13- GR5 Ribeauvillé – Le Bonhomme

Written by Claude CAMILLI

Ribeauvillé – Le Bonhomme 

21 septembre 2017

Voici une vidéo retraçant la 13ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Lors de cette étape je poursuis ma marche sur le GR5. Ribeauvillé, brame du cerf, rocher du Koenigsstuhl, sentier des Pulmonaires, village Aubure, Petit et Grand Brézouard, Col des Bagenelles et enfin Le Bonhomme. Une journée particulièrement riche.

 

Voici le texte de cette vidéo:

Sur la table de sa cuisine, mon hôtesse a disposé un petit- déjeuner qui met mon corps en joie. Je déambule donc, bien nourrie, sac au dos, dans les ruelles de Ribeauvillé, colorées et désertes à cette heure matinale, où la boulangerie médiévale nous offre un pain éponyme de belle allure, fort appétissant ! Dans les airs, le château veille, tel un joyau en or fondu, sur la vallée et son bourg, dans les rayons du soleil tout juste levé.

Le sentier s’élève doucement dans la forêt, longeant le flanc sud d’un long vallon dont les parois répercutent le brame d’un cerf, grondement sourd, cri rauque, qui va m’accompagner près d’une heure. Fin septembre, c’est donc la période des amours, le début de la saison de la reproduction. Jeune ou vieux mâle, qui es-tu ? Vas-tu prendre le dessus sur les autres mâles, gagner ainsi les faveurs des femelles de ton harem futur et t’accoupler enfin pour transmettre tes gènes à ta descendance ?

Je poursuis par de larges pistes jusqu’au « sapin des français », appelé ainsi car correspondant au point extrême de ce secteur, de l’avancée des troupes françaises vers la plaine d’Alsace, en août 1914.

Un sentier plus étroit me hisse rapidement au point culminant de ce massif, au rocher du Koenigsstuhl à près de 1000 m d’altitude. Le siège du roi » est le nom donné à cette cavité naturelle creusée dans le grès en forme de siège.

Non ce ne sont pas des peintures jaunes et blanches qui colorent ce rocher et ce tronc mais bien plutôt des lichens, encore appelé champignons lichénisés…

La Roche du Tétras rappelle que le coq des bruyères ou Tétras Lyre, ce magnifique oiseau, pourtant emblématique des Vosges, a quasiment disparu de ce massif : trop de touristes, trop de forestiers interfèrent sur son écosystème.

Je poursuis par ce charmant escalier puis par le sentier des Pulmonaires, enfin par le très joli sentier des biches jusqu’au village d’Aubure qui, autrefois accueillait, les malades dans ses sanatoriums. Curieux village, le plus élevé d’Alsace, autrefois seigneurie des ducs de Wurtemberg divisé en village supérieur, catholique et francophone et en village inférieur dont les habitants, protestants, parlaient l’alsacien. J’y achète quelques vivres dans l’unique épicerie pauvrement pourvue mais qui a le grand mérite d’exister  avant de m’engager sur la route du col de Fréland. Ici les batailles ont fait rage lors de la première guerre mondiale. De ce promontoire stratégique les soldats allemands observaient les  nombreux champs de bataille marqués en rouge sur ces représentations.
Oubliant ces heures sombres, mon regard s’attarde sur les rondeurs paisibles, vers le sud de la montagne des Vosges. Je serai ce soir au Bonhomme puis plus tard sur le lointain Ballon d’Alsace.

Je traverse cette pessière c’est-à-dire cette plantation d’épicéas où les chasseurs ont bâti ces observatoires géants pour repérer et viser le gibier.

Au loin j’aperçois les crêtes que je vais suivre longuement, passant par l’abri de la Pierre des Trois-Bans où je fais une fort sympathique rencontre avec deux randonneurs émérites, eux-aussi retraités, qui ont parcouru nombre de GR à travers la France et hors des frontières et avec lesquels je pourrais échanger des heures durant nos souvenirs communs. Petit crochet pour atteindre la crête et plonger le regard sur le village d’Echery  et les lignes bleues du massif.

Le long de ces crêtes, je vais effectuer l’un de mes plus beaux parcours. Les pieds rouges des myrtilles, les petits arbustes jaune vif poussant ici ou là, les verts sapins parfaitement épanouis à cette altitude, le ciel bleu roi, les lointaines lignes de l’horizon, violettes et sombres, m’offrent un festival de couleurs.
Ici, au Petit Brézouard le casse-croûte s’impose. Je passe l’abri du Brézouard avant de grimper au sommet du Grand Brézouard, 1229 m. Quelle beauté…

Je descends par un sentier abrupt jusqu’au parking du HaÏcot, croisant un groupe d’adolescents que les animatrices ont bien du mal à motiver pour une balade pourtant magnifique.

Pendant toute la guerre, ce secteur a été occupé par un bataillon allemand dont les artistes ont construit cette mosaïque en 1915, restée intacte jusqu’en 1985 puis vandalisée, remise en état et protégée depuis.

Par une piste en pente douce je traverse les prés où nos bonnes vaches laitières maintiennent la biodiversité et l’ouverture des paysages et participent à la fabrication du Munster-Géromé, produit AOP (appellation d’origine protégée) et finis par atteindre le Col des Bagenelles.

Sur un panneau je lis que depuis plus de 20 ans, l’Union européenne, l’Etat, le département du Haut-Rhin et la Région encouragent par leurs subventions l’agriculture de montagne intégrée : protection des races menacées, fauches tardives favorisant le Tarier des prés (charmant petit passereau migrateur),  absence de fertilisation sur les landes riches en orchidées…

Ici, expérimentation de deux petites éoliennes à axe horizontal. Au nord du col s’étire la vallée de la Lièpvrette et au sud celle de la Béhine. Le sentier franchit le thalweg à travers champs et m’entraîne dans cette dernière vallée au fond de laquelle niche le village du Bonhomme dont le nom vient de l’ermite Déodat, assurément un Saint-Homme du 7ème siècle… Je descends à l’hôtel de la Tête des Faux, reçue par un propriétaire distingué, d’origine italienne, perdu dans cette bourgade pour l’amour d’une reine qui l’a abandonné par la suite, obligé de travailler ici pour élever ses enfants que la justice ne lui permet pas de faire venir en Italie. C’est un hôtelier et chef cuisinier hors pair.

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