78- Termes– Duilhac-sous-Peyrepertuse

Written by Claude CAMILLI

Termes– Duilhac-sous-Peyrepertuse

Lundi 31 août 2020

Voici une vidéo retraçant la 78 ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Partie de Termes et de son château en ruine, l’un des plus puissants du Languedoc, je m’élève par le cheminement aérien du GR 36, face aux gorges spectaculaires de Coyne Pont jusqu’au Roc de Fenne Prenz puis descends au fond de la forêt domaniale du Termenès, rejoins le village de Mouthoumet, passe le col de Cédeillan, plonge sur Rouffiac-des-Corbières avec face à moi, l’admirable Roc Rouge flanqué de la « Carcassonne céleste », l’extraordinaire château de Peyrepertuse, une des cinq « citadelles de vertige », que j’atteins après une rude montée avant de plonger de nouveau sur Duilhac-sous-Peyrepertuse. Encore une journée magnifique !

Voici le texte de cette vidéo :

Je n’avais pas trouvé de logement à Termes, c’est ainsi que je me suis retrouvée à Creuille, dans ce lieu isolé, tout à fait à l’écart de ma route. Comme la journée qui m’attend va être longue, très longue, plus de 35 km, je ne peux rajouter les quatre kilomètres qui me séparent de Termes. Mais Brigitte, mon hôtesse propose de m’y déposer en voiture, dès 7 heures. Sur le parcours, magnifique au lever du soleil, je peux voir de loin le château en ruine de Termes.

Je prends le temps de parcourir les petites rues en calade de Termes, classé « village de caractère », de dire adieu à Brigitte, de jeter un dernier regard sur le château et de longer un béal avant de m’élever dans la vallée étroite du Sou qui prend sa source à quelques kilomètres en amont.

Le château de Termes, un des plus puissants du Languedoc, couronne le sommet d’un rocher qui domine les gorges vertigineuses du Terminet. Les seigneurs de Termes qui régnaient sur une soixantaine de villages étaient favorables au catharisme. C’est l’un d’eux, Raimond de Termes, dont on dit qu’il n’a pas fait dire la messe depuis plus de trente ans, qui défend sa citadelle quand, lors de la croisade contre les Albigeois, elle est assiégée par Simon de Montfort en août 1210. Ce dernier utilise la même méthode qu’à Minerve : assoiffer la population. Commence alors l’un des plus longs et des plus terribles épisodes de la croisade : au bout de trois mois, le château s’apprête à capituler quand un orage providentiel le sauve in extremis. Malheureusement, il va devoir céder un mois plus tard, non à cause des croisés mais parce que la dysenterie provoquée par l’eau de pluie putride, décime sa population.

Au 13ème siècle, ces quatre mois de ce siège ont un très large écho à travers l’Europe.

Plus tard, ce château, rattaché à la couronne de France, servira, dans la ligne des places-fortes, à surveiller la frontière franco-aragonaise.

Par le GR 36, je me suis élevée face aux gorges spectaculaires de Coyne Pont jusqu’au Roc de Fenne Prenz, le « rocher de la femme enceinte », que je vais contourner sous sa falaise. Le chemin devient aérien, dominant des à-pics vertigineux. Ce magnifique cheminement m’offre des vues inoubliables sur les Hautes Corbières.

Ayant traversé le pont naturel de la Caune, j’atteins progressivement le sommet du Nitable Roc que je traverse et contourne par le sud.  Ce massif karstique est un véritable château d’eau pour la région car une grande quantité d’eau circule dans ses failles et cavités.

Je descends maintenant au fond d’un vallon profond, le relief tourmenté obligeant le GR à faire un immense détour par le nord. Perdue au fond de la forêt domaniale du Termenès, après un nouveau changement total d’orientation je retrouve la bonne direction sud et grimpe le long d’un affreux chemin humide, envahi de ronces, grosses comme le pouce.

Peu avant de déboucher sur le plateau agricole, je croise deux jeunes marcheurs avec leur sac à dos. Nous faisons une pause amicale pour nous décrire nos routes respectives et grignoter quelques fruits secs puis repartons les uns vers le nord, l’autre vers le sud et les Pyrénées.

J’arrive à Mouthoumet situé au centre de ce plateau consacré surtout à l’élevage d’ovins. Le mouton donne d’ailleurs son nom au village. Je m’arrête sur la place et m’assieds un instant sur la margelle de la fontaine à l’ombre des platanes. Le village est désert.

Je quitte les milieux ouverts, passe devant deux bergeries et les rares maisons de la Borde-Grande où un chien plus ou moins bienveillant hurle sur mon passage, échange quelques mots avec le propriétaire puis m’enfonce dans les replis du massif.

Je sais que les nombreux kilomètres vont maintenant s’enchaîner dans la forêt domaniale de l’Orme-Mort, toujours en plein cœur des Hautes Corbières.

Sur le site des Pyrénées orientales je lis que « les Corbières forment une barrière naturelle qui isole le Roussillon du reste de la France. Cela peut paraître paradoxal, mais historiquement ces collines ont formé une barrière bien plus hermétique que les Pyrénées, pourtant trois fois plus hautes. Les habitants passaient sans sourciller les hauts cols pyrénéens mais ne franchissaient que rarement les Corbières hérissées de châteaux où les combats étaient monnaie courante. »

Au col de l’Orme-Mort je redescends jusqu’à Cédeillan, me pose devant cette belle demeure pour avaler mes dernières maigres réserves puis par un raidillon sévère, je me propulse au col de Cédeillan.
Alors, c’est la récompense : la descente sur la piste ocre me permet de me projeter sur les horizons bleutés. Quelle beauté ! En arrière-plan, la Quille, une montagne allongée qui culmine à près de 1 000m, domine le Fenouillèdes et au premier plan, ce roc qui se détache sur la ligne de crête, c’est à coup sûr le château de Peyrepertuse ! Peyrepertuse, la « pierre percée ».

Je le garde en ligne de mire, amer incontournable qui se rapproche inexorablement au fil de mes pas, bien ancré sur son rocher. Mon regard fouille les parois verticales, comme taillées au couteau dans le calcaire.

Tout à l’heure je contournerai par l’est le Roc Rouge, poursuivrai l’ascension et me retrouverai au pied du château mais, de l’autre côté, sur le flanc sud de cette montagne.

Pour l’instant je descends dans la plaine où coule le Verdouble, lequel traverse le village de Rouffiac-des-Corbières qui s’étend à mes pieds.

Je fais une nouvelle halte pour admirer le paysage. Le château de Peyrepertuse me domine de toute sa hauteur, barrière infranchissable. Que les ennemis se le disent !

Aussi vaste que Carcassonne, le plus vaste des « 5 fils de Carcassonne », avec les quatre autres : Quéribus, Puilaurens, Termes et Aguilar, ces « citadelles de vertige », ce château est surnommé la « Carcassonne céleste ».

Je dois d’ailleurs m’employer à m’élever vers les cieux. Par-delà les crêtes qui cachent le village de Cucugnan, quelle est donc cette aiguille qui s’élance curieusement dans le ciel ? C’est le château de Quéribus, une autre forteresse, un autre château cathare, lui aussi perché sur son piton rocheux ! Plus je grimpe, plus le paysage s’anime et se précise. Tout en bas, au milieu de la garrigue et des vignes, je devine le village de Duilhac-sous-Peyrepertuse, ultime but de ma journée.

Le sentier a totalement contourné le Roc Rouge, taillé sous ses falaises, entièrement enfoui dans la forêt. Sa pente se durcit brutalement m’obligeant à grimper avec les mains. Encore un effort, encore quelques mètres et je surgis sur un parking au milieu des voitures.

Je lève les yeux. Le choc est brutal et merveilleux ! Voici le château dans toute la splendeur de sa face sud !

Je ne peux pas ne pas grimper là-haut ! Impossible d’ignorer un tel déploiement de rocs et de murailles. Et comment ne pas admirer ces forces conjuguées de la nature et des hommes ! Une falaise de 30 à 40 m, à près de 800 m d’altitude, sur laquelle le château est posé !

Vite, il me reste trois-quarts d’heure avant la fermeture du guichet. Je laisse mon sac à dos à la gardienne du site et file derrière un éperon rocheux sur un chemin étroit tout à fait incroyable qui cachait un passage secret à l’époque des Cathares.

Le voici ce « vaisseau de pierres » : 300 m de long, 60 dans sa plus grande largeur !

Sa position est stratégique : la vue est totale sur les différentes vallées qui l’entourent, sur les cols, sur le château de Quéribus avec lequel il communiquait par signaux.

Après la croisade des Albigeois et l’échec du siège de Carcassonne, Guillaume de Peyrepertuse se soumet et, en 1240, le château devient possession française. Saint-Louis fait alors construire un deuxième donjon tout en haut de la crête pour renforcer cette forteresse royale qui doit assurer, avec les autres châteaux, la défense de la frontière avec le royaume d’Aragon.

La vue est époustouflante. J’en ai le souffle coupé !

A l’est, le tracé net du Golfe du Lion avec la mer Méditerranée, ligne bleu turquoise à l’horizon, à mes pieds les villages qui m’apparaissent minuscules, Rouffiac-des-Corbières au nord et Duilhac-sous-Peyrepertuse au sud. Enfin, toujours au sud bien sûr, la masse sombre des Pyrénées derrière les derniers contreforts des Corbières.

Je dois m’arracher de ce lieu avant sa fermeture et récupérer mon sac à dos. Il me reste à descendre 400 m de dénivelée pour atteindre Duilhac-sous-Peyrepertuse par la route et terminer cette longue et magnifique journée à l’auberge de la batteuse devant des « Boles de picoulat aux cèpes », c’est-à-dire des boulettes de viande hachée, traditionnelles, accompagnées de haricots blancs.

Je m’endors les yeux remplis de l’ombre chinoise pleine de poésie, dessinée dans la nuit étoilée.

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