79- Duilhac-sous-Peyrepertuse – Ansignan

Written by Claude CAMILLI

Duilhac-sous-Peyrepertuse – Ansignan

Mardi 1er septembre 2020

Voici une vidéo retraçant la 79 ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Au lever du soleil, cheminant entre le Roc de Sagnes et la Quille, je laisse derrière moi le site fameux de Peyrepertuse et, au loin, l’aiguille caractéristique du château de Quéribus. Vers le Pla de Brézou, quittant l’Aude pour les Pyrénées-Orientales, je quitte en fait la Catalogne française de langue catalane pour le Fenouillèdes de langue occitane, deux régions culturellement distinctes. Face à la clue de la Fou, je descends jusqu’à Saint-Paul-de-Fenouillet puis franchis le Serre de l’Artigue del Baurien par le col de Lesquerde et redescends dans la vallée de l’Agly que je suis jusqu’à Ansignan. Là, je fais une halte inoubliable chez Svetlana

Voici le texte de cette vidéo :

Mon plateau de petit déjeuner m’est apporté dans ma chambre, très tôt, par mon hôtesse qui se propose de me conduire en voiture sur mon chemin, là où j’ai quitté le GR 36 hier soir pour faire le détour par Duilhac-sous-Peyrepertuse. Après l’avoir chaleureusement remerciée, j’assiste au lever du soleil laissant derrière moi, le site fameux de Peyrepertuse et, au loin, l’aiguille caractéristique du château de Quéribus. Je m’élève dans les rayons rasants qui dorent les parois du roc de Sagnes au nord et les flancs de la Quille au sud laquelle culmine à près de 1000 m.

Je me retourne pour jeter un dernier regard vers la vallée d’où je viens et Quéribus à l’est et poursuis la piste jusqu’au col de Laprès. La vue se dégage alors vers l’ouest sur le Bosc del Grand bac, un nom aux consonances catalanes. Peu après la bergerie de Brézou, le sentier prend de la hauteur au milieu de barres rocheuses pour atteindre le Pla de Brézou, laissant sur ma droite le sentier cathare, le GR 367 jusqu’alors commun avec le GR 36. Celui-ci reprend une direction sud qui me convient nettement mieux. J’avance sur ce replat herbeux au pied du Serre des Boucherettes.

Autour de moi, chênes verts, buis, bruyère, cistes, genévriers, pins mugo, quelques-uns de ces arbres ont d’étranges silhouettes, enrobés qu’ils sont de leurs propres rejets.

Je viens de franchir la limite de départements, quittant l’Aude pour les Pyrénées-Orientales, et par là-même quittant la Catalogne française de langue catalane pour le Fenouillèdes de langue occitane.

Donc le Fenouillèdes qui s’étend maintenant devant moi vers le sud est en Languedoc, français depuis Saint-Louis ! Attention de ne pas confondre ces deux régions, Fenouillèdes et Catalogne, culturellement bien distinctes.

Au col de Corbasse, la vue s’étend jusqu’aux Pyrénées, par-delà le synclinal du Fenouillèdes, le village de Saint-Paul-de-Fenouillet et l’échancrure caractéristique, la clue de la Fou creusée dans le calcaire, où se faufile l’Agly. Cet après-midi, je franchirai la barre rocheuse qui domine le village.

L’Agly, « l’aigle », est un fleuve qui prend sa source au Puech du Bugarach, creuse les gorges de Galamus, un site naturel remarquable classé et protégé et qui, après une longue traversée ouest-est, se jette dans la méditerranée au Bacarès.

Je coupe la départementale qui mène aux gorges, trouve avec difficulté un raccourci à travers la garrigue de thym et de romarin, traverse des vignes et récupère enfin une piste qui longe l’Agly jusqu’à Saint-Paul-de-Fenouillet.

Alors, sur la place aux bancs joliment colorés, je m’assieds avec volupté à la terrasse d’un café-restaurant pour m’octroyer mon premier déjeuner un peu sérieux depuis mon départ de la Redorte. Puis je me laisse conduire au hasard des ruelles avant de quitter le village par le GR qui s’élève doucement au-dessus des vignobles.

Je croise le chemin d’une de ces petites créatures qui semble avoir perdu la vie et se laisse regarder sans crainte. Puis je me retourne pour admirer la crête festonnée et la clue.

C’est alors que j’entends des cris désespérés dans la colline et que j’aperçois un panache de fumée s’élevant d’une maison. Les cris s’intensifient, il me semble reconnaître ceux de deux enfants. Je téléphone alors aux pompiers qui me disent faire le nécessaire immédiatement.

Je reste ainsi de longues minutes à observer l’évolution de ce départ d’incendie. Progressivement les choses se calment et je peux reprendre mon chemin, les pensées perdues vers ces enfants qui peut-être ont fait une bêtise et vont le payer cher.

Je marche ainsi un long moment avant de m’étonner de la tournure de la piste : Je suis allée bien trop loin ! Marche arrière toute, je trouve le sentier que j’ai raté et qui grimpe dans la bonne direction. Je le suis sur près d’un kilomètre pour me rendre compte que, non, décidément, ce n’est pas encore le bon ! Deuxième demi-tour, je dévale rapidement le sentier, reprends la route en direction du village, revenant encore et encore sur mes pas et finis par dénicher le fautif, un sentier qui s’élève plus vite que les précédents au-dessus du vallon de Maury, en face de la montagne de la Quille, sous une paroi rocheuse jusqu’au col de Lesquerde franchissant ainsi le Serre de l’Artigue del Baurien. Voici le Fénouillèdes avec, à mes pieds, le village de Lesquerde autour de son monolithe et au loin le Pic du Canigou, malheureusement  dans les nuages.

Le matorral est le terme botanique – d’origine espagnole- pour évoquer ces formations végétales qui m’entourent. Feux de forêt successifs ou surpâturages empêchant les arbres de se développer ont dégradé cette forêt méditerranéenne. Ici je marche dans la garrigue que l’on trouve sur des sols calcaires alors que le maquis se développe sur les terrains siliceux.

Pour la première fois, le GR 36 est si mal tracé que je me perds au milieu des buissons épineux de cette garrigue. Malgré plusieurs essais aussi volontaristes qu’inutiles, je dois renoncer à le suivre. Heureusement j’aperçois une piste qui me permet de rejoindre l’Agly. Je traverse la rivière sur un étroit muret de pierre puis j’escalade le mur de soutènement de la route pour atteindre celle-ci.

La suite, cinq  kilomètres sur le goudron, est moins drôle. J’aperçois au loin, toujours au cœur du Fenoullièdes, le but de cette journée, le beau village d’Ansignan juché sur une colline dominant la vallée de l’Agly. La présence d’une voie romaine et celle d’un pont-aqueduc qui enjambe justement l’Agly et sert à irriguer les cultures de la rive opposée suppose une occupation romaine. Ses fondations pourraient dater du IIIème siècle après JC. L’aqueduc irriguait-il les terres d’une villa romaine ?

Au centre du village, sur une placette, je déniche la maison d’hôtes de Svetlana. Celle-ci m’accueille avec une gentillesse inouïe. Svetlana est chef cuisinier et adore cuisiner la pâtisserie. Elle me sert un repas inoubliable. Nous sympathisons instantanément ! Je lui glisse les rares mots de russe qui me reviennent à l’esprit. Nous nous racontons nos vies toute la soirée puis regardons nos travaux respectifs sur son ordinateur. Svetlana signifie « lumière » en russe. C’est un nom qui lui va merveilleusement.

Sur le balcon de ma chambre, devant la vue sur la vallée de l’Agly, je rêve à Svetlana et à sa lumière.

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