AOC et paysages: oliveraie à Buis-les-Baronnies


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AOC et paysages : l’Olive de Nyons

Oliveraie à Buis-les-Baronnies :

une ferme de la Drôme Provençale, en conversion vers l’agriculture biologique, engagée dans la protection, la gestion et la recréation de paysages

Famille de paysages: paysage rural-patrimonial

Aspects pratiques

Organisme
  • Ferme Les Hautes Terres de Provence à Buis-les-Baronnies
Historique

L’olivier est présent en Provence depuis près de 8000 ans avant JC

  • 1929, 1956, 1985, gels importants ; entre 1929 et 1985 le verger oléicole du Nyonsais et des Baronnies passe progressivement de 1 million d’arbres à 220.000 (arrachage de la moitié du verger à la suite du gel de 1956).

Ces surfaces libérées par l’olivier sont remplacées par la vigne et les arbres fruitiers.

  • Fin des années 80 : reprise de la production et de la consommation d’huile d’olive ; autorisation de l’Europe à produire 3 500 ha d’oliviers dans la Drôme; réhabilitation d’oliveraies abandonnées et plantation de nouveaux vergers avec la variété locale, la Tanche.
  • 1994 : première appellation oléicole d’origine contrôlée reconnue pour l’Olive noire de Nyons et l’huile d’olive
  • Années 2000 : des oliveraies familiales, abandonnées depuis le gel de 1956, sont réhabilitées par Xavier Aumage
  • Fin 2008 : engagement de la ferme en conversion à l’agriculture biologique
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Partenaires techniques
  • Syndicat interprofessionnel de l’Olive de Nyons et des Baronnies
  • Association Française Interprofessionnelle de l’Olive, AFIDOL Rhône-Alpes (ex. Institut du Monde de l’Olivier)
  • Confrérie des Chevaliers
Partenaires financiers
  • Europe, Conseil Régional, Conseil général de la Drôme, mairie de Nyons, AFIDOL

L’intervention

Le contexte

En France, l’olivier colonise de manière diffuse tous les départements du pourtour méditerranéen et trouve sa limite septentrionale dans le département de la Drôme.

« Pendant deux millénaires l’olivier a connu des phases de développements et de replis dus notamment au gel particulièrement destructeur. Au fil des siècles une sélection variétale d’oliviers résistants davantage au froid s’est effectuée. La Tanche est devenue la variété unique d’oliviers dans les Baronnies. Au dix-septième siècle l’olivier occupait une place prépondérante dans les cultures locales avant les céréales. La vigne quant à elle ne concernait à cette époque que quelques arpents de terre. Sa production ne faisait que très peu l’objet de commerce contrairement à l’huile d’olive. A cause des grands gels le verger du Nyonsais et des Baronnies est passé progressivement de 1 million d’arbres environ au début du vingtième siècle à 220.000 en 1985. Toutes ces surfaces libérées par l’olivier ont été remplacées par la vigne et les arbres fruitiers. » Sources : INAO(Institut national de l’origine et de la qualité) / DRAF

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« La production de l’olivier a donc fortement baissé après la seconde guerre mondiale du fait des importations étrangères, du gel de 1956 et de la meilleure rentabilité de la vigne.

Depuis la fin des années 1980, on constate une reprise de la production et de la consommation d’huile d’olive expliquée en partie par la redécouverte des bienfaits des régimes alimentaires méditerranéens et par la reconnaissance de la valeur identitaire et patrimoniale des paysages oléicoles. Des plans de relance ont accompagné cette évolution favorisant la réhabilitation d’oliveraies abandonnées et la plantation de nouveaux vergers avec la variété locale. L’olive redevenait rentable, ceci s’expliquant en partie par le déclin des cultures fruitières, notamment la culture de l’abricot.

L’Olive de Nyons, première appellation oléicole d’origine contrôlée, a été reconnue en 1994, suivie par plusieurs autres. L’oliveraie française se développe aujourd’hui contribuant à remettre en valeur des paysages emblématiques menacés par l’extension des friches et par les incendies. Pourtant la production nationale reste encore très faible au regard de la consommation. »

Source : document AOC et paysages de l’INAO

La description de l’intervention

C’est dans ce contexte que Xavier Aumage et son épouse Elodie ont hérité de la ferme familiale, située sur les coteaux calcaires de la Drôme Provençale, au pied du rocher Saint Julien, à Buis-les-Baronnies.

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La ferme s’étend sur un domaine de près de 140 hectares dont une quinzaine est consacrée à l’arboriculture. La culture est celle de l’olive, la Tanche, et des fruits d’été : cerises, abricots, prunes. La production oléicole bénéficie de l’Appellation d’Origine Contrôlée de Nyons(AOC Nyons) pour l’olive d’une part, une olive noire de haute qualité gustative, et pour l’huile qu’elles produisent d’autre part, un pur jus de fruit d’une douceur incomparable.

Les oliveraies, pour certaines, sont plus que centenaires. De nouvelles plantations ont vu le jour depuis 2000.

Il y a une dizaine d’années, Xavier Aumage a pris le parti de remettre en état 2 ha de terres familiales plantées d’oliviers mais abandonnées à la suite du terrible gel de 1956. Un travail de réhabilitation vraiment impressionnant tant les broussailles et les arbres, dont de gigantesques pins avaient envahi l’oliveraie. « Il a fallu utiliser un broyeur forestier, c’était un travail de titan ! Nous avons récupéré du bois de chauffage pour plusieurs années » nous raconte Xavier Aumage qui a pu bénéficier à l’époque d’une aide de l’Europe de deux mille euros environ, de quoi investir dans l’achat du matériel de débroussaillage.

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Récemment, cet oléiculteur vient d’acquérir d’autres parcelles abandonnées, situées sur la commune, pour les remettre en état. On peut dire qu’il y a là une  véritable recréation de paysages, conséquence annexe mais bien réelle de ce choix économique.

Mais cette famille, respectueuse de l’environnement et de la santé d’autrui, a fait aussi d’autres choix de vie, sans aucun doute exemplaires. En effet, depuis fin 2008, la  ferme, dans son ensemble, est engagée en conversion vers l’agriculture biologique.

« Nous sommes passés à l’agriculture biologique par envie. A force de respirer des produits phytosanitaires chimiques, nous avons craint pour notre santé d’autant plus qu’autour de nous beaucoup d’exploitants, relativement  jeunes, ont eu des cancers et certains en sont morts. » Trois ans sont nécessaires pour effectuer la conversion à l’agriculture biologique. Xavier Aumage estime qu’il y a environ une perte d’un tiers de la production au début de la conversion mais il affirme aussi que le marché de l’huile d’olive biologique n’est pas saturé et qu’ « un bon produit va toujours trouver sa place. »

Dans la région des Baronnies, environ 20% des oléiculteurs sont engagés dans l’agriculture biologique et ce sont essentiellement des jeunes, plus professionnels. On peut penser que d’ici une quinzaine d’années la moitié des exploitations d’oliviers sera engagée dans la culture biologique. Moins de producteurs  et davantage de professionnels permettraient une production plus régulière et de meilleure qualité. Au cours de cette dernière décennie, la production  a été croissante, et particulièrement ces trois dernières années ; la surproduction devient une menace.

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La crise que connaît l’agriculture en général n’est pas sans toucher l’oléiculture qui reste aléatoire, dépendante de la demande des consommateurs ainsi que des risques liés au climat : sécheresse ou gel. Cette fin d’année 2009, par exemple, a été critique avec un hiver long, froid, enneigé et des températures inférieures à -10° pendant plusieurs jours : le gel a entraîné la chute et la dégradation de nombreux fruits. Remarquons qu’il est cependant bon que l’arbre supporte de petites gelées (-5°, -6°) ; cela permet à l’olive d’être vidée de son eau et l’aide à mûrir. C’est le froid et l’hygrométrie faible qui donne à la Tanche son aspect ridé caractéristique.

« La récolte s’effectue de fin  novembre jusque début février, de manière mécanique, à l’aide de secoueurs de branches et de peignes, qui font chuter les olives sur des filets. Elles sont ensuite récupérées et stockées dans des caisses à claire-voie en attendant leur calibrage et triage le soir même.

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Une partie des olives, celles de plus fort calibre, est vendue majoritairement à des confiseurs qui vont la rendre moins amère avant de la commercialiser. Cette préparation est également réalisée sur l’exploitation, et consiste à plonger les olives dans une saumure à 10 % de sel marin, pendant plusieurs mois. Mais avant cela, l’olive est minutieusement triée afin de ne conserver en saumure que les fruits répondant aux exigences du cahier des charges de l’AOC de Nyons (taille, aspect, défaut…).

La seconde partie des olives récoltées (les plus petites) est transformée dans un moulin à huile de notre zone AOC. Les olives y sont lavées, effeuillées, puis broyées pour obtenir le précieux or liquide, sans autre traitement que la décantation et la centrifugation », nous précise l’agriculteur.

Ces oléiculteurs qui, dès le début de la reprise de l’exploitation familiale, ont décidé d’ouvrir un gîte et une table d’hôtes, pour en faire des lieux de rencontre et pour diversifier les sources de revenus, viennent d’acquérir, fin 2008, un troupeau d’ovins.

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Composé à l’origine de 25 brebis mères et de 2 béliers, ce troupeau de race Mérinos précoce croisée, une race à laine, choisie pour sa rusticité, s’est considérablement agrandi avec les naissances du printemps suivant.

« La vocation première est de fournir une viande de qualité, un agneau de pays élevé en plein air, qui est essentiellement consommée à notre table d’hôtes. Mais par ailleurs, lorsque nos brebis pâturent nos vergers, leur fumier produit un apport de fumures organiques essentielles pour notre agriculture engagée en conversion biologique ». (En hiver, les brebis se nourrissent d’herbes et de glands, l’apport de foin acheté n’étant nécessaire que lorsqu’il neige.)

Enfin, ce troupeau a d’autres intérêts, notamment en matière de paysages. Le passage des brebis sous les oliviers permet l’entretien du terrain : elles permettent un désherbage naturel et un nettoyage de la souche de l’olivier, ce qui va faciliter la pose des filets lors de la récolte.

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En outre, quand elles pâturent, dans des parcs mobiles, sur les landes de la propriété situées immédiatement sous les falaises du rocher de Saint-Julien, les brebis participent à la réouverture du paysage en débroussaillant des terres qui, autrefois, étaient déjà utilisées comme pâturages par les générations précédentes. Elles évitent donc que le couvert ne se referme, ce qui participe également à la lutte contre les incendies.

La taille des arbres se fait tous les deux ans. La forme de ces oliviers, ainsi que la densité des plantations, induisent bien sûr des paysages typiques. Mais ce ne sont pas les seuls éléments qui interviennent dans la qualité des paysages de cette région. Il reste, ici et là, quelques abris en pierre, appelés cabanons, où  l’on se restaurait à l’heure de la pause et où, en cas de mauvais temps, l’on abritait le cheval ou le mulet pendant que l’on récoltait. Il reste aussi des murets en grosses pierres calcaires, construits à la force des bras par les générations précédentes, soutenant les terrasses qu’on nommait banquettes. Malheureusement, ces murs sont presque tous éboulés, de même que se sont bouchés avec le temps les canaux d’adduction d’eau irrigant autrefois les jardins aux creux de la vallée. La réfection de ce patrimoine architectural est hélas trop onéreuse. Notons cependant que des travaux de restauration de banquettes s’effectuent dans les environs de Sahune, Villeperdrix et Saint-May, le long de la vallée de l’Eygues.

 

Les objectifs

Revenir à une pratique plus raisonnée de l’agriculture, plus responsable, plus respectueuse de l’environnement et de l’écologie des sols, une agriculture rentable qui offre aux consommateurs des produits sains, de haute qualité.

Se protéger des risques liés à la manipulation de produits chimiques dangereux.

Les retombées

Précisons déjà que cet oléiculteur et son épouse ont obtenu des médailles, dont les médailles d’or 2009 obtenue à la foire de Draguignan et à celle de Brignoles. Par leur pratique exemplaire de l’agriculture, outre bien sûr la production elle-même de leurs produits nourriciers, Xavier et Elodie Aumage protègent, gèrent, créent ou recréent des hectares de paysages remarquables, contribuant ainsi à une valeur ajoutée inestimable pour la région, en particulier en terme de tourisme.

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Personnes ressource
  • Xavier et Elodie AUMAGE

Les Hautes Terres de Provence

Quartier Saint Trophime

26170 BUIS LES BARONNIES

06 15 88 23 13

http://www.huile-olive-aoc-nyons.com/

http://www.gitedusaintjulien.com/

 

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Pour en savoir plus

  • INAO, Institut national de l’origine et de la qualité

www.inao.gouv.frwww.nyons-aoc.com

  • Syndicat interprofessionnel de l’Olive de Nyons et des Baronnies

BP 9 26110 Nyons

Tél. 04 75 26 95 00

  • AFIDOL Rhône-Alpes (ex. Institut du Monde de l’Olivier)

40 Place de la Libération- 26110 NYONS

Tél. 04 75 26 90 90 nyons@afidol.org /

www.afidol.org

  • CTO, Centre Technique de l’Olivier
  • La Confrérie des Chevaliers
  • Chambre d’Agriculture de la Drôme

Sources

– entretiens avec Xavier Aumage et Jean-Pierre Jourdan

– site du gîte : http://www.huile-olive-aoc-nyons.com/

– Intervention du 11/12/2009 « L’oléiculture aujourd’hui » par Alexandra Paris AFIDOL

– Document AOC et paysages del’INAO

 

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