72- Combes – Olargues

Written by Claude CAMILLI

Combes – Olargues

6 juin 2020

Voici une vidéo retraçant la 72 ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Etape sur le GR7 dans le massif du Caroux,  » Montagne de lumière » qui culmine à 1090 m, dans le parc naturel régional du Haut-Languedoc. Forêt domaniale des écrivains combattants, col de Madale , gorges de Colombières, le mouflon, emblème du Caroux, légende de Cebena, gorges d’Héric, yeuseraie, plantes saxicoles et faune rupestre puis Passa Païs, la voie verte : une journée bien remplie !

Voici le texte de cette vidéo:

Une journée en montagne ! Et quelle montagne, le renommé massif du Caroux ! Pas question de traîner : Je m’échappe du California peu après 6 h.
La vision glaçante de l’arrière-cour de la MAS de Saint-Vital, maison d’accueil spécialisée hébergeant des adultes handicapés, me laisse interdite : ici rouillent fauteuils roulants désarticulés, frigos et vieux postes télé. L’état de ce lieu me laisse perplexe. Mais gare aux faux procès. Je ne laisse pas s’entamer ma belle humeur.

Une courte montée et me voici dans la forêt domaniale des écrivains combattants.
A la fin du 19ème siècle les forêts sont surexploitées, les sols sont mis à nus et soumis à l’érosion, les vallées subissent alors des crues dévastatrices. Il faut reboiser. L’association des écrivains combattants se mobilise, organise une souscription nationale en vue d’un reboisement symbolique à deux titres : sensibiliser les populations à la prévention des crues et au rôle majeur assuré par la forêt et honorer les écrivains morts à la guerre 14-18. La forêt de 100 ha est inaugurée en 1931 : on y a planté Cèdre de l’Atlas, pin Laricio de Corse, sapin de Nordman, pin sylvestre, douglas et chêne rouge d’Amérique. Une Croix de guerre et une stèle monumentale commémorent les écrivains. En 1952, la forêt devient propriété de l’état et des stèles sont rajoutées, honorant désormais les écrivains combattants de la Première et de la Deuxième guerre mondiale.  Soixante-six d’entre eux ont leur nom inscrit sur une stèle de la forêt, dont trois femmes et quelques étrangers. Parmi eux, je peux lire Charles Péguy, Henry Alain-Fournier, Pierre Brossolette, Antoine de Saint-Exupéry, Robert Desnos, Jean Zay, Louis Pergaud, Hélène Némirowski…

Certaines allées de la forêt sont baptisées de noms d’auteurs inconnus. Roland Dorgelès écrivait qu’il avait semblé « juste d’honorer les jeunes, les méconnus, les débutants, qui ne laissaient, pour survivre, que quelques pages dispersées : ceux dont j’ai dit un jour qu’ils ont versé peu d’encre, mais tout leur sang. ».

Le regard se perd au loin vers la forêt domaniale de Mont d’Orb en direction du nord. Je descends dans un premier ravin et remonte en face, passant au hameau de la Madale dont les hautes maisons s’éclairent soudain dans l’or du soleil matinal, au milieu de la végétation émeraude. Je me perds, enfouie dans les hautes herbes, les digitales et les fougères, les genêts à balais surtout qui me caressent plus qu’ils ne m’agressent. Mais bien vite je retrouve le GR 7 qui domine le col de Madale.

Je grimpe maintenant à l’assaut du Mont Caroux et la vue, lorsque je me retourne, devient grandiose. Ce massif qui fait  partie des Cévennes méridionales est la terminaison orientale des monts de l’Espinouse, site classé, au cœur même du parc naturel régional du Haut-Languedoc.

Une piste me conduit près de la Croix de Douch puis rejoint l’entrée des gorges de Colombières. Un lieu insolite m’attend là : la maison de Choupinette ! Un adulte au cœur d’enfant m’offre l’hospitalité et me guide longuement le long des allées des jardins là où, avant 2015, il n’y avait que ronces et bouquets de feuillus.

Je m’arrache de ce lieu paisible et grimpe droit dans la pente enjambant les broussailles pour m’extraire des gorges et atteindre un replat rocheux où je reprends mon souffle. Devant moi des étendues de fougères, de genêts et de bruyères marquent la sortie des gorges aux parois escarpées. Car le Caroux est un massif montagneux profondément entaillé par les torrents dont les eaux rejoignent celles de l’Orb qui le borde sur son flanc sud.

La longue montée s’adoucit progressivement, laissant entrevoir le plateau qui se dessine mollement. La vue sur les massifs alentours prend de l’ampleur, mes pas s’allongent, joyeux et aériens, mes poumons respirent, le soleil et le vent léger caressent mon visage, un sentiment puissant de liberté m’envahit.

Plateau pierreux constitué de gneiss riche en paillettes de mica, le Caroux – Lo Cairosus en occitan signifie « le Pierreux ») – culmine à 1090 m d’altitude.

La lumière particulière lui vaut d’être nommé « Montagne de lumière ».

Localement on l’appelle aussi « la femme couchée », sa forme rappelant le corps d’une femme.

Devant moi s’étend une lande de callunes et de genêts, de bruyère mauve et de tourbières, écosystèmes uniques. Ici les influences méditerranéenne, océanique et montagnarde s’affrontent, permettant une grande diversité de flore et de faune. On y trouve des mouflons !

Le panorama s’étend à 360° : Montagne de l’Espinouse, Cévennes, Golfe du Lion, Montagne Noire et Pyrénées que je ne peux que deviner.

Je lis que « la légende du Caroux remonte au temps où Zeus n’avait pas encore vaincu et foudroyé les Titans. Parmi eux vivait une ravissante jeune fille, Cebenna. Elle rendit Zeus si envieux qu’il décida par vengeance qu’elle devrait mourir d’amour. Les années passèrent, Cebenna s’éprit d’un amant mais, comme l’avait décidé Zeus, elle ne put conquérir son cœur.

Après de longues années, amoureuse, désespérée, elle décida de gagner les montagnes pour y vivre sa solitude et y pleurer sa peine.
La légende raconte que c’est ici que Cebenna (qui laissa son nom au Cévennes) aurait fini par s’allonger pour y mourir de chagrin. Et la nature, comme pour l’immortaliser, lui aurait composé pour toujours un écrin minéral. »

J’arrive au hameau de Douch où je retrouve Daniel que je surprends devant les panneaux, m’attendant avec patience pour que nous puissions piqueniquer ensemble.

Je prends le temps de flâner à travers ce petit village d’altitude, typé, avec son hôtel à abeilles, son four à pain, sa chapelle et ses hautes maisons aux pierres roussies par le lichen.

Le mouflon, cousin sauvage du mouton, est l’emblème du Caroux. On peut dire que le mouflon de Corse, introduit en 1956, s’est parfaitement acclimaté dans cette moyenne montagne méridionale puisque celle-ci compte maintenant l’une des plus grandes populations de France. Belle réussite !

Arrivée à l’extrémité ouest du Caroux,  je prends la direction du sud pour franchir le col de l’Airole et, après un dernier regard sur ma prochaine étape, la vallée de l’Orb et les Avant-Monts, je m’enfonce dans les Gorges d’Héric dont j’ai si souvent entendu parler. Un magnifique chemin en lacets avale rapidement la pente à travers de splendides forêts de hêtres et de châtaigniers. Je rattrape des randonneurs et tout en devisant nous atteignons le hameau d’Héric dont les maisons aux toits de lauzes s’élèvent de part et d’autre du sentier caladé.

Il me reste à me laisser couler sur la petite route goudronnée qui serpente entre les parois rocheuses abruptes au milieu d’une végétation luxuriante. Cette piste interdite aux véhicules longe la rivière, offrant des vues surprenantes sur les versants d’en face. Je lis que la réserve biologique des Gorges d’Héric, créée en 1933 préserve une remarquable yeuseraie montagnarde dont les plus vieux chênes verts auraient plus de 250 ans. La présence spontanée d’if et de bruyère arborescente lui vaut un grand intérêt scientifique. J’apprends qu’une yeuseraie est un lieu planté de chênes verts.

Les vasques profondes d’eau limpide me donnent envie de plonger et de me délasser mais ces eaux sont fraiches;  elles sont le domaine de la truite Fario qui s’y cache. Ne nous y trompons pas : ce joli ruisseau qui parait tranquille peut devenir torrentiel après de violentes pluies.

 Les parois, arêtes, blocs ou éboulis, partout présents, abritent les plantes saxicoles  et la faune rupestre et bien sûr sont le terrain de jeu des grimpeurs. Toutes ces espèces vivent sur les rochers…

Après ce long parcours, j’arrive à l’entrée des gorges. Je dois donc quitter la montagne de lumière et Cebenna, la déesse de la mythologie condamnée par Zeus à mourir d’amour …

Je retrouve Daniel le temps d’une pause exquise à la terrasse d’un bistrot populaire (les gorges sont très fréquentées !) devant une délicieuse glace au chocolat…

Puis je repars sur la route, traverse Mons et La Trivalle et m’engage sur la voie verte, Passa Païs, tracée sur l’ancienne voie ferrée Mazamet-Bédarieux. Cette piste pratiquement rectiligne et plate longe l’Orb. Quel changement après cette journée sur les sentiers de montagne ! Je la suis ainsi sur quatre kilomètre jusqu’à Olargues et son pont Eiffel. Nous nous installons près de la gare avant de nous promener à travers les ruelles fleuries de ce village médiéval, classé parmi les « Plus beaux villages de France »…

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