17- GR5 Thann – Ballon d’Alsace

Written by Claude CAMILLI

Thann – Ballon d’Alsace

  25  septembre 2017

Voici une vidéo retraçant la 17 ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

 

Voici le texte de cette vidéo:

Curieux bond dans le temps pour cette petite portion de Thann à Rouge Gazon que nous n’avions pas pu faire en septembre 2017. Nous voici donc transportés, pour quelques heures seulement, en … mai 2018 ! Le 16 mai donc, après une nuit passée dans notre petit bus stationné au bord de la Thur et un dernier regard sur la façade de la collégiale Saint-Thibaut, œuvre majeure de l’art gothique rhénan, nous nous élevons rapidement au-dessus de la ville, dans la forêt.

Cette une hêtraie-sapinière est un milieu remarquable faisant partie du réseau européen Natura 2000 « Vosges du Sud ». Maintien d’îlots d’arbres sénescents, de bois mort, d’essences locales en mélange, de peuplements hétérogènes et de trouées où la lumière peut atteindre le sol, voici quelques-unes des mesures, rémunérées ou non, que doivent respecter les communes alentour qui ont passé un contrat. Tout ceci bien sûr pour favoriser la biodiversité.

Ce panneau montre la progression de la forêt, phénomène que l’on nomme fermeture du paysage, et qui est  dû à la déprise agricole, comme c’est malheureusement le cas dans de très nombreuses régions de France. Je dis malheureusement car en termes de biodiversité, la progression de la forêt n’est pas forcément une bonne chose…

Je poursuis seule mon chemin et débouche sur les pâturages du massif du Thanner-Hubel, des chaumes provenant du défrichement de la hêtraie, au Moyen-Äge déjà, où se développe une flore exceptionnelle dont la pensée des Vosges, l’arnica des montagnes, la grande gentiane. Dès le 10ème siècle, les charbonniers défrichent donc. Et le charbon de bois vient alimenter les forges et fonderies des vallées voisines.

De ces crêtes qui dominent à près de 1200 m, la vue, quand il fit beau, plonge sur la plaine d’Alsace et les vallées de la Thur et de la Doller. Il est possible de voir la Forêt Noire, le Jura, le Mont Blanc et la chaîne des Alpes, parfois même les Alpes autrichiennes !… Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Après le col de Rossberg, je monte doucement à travers les pâturages jusqu’au promontoire  des Vogelsteine, des rochers d’origine volcanique vers lesquels je pique-nique.

Et voici la ferme-auberge du Belacker, une marcairie (ou Melkerein en alsacien). Au printemps les fermiers montent leurs troupeaux sur les chaumes et fabriquent le fromage. Je m’octroie une petite halte devant une assiette bien méritée dans l’ambiance chaleureuse de la salle où tout rappelle la bonne vache vosgienne. Puis je repars au milieu des églantiers, par ce petit sentier qui domine la vallée de la Doller.

La commune de Mollau en contrebas a passé elle aussi un contrat Natura 2000 car là encore les habitats sont remarquables : forêts sur éboulis, tourbières, hautes-chaumes. Le troglodyte mignon et le roitelet huppé sont présents dans cette forêt. Ce sont de minuscules oiseaux qui pèsent respectivement 9 et 5 g, le poids d’un morceau de sucre !

Ici à droite sur la photo on voit la forêt exploitée et à gauche, un îlot de sénescence, des arbres morts laissés pour la biodiversité.

La brume s’installe quand j’arrive vers le Rimbachkopf… Et voici un extraordinaire tapis de myrtilles comme je n’en ai jamais vu…

Peu après je retrouve Daniel à Rouge Gazon… Là où nous avions commencé notre randonnée avec Sylvie en septembre dernier.

Fin de ce déplacement dans le futur et retour dans le passé,  9 mois plus tôt, en ce 25 septembre 2017.

Nous voici donc partis tous les trois, le cœur en fête, avec en prime le beau temps. Et avec Sylvie et son sourire…

Et pour commencer, une petite merveille, le lac des Perches,  ce mystérieux « lac aux étoiles », dans son écrin de rocailles, d’éboulis et de verdure chatoyante en ces premiers jours d’automne… L’endroit idéal pour casser une petite graine.

Puis, moment magique, nous cheminons à travers les chaumes de Haute Bers aux couleurs douces, déjà presque automnales.

Nous nous enfonçons de nouveau dans la forêt jusqu’à la crête des Charbonniers puis au col des Charbonniers.
Toujours en sous-bois, nous longeons les pentes de la haute vallée de la Doller jusqu’au Rundkopf, la Ronde Tête d’où la vue s’étend jusqu’au plus méridional des sommets des Vosges, le Ballon d’Alsace que nous atteignons enfin par son arête orientale. Ce Ballon qui porte bien son nom a-t-il été un ancien observatoire celtique … avant d’être, dans des temps moins reculés, une arrivée  d’étape de nombreux Tours de France ?

Nous sommes là à la jonction des départements des Vosges au nord, du Haut-Rhin à l’est, du Territoire de Belfort au sud et à peine plus loin à l’ouest, de la Haute Saône que nous foulerons dès demain…

Bel endroit que le marquis de Pezay décrivait ainsi en 1770 : « Le voyageur qui parvient au sommet de la montagne de Géromani met un pied sur l’Alsace, l’autre sur la Lorraine et étend un bras sur la Franche-Comté. Son œil se perd avant que l’horizon se termine. Méditant en extase, ravi de ce tableau et nécessairement exalté, celui qui pour la première fois l’admire, s’enivrant du plaisir de la vue, ne craint que la nuit dont il sent que l’heure approche. »

Bel endroit riche aussi pour sa biodiversité : nous sommes dans la Réserve naturelle nationale des Ballons Comtois qui protège un grand massif granitique entre 650 et 1200 m d’altitude : Chaumes qu’elles soient prairies, landes ou pâturages, tourbières au fond des cirques glaciaires et surtout belles forêts  qui abritent une faune et une flore sauvage dont plusieurs espèces rares sont malheureusement menacées.

Halte au café avec Daniel que nous venons de retrouver avant de rejoindre le monument des démineurs qui rappelle le sacrifice de 600 Français, Italiens, Polonais et Allemands qui furent tués et estropiés en détectant les milliers de mines placées par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale. Ce monument émouvant, qui se nomme « l’Homme projeté », a reçu le prix de la biennale de sculpture à Bruxelles.

Enfin, après un dernier regard sur les sommets arrondis que nous venons de parcourir, nous redescendons en petit bus, heureux, jusqu’à notre camping du Domaine de Champé à Bussang.

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