4- Niederbronn – Lichtenberg

Niederbronn – Lichtenberg

30 avril 2017

Voici une vidéo retraçant la quatrième étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Lors de cette étape je poursuis ma marche à travers le Parc naturel régional des Vosges du Nord au milieu de somptueuses forêts.

Voici le texte de cette vidéo:

Niederbronn-Lichtenberg

 

Dimanche 30 avril 2017

Lors du petit-déjeuner pris avec les autres pensionnaires du couvent, le récit émouvant que nous fait notre voisine, enfant de fille-mère, et elle-même fille-mère, ce récit de son enfance sous l’occupation puis celui de leur déportation à Birkenau nous amènent les larmes aux yeux.

Après les adieux chaleureux, je repars le cœur léger sur la route qui longe les prés puis je m’élève rapidement dans la forêt pour rejoindre le GR 53 abandonné la veille à Niederbronn-les-Bains et déboucher sur les ruines étonnantes du château de Wasenbourg : colonnettes de style gothique, étroites fenêtres en ogive ornées de rosaces ajourées, deux bancs face à face, en coussièges dans la baie donnant sur la plaine d’Alsace. Dans ce clair et frais matin, mon bonheur est total devant toutes ces beautés.

L’Hexenplätzel c’est à dire la place des sorcières où les Celtes pratiquaient peut-être des sacrifices, est un lieu de légendes, le lieu de rencontre des sorcières qui hantaient Oberbronn et qui partaient festoyer avec le diable sur le Bastberg…

Un constat me fait sourire : le seul recoin de mon corps qui ne souffre pas est justement mon pied droit, celui qui vient de se faire opérer !

Mes compagnons fidèles, ce matin comme les jours précédents, sont les hêtres dont les feuillages au vert tendre ont la délicatesse,  la légèreté et la fraîcheur de la jeunesse. Parfois les joyeuses hêtraies cèdent la place au merveilleux élancement des pins sylvestres  ou encore aux noires sapinières qui, par contraste, paraissent sinistres.

Peu à peu mes pensées se délestent de leurs obsessions : horaires, distances, douleurs… Je ne suis attentive alors qu’au chant des oiseaux, au craquement des feuilles mortes que je chiffonne de mes semelles. Rompre le rythme mécanique de ma démarche, assouplir mon pas, étirer bras et jambes lors de mes trop rares pauses.

Ici je traverse un champ de myrtilles, là je tombe sur un château totalement ruiné, mangé par le lierre, gardé par un pare-terre de pervenches, interdit d’accès car trop dangereux. Je pique-nique à son pied, confortablement assise sur un matelas de mousse, adossée à un hêtre séculaire, dans la douceur d’un vent frais et d’un soleil généreux.

Ne pas abuser des arrêts car l’ampoule, telle une dague furieuse, se manifeste dans la seconde. Douleur aigue mais que le parfum chaud des pins sylvestres fait rapidement oublier.

Voici des coléoptères coprophages, des bousiers. …. Cette borne triangulaire, datée de 1758, délimite les arrondissements de Haguenau, Saverne et le département de la Moselle…. Et voici des dispositifs pour l’observation de la faune sauvage.

Je viens d’arriver à Lichtenberg. A l’hôtel « Au château », face à l’église, une mamie hors d’âge, cheveux blancs clairsemés, à la diction lente mais à l’œil vif, s’adresse à moi en alsacien. Nous échangeons quelques mots en allemand avant d’adopter le français. Dans son hôtel, rien n’a sans doute changé depuis le décès de son mari, il y a plus de soixante ans. Sitôt franchie la porte, le retour dans le passé submerge. Une atmosphère chaude rendue plus douce encore par la lumière ocre du soleil déclinant, inonde la salle de bar de belles dimensions. Un homme dans un coin, attablé solitaire, écluse une bière, la dixième sans doute de la journée. Il est clair que mon hôtesse, quoique toute menue, tient bravement, avec vigilance, depuis les temps anciens, son bastringue qui, loin d’être ridicule, fut sans doute longtemps le plus bel hôtel alentour. Pour l’heure, la salle de réception immense, la salle de restaurant, irrémédiablement figées, sont vides.

Avant de rejoindre ma chambre au lino ciré et à la tapisserie surannée mais impeccablement tenue, je fais le tour des remparts du château de Lichtenberg, une puissante place-forte plantée sur une colline, dont la construction débuta au quatorzième siècle et qui, en 1678, résista à un siège de huit jours aux troupes françaises du maréchal de Créquy avant de capituler…

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