard comme le pinceau au bout de son talent.

Les ingrédients étant en place, cette nouvelle approche de 2017 propose de pérenniser cette palette à travers les outils pédagogiques les plus simples, tirés du milieu même, pour continuer à pratiquer cet extraordinaire langage intuitif et raviver nos sens.

Iconographie aléatoire

Différents aspects du même bâti central

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Végétation & perspectives

Tunnel de cornouillers sanguins 

  Fouillis pédagogique à base d’oliviers

Aire de battage au fond, seule horizontale du lieu

Préparation automnale du 29 octobre2015

Pierres sèches

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Dalle de colline, murette de l’auteur, et clapas au loin

Détail de l’appareillage du clapas signalé à gauche

                                 Pied de la dorsale, vu de l’intérieur, à l’entrée du conservatoire d’où la vue a été prise

Forêt

Perspective

Torsades naturelles d’un même chêne blanc

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Perspective

Herbes rases & prairies sèches

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En colonne de droite, 

 

Trois graphismes :  

…tirés du ciel

(effet de températures sur de fines couches de neige) 

…de la méthode

(effet de débroussaillage à rebrousse-poil sur sol redressé) 

des talus à gravir

(effet de quelques marches posées en hélice)

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Carte ci-dessous:

Trait brun : montagne de Lure             Trait bleu : tracé de la Durance       

Trait rouge : chaîne du Luberon         Ovale vert : commune d’Aubenas les Alpes

Photos aériennes : 1948 IGN – 1994 ARRIAL – 2014 IGN

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