54- Egliseneuve d’Entraigues – Lugarde

Written by Claude CAMILLI

Egliseneuve d’Entraigues à Lugarde

Jeudi 13 juin 2019

Voici une vidéo retraçant la 54ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Partie d’Egliseneuve d’Entraigues, je quitte la vallée de la Rhue et grimpe sur le plateau du Cézallier, toujours dans le parc naturel régional des volcans d’Auvergne. Vastes pâturages, tourbières et sagnes. Vaches Aubrac, Montbéliarde, rapaces… Jusqu’à la petite ville de Condat et celle de Lugarde où passe le Gentiane Express.

Voici le texte de cette vidéo:

Que me réserve cette journée ? De la pluie ? De la brume comme hier ? En tout cas, quand nous quittons Besse en Chandesse avec le California, le ciel est chargé de nuages menaçants.

Mais lorsque nous atteignons la place d’Egliseneuve d’Entraigues, précisément là où je me suis arrêtée hier, le soleil fait de timides apparitions.

C’est jour de marché dans ce village de montagne dont les maisons que j’ai admirées hier sont celles de marchands de toile partis faire fortune au loin. Je lis qu’à la fin du 19ème siècle, les premiers marchands partaient en tournée avec leur maringotte, c’est-à-dire leur charrette pour vendre dans toute la France des pièces de toile. En confiance avec leurs clients, ils ont pratiqué le crédit sans frais et selon les témoignages ils pouvaient jouer le rôle de conseil et même de confident.

Quittant la vallée de la Rhue je grimpe sur le plateau. La Rhue, dont je suis plus ou moins le cours depuis hier matin, prend sa source au sud-ouest de Super Besse. Dans sa partie amont elle porte le nom de ruisseau de Clamouze ou Clamousse puis ruisseau d’Entraigues avant de se nommer Grande Rhue  et enfin Rhue tout court quand elle se jette dans la Dordogne au sud de Bort-Les-Orgues, après avoir traversé trois départements : le Puy de Dôme, le Cantal et la Corrèze. Elle s’écoule dans des gorges, profondes de cent à trois cents mètres, sur près de la totalité de son parcours.

Très vite je laisse derrière moi le département du Puy de Dôme pour pénétrer dans celui du Cantal, mais toujours bien sûr dans le parc naturel régional des volcans d’Auvergne.

Je marche vers 1 100  m d’altitude, à la jonction des plateaux de l’Artense à ma droite vers l’ouest et du Cézallier vers l’est dont le point culminant à 1 551 m est le Signal du Luguet.

Je lis que 16% de la flore d’Auvergne est considérée comme exceptionnelle, avec des  espèces adaptées au climat très rude. Certaines sont endémiques (uniques dans le monde) comme la Saxifrage de Lamotte. Plus modestement, je croise genêts et violettes, narcisse des poètes et fleurs des prés.

Nous sommes en plein été, j’ai pourtant les pieds gelés car il fait froid et je foule une herbe haute et mouillée. Ces grands espaces sont sauvages et nus. Je sens que la vie  sur cette terre d’estives est rude surtout en hiver lorsque souffle la burle.

Partout de vastes pâturages, des tourbières et des sagnes c’est-à-dire des marais et ici et là des hêtraies, des sapinières, des pessières. Sur la Montagne de Rodde que j’atteins, je traverse justement une forêt de sapins dont la clôture circulaire me prend au piège. Je ne peux plus sortir ! Je longe le haut grillage, fermement fixé au sol, je reviens plusieurs fois sur mes pas. Sans doute comme d’autres avant moi, je cherche une sortie, une faille, un trou à ras du sol. Rien ! Enfin j’aperçois une barrière fermée à double tour par un solide cadenas. Une seule solution : l’escalader en pestant contre les forestiers barbares, ennemis des inoffensifs marcheurs.

Je finis par retrouver le GR, bordé de muret de granit, toujours aussi plaisant qui me conduit au hameau de Chez de Carry dont l’alignement des maisons basses aux toits de tôle est interminable.

Ces Monts du Cézallier ne sont pas des stratovolcans dont l’éruption a été explosive comme le Puy de Sancy d’où je viens ou le Plomb du Cantal où je vais et dont l’érosion a laissé des pentes raides et des arêtes acérées. Non, ils résultent d’une éruption d’un  volcan « rouge » dont la lave rouge-orangée, extrêmement fluide a formé des coulées atteignant des dizaines de kilomètres. Les glaciers qui les recouvrèrent après ont érodé ces plateaux laissant place à des reliefs doux et arrondis. Cette formation volcanique est de type « hawaïen ».

Ici le vert domine, les stars sont les vaches, en particulier les « rouquines » de la race Salers qui broutent l’herbe grasse des pâturages à trèfle blanc et fétuque rouge. Ce sont des vaches allaitantes qui ne sont pas élevés pour la production de lait. Mais de mai à octobre les estives du Cézallier accueillent aussi d’autres troupeaux de vaches Aubrac, Montbéliarde par exemple destinées à la production de lait, de fromage Saint-Nectaire et de viande.

Ces grands espaces découverts du Cézallier sont un terrain de chasse idéal pour les rapaces. Je lis que les chouettes hulottes et effraies, les hiboux petits et moyens ducs sont nombreux. Quant aux rapaces diurnes, ce sont les buses variables, les milans noirs, les busards cendrés et les faucons crécerelles qui vivent ici.

Les profondes gorges boisées de la vallée de la Rhue leur offrent des refuges sûrs.

Je me rapproche justement de cette vallée à l’endroit où elle s’élargit et où s’est établie la ville de Condat.

 Je savoure la vue plongeante sur les toits gris, serrés autour du clocher octogonal de l’église. Je dévale du plateau par des chemins en sous-bois, pleins de charme.

Je retrouve Daniel sur une place de Condat pour le pique-nique. Nous regardons avec amusement les façades et la devanture nostalgique d’un café figé dans les années cinquante.
Je traverse la Rhue puis, après un dernier regard en arrière sur la ville, je m’élève de nouveau, à travers de bien grises forêts sur le plateau de l’autre rive, toujours me dirigeant vers le sud en direction de Lugarde.

La route, décidément a été longue aujourd’hui mais je ne ressens pas la fatigue.

Je visualise mieux en utilisant le zoom de mon appareil photo ce qui m’attend les jours suivants.

Sur ce viaduc passe le Gentiane Express, un petit train touristique qui relie Riom-es-Montagnes et Lugarde.

En arrivant vers le village de Lugarde la route domine la vallée de la Santoire, affluent de la Rhue, qui coule dans des gorges étroites et abruptes.

Je rejoins Daniel et nous repartons en California, direction plein nord. Nous repassons à Condat, puis traversons le plateau de l’Artense, passons à La Tour d’Auvergne pour redescendre sur la Bourboule où nous dînons au restaurant avant d’aller au camping. C’est que demain, il fait beau ! Et nous allons pouvoir grimper au Puy de Sancy et faire enfin l’étape que nous n’avions pas parcourue à cause du mauvais temps.

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