Diagnostic écologique et paysager de la commune de Chézery-Forens (Ain)

Written by Claude CAMILLI

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Par Rozenn Helnan et Gabin Ballet (2025)

La Roche franche, depuis les Crêts du Haut-Jura

Qui sommes-nous ?

Étudiants en BTS A Gestion et protection de la nature à l’Institut de l’Environnement et de la Transition écologique de Lyon, nous avons choisi d’effectuer un stage de 8 semaines sur la commune de Chézery-Forens dans l’Ain avec l’association Paysages Reconquis. 

  • Gabin Ballet : Enjoué par l’opportunité d’un stage au sein de l’association et par l’optique d’effectuer un travail multidisciplinaire, j’ai pu, aux côtés de Rozenn, candidater pour ce diagnostic écologique et paysager. J’ai immédiatement pensé à la commune de Chézery-Forens comme lieu de stage, ce village ayant une valeur sentimentale importante pour moi car c’est la commune de mon arrière-grand-mère Marie. De plus, la commune se prête bien à l’exercice étant donné son patrimoine naturel et paysager. 
  • Rozenn Helnan : Motivée à l’idée d’exercer les compétences et connaissances variées développées durant les cours sur le terrain, j’ai beaucoup apprécié ce stage qui m’a permis de réaliser un diagnostic écologique et paysager en m’intéressant au fonctionnement et au patrimoine culturel de Chézery-Forens ainsi qu’en découvrant la biodiversité des massifs montagneux et le patrimoine jurassien.

L’association Paysages reconquis

Paysages reconquis donne l’opportunité à certains stagiaires en GPN de sélectionner une commune rurale de leur choix, en France. Avec pour mission l’établissement, en autonomie, d’un portrait écologique et paysager de cette commune, ceci avec l’aide de Claude Camilli. 

Pour ce faire, nous devons développer plusieurs capacités professionnelles propres à notre BTS : réalisation d’inventaires faunistiques et floristiques ; collecte et traitement de données sous cartographie (Qgis) ; formulation des résultats d’une étude naturaliste ; élaboration concertée et conception d’un programme d’animation ; rencontre d’acteurs locaux ; conception d’un document diagnostic de la commune et présentation aux acteurs locaux.

A l’issue de ce stage de deux mois, en mai-juin 2025, nous nous sommes employés à dresser un portrait diagnostic de notre commune en abordant son patrimoine naturel, historique, paysager, culturel. Le tout en explorant les réglementations en vigueur sur le territoire, en rencontrant les acteurs de ce dernier, en couplant nos résultats naturalistes aux données existantes. Le diagnostic est accompagné d’anecdotes de notre stage qui complètent le récit.  

Nous souhaitons au lecteur une bonne découverte de ce travail multidisciplinaire, sans indigestion. 

Rozenn Helnan Ballet Gabin

La problématique qui a guidé la rédaction de ce dossier est la suivante : 

Chézery-Forens est une commune au patrimoine naturel remarquable, aux instances de gestion et de protection soucieuses de la bonne santé de sa biodiversité. Pour autant, n’est-elle pas sujette aux mêmes menaces et défis que le reste de la France ?

Sommaire

1- Présentation de la commune de Chézery-Forens

1.1 Contexte anthropique 

A- Contexte historique 

B- Contexte économique

1.2 Contexte écologique et paysager

A- Géologie 

B- Occupation des sols

C- Biodiversité

D- Altitude et milieux

E- Une rivière : La Valserine

1.3 Présentation des différents zonages de protection de la nature

A- Natura 2000 – Crêt du Haut-Jura

B- Présentation ZNIEFF type 1 et 2

C- ZNIEFF de type 1 – Crêt du Haut-Jura et massif de Champfromier

D- ZNIEFF de type 1 – Haute chaîne du Jura

E- ZNIEFF de type 1 – Gorges de la Valserine en amont de Montanges

F- ZNIEFF de type 2 – Ensemble formé par la Haute chaîne du Jura, le défilé de Fort l’écluse, l’Etournel et le Vuache

G- Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope “Protection des oiseaux rupestres”

H- Réserve naturelle nationale de la Haute chaîne du Jura (RNN de la Haute Chaîne du Jura)

I- Parc naturel régional du Haut-Jura (PNR Haut-Jura)

2- Diagnostic écologique et paysager

2.1 Écosociosystème

2.2 Concertation et rencontre avec les acteurs du territoire 

A- Interview PNR : M. Lembke, responsable service milieux naturels, agriculture et forêts

B- Interview PNR : M. Quentin Ducreux, chef de projet Valserine, GEMAPI.

C- Interview RNN : M. Guillaume Cadier, adjoint au conservateur

D- Interview avec M. Bernard Vuaillat, maire de Chézery

E- Interview avec M. David Desfarges, major de gendarmerie de Chézery-Forens

F- Interview avec M. Maréchal, maître fromager à la Fromagerie de l’Abbaye

G- Interview avec M. Barras président de l’association l’Amicale des sentiers chézerands  

H- Interview avec M. Groscarré, apiculteur

2.3 Travail de sensibilisation auprès du Camping le Valserine

A- Un camping engagé

B- Travail de sensibilisation

2.4 Nos méthodes et protocoles d’inventaires naturalistes

2.5 Tableau de suivi des espèces potentielles 

A- Tableaux de suivi des espèces potentielles : Faune

B- Tableau de suivi des espèces potentielles : Flore

C- Tableau de suivi hors espèces potentielles 

2.6 Nos espèces préférées

2.7 Menaces 

A- Dépérissement des parcelles sylvicoles

B-La Valserine menacée ?

C- Surtourisme et loisirs en nature

D- Milieux ouverts en péril ? 

E- L’étalement urbain, l’enclavement et la pression foncière

3- Conclusion

A- Préconisations 

B- Remerciements 

1- Présentation de la commune de Chézery-Forens

1.1 Contexte anthropique 

La commune de Chézery-Forens se trouve dans le département de l’Ain en Auvergne-Rhône-Alpes, elle est peu peuplée au regard de son territoire : un peu plus de 400 habitants pour une superficie de 46 km². A titre comparatif, Lyon s’étend sur presque 48 km² pour 1.6 million d’habitants. Cette faible densité fait d’elle un espace propice à la conservation du patrimoine naturel.

Chézery-Forens voit le jour lors de la fusion des municipalités voisines (la Valserine sépare les deux villages) de Chézery et de Forens en 1862. La commune est blottie dans la vallée  de la rivière Valserine, entourée par les plus hauts sommets du massif du Jura (le massif du Jura s’étend à travers l’Ain, le Jura et une partie suisse). En raison de sa position géographique, ce village bénéficie d’un climat marqué par une pluviosité élevée et des hivers sévères : ses paysages évoluent donc avec les saisons au même titre que les activités.

Forte de ses atouts, Chézery-Forens comprend des espaces naturels remarquablement conservés abritant une biodiversité vaste et des espèces rares. De plus, bien que rurale et encaissée, Chézery est un espace de collaboration où le développement territorial inclut tout le monde sans laisser la nature de côté : le terrain de jeu idéal pour deux GPN* en formation ! 

*GPN : Gestion et Protection de la Nature

Chézery depuis la route de Noirecombe

A- Contexte historique 

Les premières traces notables d’occupation du territoire interviennent au 12ème siècle avec l’implantation en 1142 d’une abbaye cistercienne dans la vallée de la Valserine. Bien que relativement modeste, cette abbaye a marqué le territoire par l’acquisition de terres, de moulins et de vignobles, ainsi que par le défrichement des coteaux. L’abbaye n’est occupée que par quelques moines auxquels s’ajoutent quelques familles de paysans installées auparavant.

Vers 1280, les moines introduisent le pastoralisme dans la vallée en se lançant dans l’élevage bovin. Pour ce faire, des pâturages d’altitude et des prairies de fauche sont aménagés sur les raides pentes bordant la vallée : les troupeaux passent l’été en montagne et redescendent dans la vallée pour l’hiver. Les forêts typiques de hêtres recouvrant les pentes étaient également exploitées comme source de chauffage ou pour en tirer du bois d’œuvre.

Déjà à cette époque, divers artisanats se développent le long de la Valserine : on atteste la présence de meuniers profitant du débit important du cours d’eau pour y établir leur moulin ; la présence de battoirs à chanvre (une activité souvent attribuée au meunier également) permettant de ramollir les fibres de la plante (le chanvre est une plante aux usages aussi multiples que son utilisation est vieille) ; mais également la présence de pressoirs à noix.

Moulin entre Champfromier et Chézery

À partir de 1348, l’abbaye connaît des difficultés avec l’arrivée de la peste noire. La communauté perd un grand nombre de ses membres : en effet, bien qu’isolé, le village est placé à un carrefour commercial essentiel compte-tenu de sa proximité avec Genève et Lyon. Le clergé local n’est pas épargné par cette ravageuse pandémie. La communauté peine à s’en relever et au 15e siècle, l’édifice est partiellement détruit  par un incendie  auquel s’ajoutent plusieurs pillages.

Autour du 17ème siècle, l’abbaye connaît une brève renaissance avant de s’éteindre définitivement après la Révolution particulièrement hostile au clergé séculier comme régulier. Dès lors, elle est rachetée par des particuliers, marquant ainsi la fin de son occupation communautaire d’ordre (cistercien).

Entre 1535 et 1760, le territoire de Chézery connaît plusieurs changements d’appartenance : naviguant entre les dominations française et savoyarde, avant d’être définitivement rattaché à la France en 1770. Marqueur de cette instabilité politique et du statut discuté du territoire subsiste la Borne au Lion : installée en 1613, elle indique les frontières du Royaume de France (après la prise du Bugey aux États de Savoie) avec la Franche-Comté Bourguignonne rattachée à l’Espagne.

Lors d’une randonnée guidée par le but d’effectuer une prospection aléatoire au sommet de Crêt de Chalam, nous sommes passés à la Borne au Lion dont le nom était déjà parvenu à nos oreilles lors de notre rencontre avec Michel Barras (Président de l’Amicale des sentiers chézerands), mais également lors de nos recherches. Arrivés à cette “frontière”, nous avons eu la surprise de croiser M. le Maire en pleine réunion sur les aménagements pédagogiques et sportifs qui bordent le site. Finalement, nous avons eu la chance d’assister à un cours express sur ce vestige et son histoire par M. le Maire en personne ! 

La Borne au Lion, usée par le temps, surplombe les alpages au pied du Crêt de Chalam et attire directement l’attention au milieu de cette nature verdoyante. Vous ne risquez pas de la rater si vous randonnez à Chézery, elle est un point de repère et d’étape pour plusieurs randonnées du versant Ouest de la commune. Aujourd’hui elle marque encore la limite administrative de Chézery-Forens (Ain), Champfromier (Ain) et la Pesse (Jura). 

Borne au Lion

Armoiries : Lion de Franche-Comté à gauche, trois fleurs de Lys pour la France à droite

Aux 17e et 18e siècles, de nouvelles activités industrielles émergent. Certains habitants de Chézery se consacrent à l’horlogerie, fabriquant des mouvements de montres qu’ils vendent ensuite à Genève. Une verrerie s’établit également. Cependant, la population, devenue trop importante pour la vallée, se disperse vers les villes voisines de Gex, Bellegarde-sur-Valserine, ou vers le Bugey et la Bresse.

En 1940, à la suite de l’invasion allemande, le Pays de Gex est coupé en deux par la ligne de démarcation, séparant la zone occupée de la France libre. Cette frontière de 1 200 km, allant de la Suisse à l’Espagne, suivait la Valserine, divisant ainsi Forens (en zone libre) de Chézery occupée. Pour la traverser, un laissez-passer et un passage par un poste de contrôle étaient obligatoires. Le courrier et les journaux ne circulaient pas, mais malgré ces interdictions, certains réussissent  à franchir  la frontière suisse (libre) et des passeurs parviennent à faire passer du courrier voire des hommes. En février 1943, les soldats allemands quittent Chézery et abandonnent la démarcation lorsque la France est entièrement occupée. La commune doit attendre 1945 pour être libérée.

Panneau pédagogique sur la ligne de démarcation

Après la Seconde Guerre mondiale, l’exode rural s’accentue avec l’arrivée du tramway Bellegarde-Chézery, qui entraîne une nouvelle diminution du nombre d’habitants. Cette baisse de population fragilise les activités locales : industries, agriculture et commerces peinent à subsister. Au 20e siècle, la population, majoritairement fermière, adopte en travail secondaire l’artisanat lapidaire (le travail du rubis principalement)  et on compte alors environ 200 ouvriers spécialisés dans le taillage de pierres sur la commune. L’exploitation de mines d’asphalte connaît une brève existence sur le territoire. 

Musée des pierres et du lapidaire de Mijoux

Enfin, nous ne pouvons ignorer la production du Bleu de Gex, qui constitue une richesse locale significative. Ce fromage typique serait produit depuis le 14e siècle par les moines puis chez les familles d’agriculteurs et l’on raconte même qu’il était le fromage favori de Charles Quint, alors maître de la région. 

Bleu de Gex

B- Contexte économique 

Aujourd’hui, la commune bénéficie toujours de son artisanat fromager (Fromagerie de l’Abbaye) avec la production du très populaire Comté et du typique Bleu de Gex. La fromagerie participe au rayonnement de la commune et attire une clientèle locale mais aussi touristique. En effet, la commune de Chézery-Forens est attractive en raison de ses espaces naturels et de sa tranquillité. Les touristes viennent profiter du cadre et des nombreuses activités possibles en nature : la pêche, la randonnée, les sports d’hiver (station Monts Jura), l’escalade (Rocher des hirondelles notamment), le VTT, le bivouac, l’accrobranche, et les sports motorisés. Le camping “Le Valserine” accueille une grande partie de ces voyageurs et constitue l’un des fonds de commerce les plus importants de Chézery.  

De plus, Rozenn et moi-même avons remarqué la forte affluence des motards qui profitent des routes sinueuses et pleines de vie du Haut-Jura. 

Regroupement de motards à Lajoux, Maison du Parc naturel régional

Hormis le tourisme, le village reste relativement actif et pourvoyeur d’emplois, on y trouve des commerces de proximité tels que la boulangerie, la fruitière (fromagerie de l’Abbaye), l’épicerie-bar, mais aussi de l’artisanat avec les menuiseries Mermillon fils et “La petite Lucarne”. La sylviculture est plutôt active autour du hameau de Menthières. Quant à l’agriculture, les exploitations sont de moins en moins nombreuses sur le territoire et elles manquent de pâturages. 

Nous comprendrons au fil de nos recherches que les habitants de la commune travaillent principalement dans les villes voisines : Gex, Bellegarde, Champfromier (usine automobile AKWAL) mais également en Suisse (à environ 1h de route jusqu’à Genève). L’économie de Chézery repose donc majoritairement sur le tourisme, les commerces de proximité et l’agriculture. Le village est très concerné par l’exode rural et le manque de renouvellement démographique, ce qui conduit à un important phénomène de déplacements pendulaires. Enfin, l’immobilier chézerand est relativement cher ce qui est dû à sa proximité avec Genève et la présence de travailleurs frontaliers. Certains habitants déplorent d’ailleurs ce phénomène qui conduit à l’établissement de plus en plus fréquent de maisons de vacances à défaut de résidences principales. 

Enfin, il est essentiel d’insister sur l’implication réelle de certains acteurs économiques quant à la question de l’environnement : pour ce faire nous prendrons comme exemple le camping du village. En effet, le Valserine est labellisé Valeurs Parc et répond en conséquence à un cahier des charges précis compatible avec la nature. 

Nous avons pu échanger avec Samuel Ringot, copropriétaire de l’exploitation. Vous pourrez en apprendre davantage dans la partie 2.3 : Travail de sensibilisation auprès du Camping le Valserine. 

1.2 Contexte écologique et paysager

A- Géologie 

Le Haut-Jura présente une géologie fascinante et unique, qui a profondément façonné ses paysages variés et son hydrographie (l’organisation de l’ensemble des cours d’eau d’un territoire). 

L’histoire du massif du Jura a débuté il y a environ 200 millions d’années. À cette époque, une vaste mer recouvrait la région, où se sont accumulées pendant près de 150 millions d’années des couches de sédiments : marne (roche sédimentaire composée d’argile, de calcaire et de sable), sel et calcaire.

La formation du massif jurassien est ensuite liée à la poussée des Alpes. Il y a environ 13,8 millions d’années, lors de l’élévation des Alpes et des Pyrénées, le massif alpin a repoussé vers l’ouest ces couches sédimentaires. Ce mouvement a provoqué leur plissement sur une longueur d’environ 300 km, donnant naissance à l’arc jurassien. À l’est, les couches se sont ondulées et chevauchées pour former la Haute-Chaîne du Jura, dont la Réserve naturelle nationale Crêts du Haut-Jura couvre les plus hauts sommets. On y trouve des roches majoritairement calcaires dans lesquelles l’eau a creusé des cavités. Ces roches sont très visibles sur les falaises calcaires, les cluses et les reculées. La vallée de la Valserine à Chézery et Lélex, très creusée, laisse visible les vestiges de l’ancien glacier qui s’est retiré du côté de Lélex. La géologie du Haut-Jura a aussi donné naissance à des paysages tels que des crêtes, des vals ainsi que des falaises et des éboulis qui marquent le paysage et abritent une biodiversité spécifique.

Le caractère karstique du Jura est essentiel pour comprendre l’organisation de ses cours d’eau. L’eau de pluie, légèrement acide, dissout lentement le calcaire. Au fil du temps, cette dissolution agrandit les fissures existantes dans la roche, créant un réseau souterrain complexe de grottes et de gouffres. L’essentiel de l’eau s’infiltre dans le sol et le sous-sol pour resurgir sous forme de sources, parfois importantes, dans les vallées. 

Cela explique les nombreux ruisseaux qui  rejoignent la Valserine et le phénomène qu’on retrouve aux pertes de la Valserine. À cet endroit situé près de Valserhône, l’eau de la Valserine disparaît parfois pour s’engouffrer dans un labyrinthe calcaire, creusée par les eaux. On y  trouve des cascades et des marmites impressionnantes.

Canyon calcaire entre Chézery et Champfromier

B- Occupation des sols

Nous rappelons que Chézery-Forens occupe 46,57km². Cependant, seul 0.6% du territoire est urbanisé laissant une place importante aux milieux naturels et semi-naturels (exploitations humaines agricoles, sylvicoles). 

D’après la base de données européenne d’occupation biophysique des sols (CORINE Land Cover) datant de 2018, les forêts représentent environ 74% du territoire, les prairies environ 12%, les milieux à végétation arbustive et/ou herbacée environ 10%, les espaces ouverts, sans ou avec peu de végétation environ 2%, les zones agricoles hétérogènes environ 1 %, les zones urbanisées 0,6 %. Ces données témoignent d’une emprise très faible au sol des infrastructures humaines. Cependant, il est à considérer que les zones restantes ne sont pas pour autant pleinement épargnées d’impact sur les milieux et leur faune car ce sont des espaces semi-naturels plus ou moins exploités par l’Homme, durablement ou non.  Ces données ont sûrement changé depuis 2018, cependant, elles donnent une idée figurative de la place laissée à la biodiversité sur son territoire. 

Nous en apprenons davantage grâce au plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) du Pays de Gex agglomération, où nous pouvons distinguer qu’une écrasante majorité du territoire communal est classée en naturel protégé, en réponse au caractère exceptionnel des milieux et de la biodiversité. 

INCLURE DOC PDF PLUI 

C- Biodiversité

D’après l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN), Chézery-Forens abrite de nombreuses espèces dont 15 espèces d’escargots et de limaces, 100 espèces d’oiseaux, 28 espèces de mammifères, 327 espèces d’insectes, 11 espèces de reptiles et d’amphibiens et 1112 espèces de plantes, de fougères et de mousses. Soit 1593 espèces recensées sur la commune. Parmi celles-ci on compte des espèces telles que le Grand Tétras, le Loup gris, le Lynx boréal mais aussi des rapaces tels que l’Aigle royal ou le Faucon pèlerin. 

L’INPN n’étant pas un outil absolument exhaustif bien que très utile, le patrimoine génétique et la richesse spécifique sont en théorie encore plus conséquents que ce qui est recensé. Autant dire que ces données étaient motivantes pour deux étudiants en GPN espérant observer des espèces qu’aucun d’eux n’avait pu voir auparavant.

  Zygaena filipendulae           

    Dactylorhiza sambucina   

Centaurea montana

D- Altitude et milieux 

Le village est bordé par les crêts du Haut-Jura d’une part et par le Crêt de Chalam (notamment) de l’autre et il est traversé au fond de la vallée d’une rivière sauvage. La commune s’étale sur une grande échelle d’altitudes (435-1692 mètres d’altitude) offrant des milieux variés et riches en habitats : on y trouve des prairies sèches et des pelouses sèches calcaires qui sont utilisées pour le pâturage ou éco-pâturage et pour la fauche. Les pentes raides qui entourent Chézery donnent parfois naissance à des pelouses d’éboulis calcaires temporaires ou non. On trouve également des landes et côteaux secs.

Bien qu’on puisse énumérer nombre de milieux ouverts, on constate surtout l’omniprésence des milieux forestiers : en ripisylve avec des espèces de bois mous, mais aussi de bois dur avec une forte dominance de hêtre-sapin-épicéa typique des forêts du Haut-Jura.

Ruisseau forestier près du hameau de l’Eppery  Prairie de fauche

E- Une rivière : la Valserine 

La Valserine, qui coule au fond de la vallée, constitue elle aussi un milieu naturel remarquable. Elle s’étend sur 48 kilomètres et prend sa source dans la commune de Divonne-Les-Bains pour se déverser dans le Rhône dans la ville de Bellegarde-Valserhône. Elle est aussi alimentée depuis les sommets qui l’entourent par des petites rivières, ruisseaux, et ruissellements. Ces petits affluents rejoignent toujours le cours d’eau de fond de vallée, étant donné la topographie et les pentes raides. 

Ce cours d’eau est bien préservé et n’a été que très peu rectifié par l’Homme, hormis un barrage entre Chézery et Champfromier, d’anciens moulins, lavoirs, ponts… Son cours est resté relativement naturel et préservé, il conserve une bonne qualité de l’eau et abrite une importante faune sauvage. Première à avoir été labellisée rivière sauvage (label appuyé par la WWF*), elle se démarque par la qualité de son eau et son état de préservation, c’est d’ailleurs l’une des moins altérées en France.

*WWF : World Wildlife Found.

La Valserine 

2.3  Présentation des zonages de protection de la nature

Sur le territoire de Chézery-Forens, on distingue  certains zonages de protection de la nature : la commune est en partie intégrée au site Natura 2000 “Crêts du Haut-Jura” ; on trouve aussi des ZNIEFF (Zone Naturelles d’Intérêt Écologique Floristique et faunique) : ZNIEFF de type 1 “Crêt du Haut-Jura et massif de Champfromier”, ZNIEFF de type 1 de la “Haute Chaîne du Jura”, ZNIEFF de type 1 “Gorge de la Valserine en amont de Montanges” ; une ZNIEFF de type 2 “Ensemble formé par la Haute chaîne du Jura, le défilé de Fort l’écluse, l’Etournel et le Vuache”. On trouve également un Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope “Protection des oiseaux rupestres” qui se décline à travers divers sites : Combes du Nan-Sec, Rochers des Hirondelles, Falaises du Creux-manant, Roc à l’aigle, Arpine roche franche, Ensemble des falaises du confluent Semine-Valserine. Une partie de la Réserve naturelle nationale de la Haute chaîne du Jura s’étend sur la commune, elle-même intégrée au Parc naturel régional du Haut Jura.

A- Natura 2000 – Crêt du Haut-Jura

Le réseau Natura 2000 regroupe un ensemble de sites naturels qui ont pour objectif de préserver la biodiversité au sein de l’Union Européenne. Ce sont deux directives européennes qui sont à l’origine de ce réseau : la directive Habitats de 1992 et la directive Oiseaux de 1979. On distingue deux types de sites Natura 2000 : les zones de protection spéciale (ZPS) qui ont pour objectif la protection des oiseaux, et les zones spéciales de conservation (ZSC) qui ont pour objectif de préserver les habitats naturels et les espèces d’intérêt communautaire. Le réseau Natura 2000 constitue une protection réglementaire sur le territoire. 

En France, le réseau Natura 2000 est financé majoritairement par l’Europe et l’État français via la DDT et la DREAL*. Auquel s’ajoutent des financements venant des collectivités locales ou encore de l’Agence de l’eau. 

*DDT-DREAL : Direction Départementale des Territoires – Direction Régionale de l’Environnement, de l’aménagement et du logement.

Le territoire Natura 2000 Crêt du Haut Jura  s’étend sur 22 communes dont Chézery-Forens. L’animateur ou gestionnaire est le Parc naturel régional du Haut Jura qui anime 21 sites Natura 2000 sur son territoire. 

B- Présentation des ZNIEFF type 1 et 2 

La ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique) est un espace délimité reconnu pour son intérêt écologique, comprenant des espèces et des milieux naturels remarquables, souvent rares ou menacés. L’inventaire ZNIEFF a été lancé en 1982 par le ministère de l’Environnement pour identifier et décrire des secteurs d’intérêt écologique à travers le territoire national, servant d’outil pour la protection de l’espace et l’aménagement du territoire. Cependant, il est essentiel de considérer que les ZNIEFF ne constituent pas une protection réglementaire. 

  • Les ZNIEFF de type I, de superficie réduite, sont des espaces homogènes d’un point de vue écologique et qui abritent au moins une espèce et/ou un habitat rares ou menacés, d’intérêt aussi bien local que régional, national ou communautaire ;
  • Les ZNIEFF de type II sont de grands ensembles naturels riches, ou peu modifiés, qui offrent des potentialités biologiques importantes ; elles peuvent inclure des zones de type I et possèdent un rôle fonctionnel ainsi qu’une cohérence écologique et paysagère.

C- ZNIEFF de type 1 – Crêt du Haut-Jura et massif de Champfromier

Cette ZNIEFF de type 1 s’étale sur Belleydoux, Champfromier, Chézery-Forens, Giron sur une surface de près de 2867 ha. 

Ce secteur des hauteurs du Jura, situé à l’ouest de la vallée de la Valserine, culmine au Crêt de Chalam (1545 m). Il se compose de massifs boisés (Champfromier, Chapuzieux) et de falaises (Cirque des Avalanches, Combe d’Orvaz, Roche Fauconnière), remarquables sur les plans géologique et biologique.

Cette zone joue un rôle majeur dans la préservation de la faune, notamment des oiseaux menacés : Grand Tétras, espèce emblématique, en régression depuis 1995 ; Chevêchette d’Europe et Bécasse des bois, présentes mais discrètes ; Gélinotte des bois, plus commune.

Chez les mammifères, on note la présence de Chamois, de plusieurs espèces de chauves-souris (dont les Rhinolophes, le Grand Murin et la Barbastelle), ainsi que le Lynx.
On observe aussi un papillon rare, le Damier de la Succise, et des plantes rares comme l’Épipogon sans feuille et le Lycopode à rameaux d’un an.

Damier de la Sucisse (photos web)

Lycopode à rameaux d’un an (photos web)

D- ZNIEFF de type 1 – Haute chaîne du Jura

Cette ZNIEFF de type 1 se situe sur les communes de Bellegarde-sur-Valserine, Chézery-Forens, Collonges, Confort Crozet, Divonne-les-Bains, Echenevex, Farges, Gex, Lancrans, Léaz, Saint-Jean-de-Gonville, Sergy, Thoiry et Vesancy. Celle-ci s’étale sur une surface de 12 961,57 hectares.

La Haute Chaîne du Jura, premier pli anticlinal* oriental du massif jurassien, est un massif étroit d’environ 40 km regroupant les plus hauts sommets du Jura, dont le Crêt de la Neige (1718 m) et le Reculet (1717 m). Dominant la vallée de la Valserine, ce relief calcaire du Jurassique supérieur présente un paysage spectaculaire de crêts, falaises, éboulis et réseaux karstiques. Le site, surnommé le “Balcon du Léman”, abrite une grande diversité de milieux : forêts montagnardes, pelouses subalpines, formations rocheuses et zones humides appelées goyas*. Cette mosaïque d’habitats accueille une faune et une flore remarquables.

Parmi ceux-ci on trouve des grands mammifères tels que le Lynx ou le Chamois, mais aussi le Grand Tétras, la Gélinotte des bois, l’Aigle royal ou encore le papillon Apollon. Le pastoralisme y a façonné le paysage.

*Pli anticlinal : structure géologique dont le cœur est occupé par les couches géologiques les plus anciennes.

*Goyas : mares artificielles d’alpage qui alimentent en eau les troupeaux. Ces mares étaient originellement étanchéifiées grâce à un apport d’argile. Celles que nous avons pu voir à Chézery sont plus récentes et étanchéifiées grâce à une bâche, probablement en EPDM.  

*EPDM : éthylène-propylène-diène monomère. Bâche imperméabilisante pour les plans d’eau

E- ZNIEFF de type I – Gorges de la Valserine en amont de Montanges

Cette ZNIEFF de type 1 s’étend sur les communes de Champfromier, de Chézery-Forens, de Confort et de Montanges. Elle recouvre une surface de 119,62 hectares.

La vallée de la Valserine, située entre le Crêt de la Neige à l’est et le Crêt de Chalam à l’ouest, présente un relief karstique typique du Jura, avec de nombreux écoulements souterrains. Le site est traversé par une rivière torrentielle, il abrite des taillis sur éboulis calcaires et possède une longue ligne de falaises.

On y trouve des espèces remarquables comme l’Epipactis à petites feuilles, le Tichodrome échelette et le Faucon pèlerin. Cette ZNIEFF compte aussi un ancien tunnel inachevé datant des années 1930, creusé pour un projet hydroélectrique. Ce tunnel sert aujourd’hui d’abri hivernal à plusieurs milliers de chauves-souris, dont le Minioptère de Schreibers, le Grand Rhinolophe et la Barbastelle.

Tichodrome échelette (photos web)

Epipactis à petites feuilles (photos web)

F- ZNIEFF de type II –  Ensemble formé par la Haute chaîne du Jura, le défilé de Fort l’écluse, l’Etournel et le Vuache

Ce vaste ensemble naturel couvre la partie la plus accidentée du massif jurassien, autour des chaînons orientaux de la vallée de la Valserine et des Monts Jura, culminant à plus de 1700 m d’altitude. Il forme une charnière géologique et biologique entre le Jura et les Alpes.

Le paysage est dominé par des forêts variées selon l’altitude (feuillus, hêtres, sapins, épicéas) et une flore remarquable (Épipogon sans feuille, Fraxinelle blanche). La faune montagnarde y est riche : Grand Tétras, Chouette de Tengmalm, Chevêchette, Cerf, Chamois, Lynx, Aigle royal, ainsi que de nombreuses chauves-souris dont le Minioptère de Schreibers. Le secteur présente un karst typique du Jura (dolines, cluses, grottes, réseaux souterrains), mais ces milieux sont fragiles et menacés par la surfréquentation et la pollution.

Classé en ZNIEFF de types II  et en ZICO*, ce site abrite des habitats diversifiés (forêts, alpages, zones humides, pelouses sèches) et joue un rôle écologique majeur grâce à deux grands corridors : celui du Rhône, axe migratoire pour les oiseaux ; celui de la chaîne montagneuse, reliant Alpes et Jura.

*ZICO : Zone d’Importance pour la Conservation des Oiseaux.

Enfin, le site possède un intérêt paysager, géologique et historique exceptionnel, notamment le défilé du Fort l’Ecluse (à Léaz) et les pertes de la Valserine (à Bellegarde-sur-Valserine).

G- Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope “Protection des oiseaux rupestres”

Un arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB) est une mesure réglementaire prise par le préfet pour protéger les milieux naturels nécessaires à la survie d’espèces animales ou végétales protégées. Concrètement, cet outil important de la politique française de conservation de la biodiversité :

  • Interdit ou limite certaines activités humaines (déforestation, chasse, circulation, travaux, etc.) sur une zone donnée
  • A pour objectif de préserver les conditions de vie, de reproduction ou d’alimentation des espèces concernées.
  • Peut concerner aussi bien une forêt, une zone humide, une falaise, une prairie ou une grotte.

L’arrêté concerné doit garantir l’équilibre biologique des milieux et la conservation des biotopes nécessaires à l’alimentation, la reproduction, au repos et à la survie des espèces animales mentionnées ci-après. Il instaure un ensemble de zones de protection des biotopes sous la dénomination «zones de protection des biotopes d’oiseaux nichant dans les falaises, zones rocheuses et forêts voisines». Les espèces concernées, protégées au niveau national, sont les suivantes: Aigle royal (Aquila chrysaetos), Autour des Palombes (Accipiter gentilis), Bondrée apivore (Pernis apivorus), Circaète Jean-le-blanc (Circaetus gallicus), Faucon pèlerin (Falco peregrinus), Grand Corbeau (Corvus corax), Hibou Grand-duc (Bubo bubo), Hirondelle de rochers (Ptyonoprogne rupestris), Martinet à ventre blanc (Apus melba), Milan noir (Milvus migrans), Milan royal (Milvus milvus), Tichodrome échelette (Tichodroma muraria). 

Il prévoit l’interdiction d’escalade et de descente en rappel (cependant le rocher aux hirondelles est utilisé par des grimpeurs et doté d’équipements d’attaches permanents), l’interdiction du survol des sites à moins de 150m et le décollage/atterrissage. 

H- Réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura 

La RNN de la Haute chaîne du Jura est située dans la région Auvergne-Rhône-Alpes au sein du département de l’Ain à cheval sur le territoire de 18 communes : Bellegarde-sur-Valserine ; Chézery-Forens ; Collonges ; Confort ; Crozet ; Divonne-les-Bains ; Echenevex ; Farges ; Gex ; Lancrans ; Léaz ; Lélex ; Mijoux ; Péron ; Saint-Jean-de-Gonville ; Sergy ; Thoiry et Vesancy. La réserve couvre une superficie respectable de 10 910 hectares pour 40 kilomètres de long ce qui fait d’elle la 4ème plus grande réserve en France. 

Cette réserve regroupe les crêtes et sommets les plus hauts de la chaîne du Jura (8 sommets dépassant les 1500 mètres d’altitude), avec à l’Est le Pays de Gex ainsi que la vallée du Léman et à l’Ouest la vallée de la Valserine. C’est donc l’Ouest qui nous concerne dans le cadre du diagnostic écologique et paysager de Chézery-Forens : ce versant est davantage exposé aux intempéries (pluie, neige) et présente un climat plus rude que sa paire Est. Le climat reste dans l’ensemble semi-continental à nuances montagnardes et subalpines. Cet ensemble formé par la réserve est divisé en trois parties distinctes qui sont entrecoupées respectivement par les stations de sports d’hiver de Lélex (Col de Crozet) et Mijoux (Col de la Faucille).

La RNN est créée en 1993 par décret ministériel, portée notamment par l’Association des Amis de la Réserve naturelle après plus de 30 ans de concertation entre les communes, les associations notamment AGENA, le gouvernement, le CNPN et les élus locaux.

*CNPN : Conseil National de Protection de la Nature.

*AGENA : Association Gessienne de défense de la nature.

Le rôle de la RNN et les missions de ses employés se déclinent en trois thématiques principales : Protéger le patrimoine naturel (faune, flore, milieux naturels) grâce à la surveillance et la gestion des travaux et/ou évènements ; Gérer le patrimoine naturel : conservation et recherche scientifique ; Sensibiliser le public.

Depuis 2003, la gestion de la réserve est assurée par la communauté d’Agglomération du pays de Gex (autrefois communauté de communes) où travaillent 7 salariés constituant l’équipe permanente de la Réserve : le Conservateur ; l’Adjoint au Conservateur ; une Assistante administrative ; une Garde technicienne spécialisée  en botanique et pastoralisme ; un Garde technicien spécialisé en écosystèmes forestiers, sylviculture et tétraonidés ; un Garde technicien spécialisé en activités de pleine nature et botanique ; une Chargée de missions scientifiques. Excepté l’Assistante administrative et la chargée de missions scientifiques, l’équipe de la Réserve est commissionnée et assermentée Police de l’environnement pour veiller au respect des règles essentielles à une zone de protection forte.

La RNN s’appuie également sur un réseau de partenaires : 9 partenaires institutionnels ou conventionnés et 23 partenaires techniques, scientifiques ou financiers. 

L’entièreté de la RNN est incluse dans le site Natura 2000 des Crêts du Haut Jura ; elle inclut un Arrêté préfectoral de Protection de Biotope pour la protection des falaises et de la nidification des oiseaux rupestres.  On y trouve également un Espace Naturel Sensible (Alpage de la Chenaillette), 2 sites classés (Reculet-Crêt de la neige et défilé du Fort l’Ecluse) et un site inscrit (la Faucille). La Réserve assure le maintien de 7 zones de quiétude de la faune sauvage sur son territoire (interdites d’accès du 15 décembre au 30 juin).

On distingue 3 grands types de milieux naturels : les pelouses de bas-monts ; les forêts (milieux forestiers majoritaires) et les pelouses d’altitude. Or, la mosaïque de milieux est très étendue : pinèdes ; pessières (épicéas) ; sapinières ; érablaies (forêt d’éboulis, ravins, pentes) ; hêtraies ; chênaies ; frênaies ; prairies ; pelouses ; combes à neige ; éboulis ; falaises et roches calcaires. En tout, 45 types d’habitats sont recensés sur la RNN.

Cette grande variété d’habitats permet la cohabitation des espèces avec une richesse spécifique remarquable : 205 espèces de vertébrés ; 932 espèces d’insectes ; 1466 espèces de plantes inventoriées et plusieurs centaines/milliers d’espèces d’invertébrés encore à recenser. Pour comparer, la richesse spécifique de Chézery-Forens est d’après les données de l’INPN de 1593 espèces (liste non exhaustive).

Voici quelques espèces emblématiques : le Grand Tétras ; la Gélinotte des bois ; l’Aigle royal ; le Loup gris ; le Lynx boréal ; l’Apollon ; le Pic tridactyle ; la Chevêchette d’Europe ; l’Apollon ; la Rosalie des Alpes et bien d’autres.

Au sein de la RNN, on considère comme principales menaces le surpâturage et stationnement du bétail ; l’arrêt de l’activité pastorale et la fermeture des milieux ; les travaux forestiers et routiers.

Le paysage de la RNN est conditionné par la forte amplitude altitudinale et la mosaïque de milieux et habitats : on considère le paysage comme majoritairement forestier avec toutefois des paysages de prairies/pelouses d’altitude et de bas-monts et des zones où le paysage est marqué par les roches calcaires très visibles : falaises, éboulis, grottes…

D’un point de vue historique, ce territoire est majoritairement concerné par une utilisation très fréquente du pastoralisme, ancré depuis le Moyen Âge dans la région. De nombreux vestiges en sont la preuve : murets de pierres, chalets d’alpages ou goyas*… De plus, on considère des occupations préhistoriques avérées dès le mésolithique.

*Goyas : mare artificielle d’alpage pour alimenter en eau les troupeaux. Voir photos ci dessous. 

Goyas sur les crêtes, en descendant du Reculet

Les activités actuelles sont le pastoralisme extensif ; la sylviculture ; la chasse (90% de la réserve) ; la pêche ; la cueillette (réglementée) ; la recherche scientifique ; les activités touristiques (randonnée ; spéléologie ; raquettes ; ski ; vol libre ; chiens de traineaux ; cyclisme ; équitation ; trail ; vtt…).

I- Parc naturel régional du Haut Jura

Le Parc naturel régional du Haut-Jura est un acteur essentiel du territoire local, Chézery fait partie des 109 communes adhérentes, auxquelles s’ajoutent les 7 villes portes dont font partie les relativement proches Valserhône et Gex. Ce grand nombre d’adhérents permet au PNR de couvrir un large territoire de 178 000 hectares ce qui équivaut à une population de 101 000 habitants, il s’étend à cheval sur les deux régions d’Auvergne-Rhône-Alpes et de Bourgogne-Franche-Comté et il est voisin de son homologue suisse le Parc naturel régional du Jura Vaudois. La maison du Parc est située à Lajoux et accueille les visiteurs avec l’accès à une exposition permanente, elle est également lieu d’événements avec les RDV du Parc qui se déroulent toute l’année.

Les communes adhérentes et villes portes font partie du syndicat mixte du Parc et nomment des délégués en fonction du nombre d’habitants de la commune. Pour illustrer, Chézery-Forens compte 2 délégués dont l’un d’eux est le maire. Ces délégués forment le comité syndical des délégués titulaires, organe délibérant du Parc, tandis que le Bureau de 23 membres est élu par les délégués (c’est l’organe exécutif du Parc).

Le PNR est un outil de gestion et de concertation mis en place dans un territoire rural habité à fort patrimoine paysager, naturel et culturel. Ce statut est donné par décret du Premier ministre avec la constitution d’une charte qui doit être renouvelée tous les 15 ans. Le Parc du Haut-Jura est justement en pleine période de constitution de la nouvelle charte, période de 4 ans qui prendra terme en 2026. Le renouvellement du label PNR se fera après concertation de l’ensemble des acteurs du territoire et en prenant l’avis des autorités environnementales, du CNPN et de l’État. La nouvelle charte perdurera jusqu’en 2041 et prévoit un agrandissement de l’aire d’adhésion au Parc à 130 communes, soit 21 nouvelles communes.

*CNPN : Conseil National de Protection de la Nature

Le Parc naturel régional du Haut-Jura a pour mission le développement économique et social du territoire qu’il couvre, s’inscrivant dans une démarche de développement durable. Le Parc protège son patrimoine naturel : ses milieux, sa biodiversité et ses paysages, et son patrimoine culturel : traditions, artisanat, bâti, etc. Le Parc est un organisme pluridisciplinaire : il intervient dans l’architecture, l’urbanisme et le patrimoine bâti (SCOT) ; les mobilités et la transition énergétique ; l’innovation sociale et économique ; les filières et produits agricoles ; les forêts et filière bois ; les milieux naturels et la biodiversité ; les eaux, rivières et milieux humides ; l’écotourisme et les activités de pleine nature ; l’éducation au territoire et à la culture.

*SCOT : Schéma de Cohérence Territoriale qui détermine l’organisation spatiale et les orientations générales du territoire.

Par exemple, le Parc naturel régional du Haut-Jura récupère la compétence GEMAPI* sur la Valserine et ses affluents : nous avons d’ailleurs eu la chance de rencontrer le chef de projet Valserine qui a pu nous éclairer sur cette compétence territoriale et la valeur patrimoniale de la première rivière sauvage labellisée en France. 

*GEMAPI : gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations. Compétence attribuée aux communes ou EPCI*.

*EPCI : établissement public de collaboration intercommunale. 

Le Parc est aussi un espace d’expérimentations pour des projets durables, concertés et locaux. La marque Valeurs Parc est un bon exemple : ce label permet une reconnaissance d’un travail durable et dans la continuité de la Charte du parc et de ses valeurs. Sur la commune de Chézery la fromagerie de l’Abbaye, le Camping le Valserine ou encore la Chèvrerie de Noirecombe en bénéficient. Le PNR est également à la source d’un programme d’animation et de sensibilisation à la nature dans les établissements scolaires des communes adhérentes.

2. Diagnostic écologique et paysager

2.1  Écosociosystème du territoire 

2.2 Concertation et rencontre avec les acteurs du territoire 

Dans le cadre de notre rencontre d’acteurs, nous avons eu la chance et l’opportunité de rencontrer de multiples acteurs du territoire dans le domaine de la gestion des milieux naturels. Certains nous ont accordé un entretien en présentiel ou en visio, nous avons pu leur présenter notre projet et les objectifs spécifiques de notre stage au sein de Paysages reconquis. De plus, nous les avons sollicités pour quelques conseils autour de notre stage, de la possibilité de rencontre avec d’autres acteurs, ainsi que pour des questions apportant une meilleure connaissance du territoire.

A l’attention des lecteurs : nous vous invitons à sauter cette partie “interview” du dossier qui est très dense et à poursuivre la lecture aux chapitres suivants. Dans le cas où vous souhaitez approfondir certaines thématiques de la commune, vous pourrez en apprendre plus en revenant ici via les interviews d’acteurs. 

A- Interview PNR : M. Lembke, responsable du service “milieux naturels, agriculture et forêts”

–          Pouvez-vous décrire le rôle général du PNR ?

Le PNR est basé sur la rédaction d’une charte, un document de gestion général qui est le cœur du projet. Ce dernier comporte un diagnostic général du territoire et de ses enjeux, puis il définit des actions, et détermine qui les appliquera. Cette charte est soumise à l’approbation des collectivités, départements et régions : le périmètre du PNR est donc défini par les signataires. Il a plusieurs missions : connaissances et préservation des patrimoines naturels, culturels, bâtis, artistiques etc., développement économique et aménagement du territoire, sensibilisation et information sur le territoire, expérimentation aussi : le PNR est un laboratoire de nouvelles solutions, de pratiques et de développement d’innovations qui répondent aux objectifs de la charte.

Les agents du Parc ont des compétences internes, ils sont spécialisés sur différentes thématiques, et certains agents sont satellites : ils naviguent et font le pont entre différents services et thématiques. Le PNR fait également appel à des partenaires.

–          Pouvez-vous nous présenter votre poste au PNR ? Quel est le rôle du service milieux naturels, agriculture et forêts ?

M. Lembke est responsable du service “milieux naturels, agriculture et forêts”. Ce service a pour rôle l’application des objectifs de la charte dans ces trois domaines et surtout de les “faire entrer en résonance”, étant donné les interactions fortes qui existent entre eux.

Ce service travaille en étroite collaboration avec d’autres services du PNR comme le Grand cycle de l’eau, Développement et aménagement du territoire. Il assure la préservation des milieux naturels, tout en conciliant l’exploitation humaine des milieux : agriculture et sylviculture.

–          Le PNR fait appel à un conseil scientifique et prospectif, qu’apporte-t-il en tant qu’instance consultative ?

Les membres de ce comité représentent les différents domaines et enjeux du PNR : ce conseil touche à la sociologie, à l’économie, au tourisme, à l’urbanisme, à l’environnement, etc. Ses membres connaissent bien le territoire, ils y ont parfois déjà travaillé. Le comité scientifique apporte des éclairages voire des arbitrages sur des questionnements donnés, liés aux enjeux définis par la charte. Il se réunit régulièrement et oriente de manière globale, prend du recul sur les actions du PNR.

Le conseil scientifique fait ses retours de manière argumentée et neutre, ne subissant pas de pressions politiques ou économiques. Orientations volontaires du conseil ou réponse à des problématiques : soit ils sont questionnés, soit ils prennent l’initiative de mettre un sujet sur la table.  

–          Le PNR est un syndicat mixte, pouvez-vous nous expliquer le rôle du comité syndical et du bureau ?

Le Comité syndical est l’organe de direction principal du syndicat mixte, il réunit l’ensemble des signataires. Chaque commune, communauté de communes ou autre a un nombre défini de voix en fonction du nombre d’habitants (2 délégués pour Chézery-Forens par exemple). Le comité permet la validation ou non de projets importants et gère la partie financement et ressources humaines.

Le comité est également l’organe de vote qui élit le Bureau : ce dernier prend des décisions plus techniques, plus journalières ; il se réunit tous les mois contre 4 à 5 fois par an pour le comité.

–          Sans pouvoir réglementaire, comment le PNR assure-t-il la protection des milieux naturels ? Qui sont ses alliés pour la protection ?

Un PNR n’a pas de réglementation spécifique mais présente des éléments réglementaires puisqu’il découle du code de l’environnement et de la stratégie nationale des aires protégées. Par exemple, on prend en compte le périmètre du PNR pour certains aspects : la publicité en bord de route, les véhicules motorisés, l’urbanisme, etc.

Les signataires doivent prendre en compte la charte du Parc. On s’appuie sur des réglementations : le PNR du Haut-Jura compte deux réserves nationales et deux réserves régionales, des arrêtés préfectoraux de protection de biotope, de sites géologiques (APG), et d’habitats naturels (APHN). La présence de ces zones de réglementation spéciale assure la protection des milieux. Un PNR a la possibilité d’encourager auprès des préfets ou du gouvernement la création de zones de protection fortes en son sein.

Le PNR s’appuie également sur les documents d’urbanisme : SCOT, PLU, PLUI. Ces derniers doivent être compatibles avec la charte et une fois mis en place, la réglementation prend effet. De plus, le Parc est acteur d’actions de valorisation, gestion et protection de l’environnement : le Parc est animateur sur des sites Natura 2000 et porte la compétence GEMAPI sur une partie de son territoire. Mais le PNR contribue également à des plans nationaux d’actions tel que le plan national d’action Grand Tétra par exemple. 

Le Parc est en partenariat avec l’OFB, l’ONF, les gestionnaires de réserves et la gendarmerie pour les actions de police de l’environnement.  Un Parc peut commissionner et assermenter des agents de police environnement : ce n’est pas le souhait du PNR Haut-Jura actuellement. Voici l’avis de M. Lembke (policier de l’environnement pendant 11 ans) : il n’est pas facile de porter deux casquettes, d’osciller entre un animateur du territoire qui impulse, incite et conseille et un policier de l’environnement qui verbalise, surveille et interdit. Seulement, la répression est parfois plus efficace sur certains citoyens ou acteurs du territoire. Il serait préférable que le choix vienne des signataires de la charte, plutôt que le Parc impose cette compétence.

*OFB : Office Français de la Biodiversité.

*ONF : Office National des Forêts. 

*SCOT : Schéma de Cohérence Territoriale. Il détermine l’organisation spatiale et les orientations générales du territoire

*PLU : Plan Local d’Urbanisme. Echelle communale.

*PLUI : Plan Local d’Urbanisme Intercommunal.

*GEMAPI : Gestion des Milieux Aquatiques et Préventions des Inondations. Compétence territoriale confiée aux collectivités territoriales ou syndicats mixtes. Dans le cas de la Valserine, c’est le PNR du Haut-Jura. 

*Programme LIFE : instrument financier de la Commission européenne dédié au soutien de projets innovants, privés ou publics, dans les domaines du climat et de l’environnement.

Rosalie des Alpes, un coléoptère menacé qui apprécie le bois mort des hêtres – photo prise par Sebastian Mihai

–          Pouvez-vous nous expliquer la démarche de la marque Valeurs Parc, qu’apporte-t-elle aux entreprises et au territoire ? Est-ce contraignant ?

La marque Valeurs Parc est une reconnaissance qu’on attribue à des acteurs du territoire, elle répond à un cahier des charges établi par la Fédération des Parcs. La production agricole est éligible (pas toutes), les organismes d’hébergement (Camping Le Valserine ou gîtes par exemple), les activités de pleine nature (mais pas dans le PNR Haut-Jura). Ce label est prolongé ou non avec une révision tous les 5 ans pour vérifier le respect du cahier des charges.

Il n’existe pas  réellement de contraintes car les socio-professionnels qui en ont bénéficié avaient déjà des pratiques durables et vertueuses au préalable. D’après M. Lembke, la plus-value n’est  pas assez reconnue par les citoyens, le grand public étant peu connaisseur des PNR. Cela nécessiterait davantage de communication à l’échelle nationale. Il n’y a donc pas réellement de gain économique pour  les labellisés. Le gain est davantage dans la reconnaissance du travail durable et la fierté d’obtenir le label.

–          Protéger les paysages jurassiens, développer des projets en cohérence avec les paysages, qu’est-ce que ça signifie ? Comment ?

A travers la charte, des mesures se consacrent directement ou indirectement au paysage avec notamment la sélection de paysages emblématiques du territoire. La charte définit des objectifs de qualité paysagère traduits par les documents d’urbanisme qui orientent les aménagements du territoire : pas d’ouvrages qui ne permettent pas la préservation des paysages emblématiques (éoliennes et barrages par exemple). L’objectif est de reconnaître et protéger les paysages en maintenant une homogénéité ou une typicité architecturale sur le bâti. Cependant, M. Lembke estime que la préservation d’un bâti traditionnel au sein du Parc est limitée, puisqu’on observe ces dernières décennies le développement important de lotissements et de maisons peu dans la lignée de la ferme jurassienne typique.

Digression sur la Charte : l’évaluation de la charte précédente (en cours) est obligatoire, ce processus passe par l’amélioration de la connaissance du territoire, un diagnostic du territoire, l’identification de menaces, d’enjeux puis d’objectifs. Une révision de la charte pour une nouvelle période de 15 ans demande 4 ans de travail. Une demande de réduction de ce processus de révision de la charte est en cours de discussion, le processus est très lourd et gèle les actions pendant cette période. Si la nouvelle charte n’est pas validée par les services de l’État, il y a une possibilité de perte du label PNR : 3 ans pour réécrire une charte et obtenir ou non le label : l’enjeu est fort. Le statut de PNR est attribué par arrêté du Premier ministre.

Digression sur les financements : Les financements viennent d’un peu partout. Les collectivités payent une cotisation (par exemple une commune doit donner 2.71€ par habitant), les regroupements de communes doivent payer un forfait au même titre que les villes portes. Les départements, les régions ou encore l’État sont financeurs. Il existe également des appels à financement en fonction des actions : comités des massifs, agence de l’eau… Les fonds proviennent donc de l’Europe (Natura 2000, LIFE par exemple) jusqu’aux communes.

 –          La charte est actuellement en révision avec un bilan de la santé du territoire, quel est le bilan sur les milieux naturels ?

La présence du PNR sur le territoire n’est pas une solution miracle et, d’après notre interlocuteur, le bilan est peu favorable. La courbe de dégradation est plus faible que dans d’autres territoires mais elle s’explique par la qualité des milieux et de la biodiversité de la région déjà présente avant le PNR. Les actions mises en place permettent une certaine qualité environnementale mais l’effondrement de la biodiversité, la dégradation des milieux, la perte d’habitats et d’espèces n’épargnent pas le territoire du Haut-Jura.

Les objectifs ne sont pas ou peu atteints, malgré l’investissement important des acteurs du territoire et des agents du PNR. Cependant, on identifie quelques petites victoires : certaines espèces ou milieux se restaurent seuls (le loup est revenu spontanément, l’aigle royal et la loutre se réinstallent également).

–          La charte prévoit un élargissement du Parc à 130 communes, l’équipe du PNR du service “milieux naturels et forêts” est constituée de 9 membres, est-ce suffisant pour un tel territoire ?

Non, les moyens humains sont insuffisants, ceci est dû aux moyens financiers restreints. M. Lembke souligne tout de même que le même service au sein d’autres parcs est parfois plus petit et davantage débordé.

–          Quelles sont d’après vous les principales menaces qui mettent en danger les milieux naturels du PNR ? Quelles sont les actions prioritaires à mettre en œuvre à partir de 2026 ?

La principale menace est le changement climatique et les réactions prises en réponse :  les activités humaines économiques comme l’agriculture, la sylviculture, le tourisme, les mobilités, les énergies renouvelables doivent toutes trouver de bonnes adaptations durables. D’autant plus que ces activités humaines sont toutes des menaces à la préservation et à l’épanouissement du vivant. 

La question des pollutions de l’air, de l’eau et des sols est également préoccupante. Pour ce qui est des EEE*, le territoire est concerné mais relativement préservé par rapport à d’autres territoires. Par contre, on identifie le problème majeur de la fréquentation et de la démographie avec des usages du territoire et du massif de moyenne montagne de plus en plus fréquents depuis les confinements. La problématique de l’urbanisation, de la pression urbaine et économique menace la biodiversité du côté frontalier avec la Suisse. Cette urbanisation s’accélère  avec l’augmentation des travailleurs transfrontaliers.

Enfin, notre interlocuteur évoque la conscience de la nature ; il estime qu’il existe une importante déconnexion entre les hommes et le territoire. La nouvelle charte insiste fortement sur la notion de bien commun et de vivre au sein du vivant.

*EEE : Espèces Exotiques Envahissantes.

–          Discussion autour du scolyte typographe et des sécheresses : le PNR est-il grandement touché ? Quelles solutions ? Puis digression sur les autres menaces et la gestion forestière.

D’après l’analyse des photo-satellites, plus de 10% de la surface forestière est atteinte. Cependant, la perception du grand public est très forte, et les questionnements fusent quant aux  raisons et aux solutions. Ce problème est à prendre très au sérieux car le scolyte est présent au-dessus de 1000 m d’altitude, ce qu’on pensait impossible.

Le PNR a défini une stratégie forestière, forêt et filière bois : renforcer une sylviculture en futaie jardinée, proche du fonctionnement naturel des forêts ; diversifier les mixtes forestiers (essences variées) ; valoriser la régénération naturelle ; limiter les impacts sur les sols pour préserver l’eau souterraine.

Il existe des conventions entre le PNR, les communes forestières et l’ONF ; le dialogue et la gestion sont plus compliqués avec les propriétaires privés ou le CRPF. Pour répondre à cette problématique, le Parc vise davantage de sensibilisation au public : expositions dans les communes forestières, tables rondes entre les acteurs du territoire, médias du PNR (newsletter de juin sur ce sujet), conférences.

*ONF : Office National Forêts.

*CRPF : Conseil Régional de la Propriété Forestière.

Le PNR n’est pas gestionnaire ni propriétaire des forêts donc il est difficile d’agir concrètement, le rôle du Parc est donc plus incitatif et porteur d’arguments scientifiques : volonté de conseil et non pas de moralisation.

Autres problèmes : la sylviculture et son adaptation au changement climatique sont en retard. On préconise désormais un prélèvement plus parcimonieux, un mix des essences, une meilleure valorisation du bois, une valorisation des circuits courts, le recyclage, et on se questionne enfin sur la préservation des sols qui a pris du temps pour s’installer dans les discussions. On remarque également certaines aberrations chez les propriétaires privés notamment (pollutions des sols, coupes rases). L’apparition du risque incendie est récente, les gestionnaires n’y sont pas forcément formés. On se pose la question de la mise en place de DFCI* comme dans les forêts du sud de la France : accès forestiers aux engins de lutte incendie, miradors ou citernes, préparation secours, zones de rassemblement. Enfin, notre interlocuteur remet en question l’impact de la cynégétique*, importante dans la région car les populations  de grands herbivores comme les cervidés sont importantes.

*DFCI : Défense de la Forêt contre les Incendies. Dispositifs mis en place pour éviter les départs de feu et la propagation des incendies. 

*Cynégétique : qui se rapporte à la chasse.

Galeries de scolytes typographes – Getty images 

Scolyte typographe

–          Chézery est une commune assez vaste, après le bilan de la charte, quelle est la qualité de ses milieux naturels ?

Le bilan sur la commune de Chézery est semblable à celui de l’ensemble du territoire. Cependant, M. Lembke insiste sur la qualité du patrimoine naturel chézerand. Il évoque l’étagement altitudinal important offrant une diversité de milieux et une richesse spécifique importantes. On évoque également l’importance de la Valserine, labellisée rivière sauvage, relativement préservée malgré les aménagements. Il souligne l’agriculture extensive et raisonnée présente sur le territoire et l’atout que représente la Réserve naturelle nationale. 

–          Quelles sont les actions récentes sur le territoire communal ? Et quelles sont les actions à venir avec la nouvelle charte ?

On prévoit l’intervention spécifique des agents du Parc qui sont animateurs du site Natura 2000 Crêts du Haut-Jura présent sur le territoire de Chézery. Il y a trois ans a eu lieu une réunion de terrain à Chézery sur la Rosalie des Alpes.

Récemment, des dialogues autour d’une zone de tranquillité volontaire pour le Grand Tétra sont en cours, notamment sur le territoire de Champfromier mais aussi en partie sur celui de Chézery. Cette tentative de tranquillité volontaire n’est pas une zone de quiétude imposée dans des réserves par exemple, ou un arrêté préfectoral de protection de biotope. C’est une mesure qui compte sur l’engagement citoyen de tous.

La création de nouvelles pistes pastorales est en cours, le PNR donne des préconisations pour que le projet soit le plus responsable possible. La chèvrerie de Noirecombe va profiter du dispositif Patur’Ajuste qui consiste à valoriser le fourrage et à anticiper le changement climatique : charge animale, rotation des prairies, restauration de milieux ouverts, période de pâturage, etc. 

De plus, le PNR accompagne les agriculteurs pour bénéficier des Mesures Agroenvironnementales et Climatiques (MAEC) : c’est un dispositif qui incite les agriculteurs à des pratiques plus vertueuses (charge animale, fertilisation, etc.). Les MAEC sont contraignantes mais indemnisées par l’Etat, et le contrat est pour une période de 5 ans

–          Qui sont les agriculteurs chézerands avec lesquels vous travaillez ? Dans quel cadre ?

Le PNR organise des rencontres avec les agriculteurs, pour évoquer les problématiques et éventuelles solutions : travail de dialogue et de concertation. L’arrivée du loup dans la région est accompagnée par le Parc : dialogue entre agriculteurs et spécialistes du loup, mise en place d’une solidarité entre agriculteurs pour se protéger du grand prédateur. Par ailleurs, le Bleu de Gex est le premier et seul AOP fromager Valeurs parc. Enfin, pour les agriculteurs en Zone Natura 2000, il existe une possibilité de profiter d’aides financières européennes pour la réouverture de milieux et pour le financement de matériel comme des abreuvoirs ou des clôtures. Ce qui permet de maintenir des espèces d’intérêt communautaire. 

B- Interview PNR : M. Quentin Ducreux, chef de projet Valserine, GEMAPI. 

–          Pouvez-vous vous présenter et quel est votre rôle au sein du PNR ?

Quentin Ducreux travaille au sein du PNR depuis décembre 2019, en tant que chargé de mission Valserine. Son rôle est d’appliquer la compétence GEMAPI sur le bassin versant du cours d’eau, ainsi que d’animer le contrat Rivière sauvage. De plus, il travaille sur l’animation du programme LIFE climat tourbières, programme européen  sur la partie franc-comtoise du PNR.

–          Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la GEMAPI ? Pourquoi le PNR a-t-il récupéré cette compétence ?

GEMAPI signifie Gestion des milieux aquatiques et Prévention des Inondations. C’est une compétence obligatoire pour les collectivités depuis 2018, ces dernières ont le choix de se doter en interne d’une équipe compétente. Il est également possible de transférer de manière permanente la compétence, ou de la déléguer (une délégation peut être remise en question chaque année). Le PNR appliquait déjà une compétence rivière informelle depuis une vingtaine d’années, le choix de gestion par le Parc allait donc de soi. La GEMAPI de la Valserine, assurée par le PNR, dépend aujourd’hui de la labellisation EPAGE de ce dernier, la procédure est en cours.

EPAGE : Etablissement Public d’Aménagement et de Gestion des Eaux.

La GEMAPI dépend du code de l’environnement et concerne les missions suivantes : l’aménagement du bassin hydrographique, l’entretien et l’aménagement des cours d’eau, la défense contre les inondations, la protection et la restauration des écosystèmes aquatiques. La Valserine est peu sujette aux risques d’inondations, hormis sur la commune de Chézery-Forens à cause de la présence d’une digue. Cette dernière n’est pas gérée par Le PNR, car elle n’est pas considérée comme système d’endiguement.

–          La Valserine est labellisée Rivière sauvage, qu’est-ce que cela change pour sa gestion ? Le label est-il reconnu du grand public ?

Le cours d’eau est labellisé depuis 2014, les contrats sont valables pour des périodes de 5 ans. Le label a été créé dans l’Ain, et la rivière est la première à l’avoir obtenu, à l’initiative des pêcheurs notamment. Pour obtenir la labellisation, la rivière doit répondre à une liste de critères de qualité notamment. L’année 2025 est une année de transition, M. Ducreux travaille actuellement sur le contrat pour son renouvellement en 2026 : bilan du dernier cycle de labellisation et préparation du prochain.

Un label n’a pas de portée réglementaire, la Valserine n’est donc pas davantage protégée qu’une autre rivière. Le label met en lumière les relatives bonnes pratiques d’un territoire envers son cours d’eau, c’est également une vitrine touristique pour la région. Cela est bien perçu par le grand public.

Le label oblige également à proposer un programme d’actions qui est présenté à l’organisme certificateur AFNOR* : ce plan d’action est formalisé par la signature d’un contrat de rivière, qui n’est pas obligatoire mais c’est le choix du PNR afin d’obtenir davantage de financements. Les signataires sont le Parc et des partenaires techniques : fédérations de pêche, le CEN AURA*, le département de l’Ain, l’Agence de l’eau, ces deux derniers étant les principaux financeurs. Quentin Ducreux nous explique que, par exemple, sur la période passée une soixantaine d’actions (dont 40 sous maîtrise d’ouvrage du PNR) ont été réalisées pour un montant d’environ 1 million 200 mille euros investis. Le contrat concerne non seulement des actions sur le bassin versant du cours d’eau mais également sur ses zones humides comme les tourbières par exemple.

*AFNOR : L’Association française de normalisation (AFNOR) décerne des labels qui attestent de l’exemplarité de la volonté d’une institution publique ou privée, selon un strict cahier des charges constitué par l’État, les professionnels et les partenaires sociaux.

*CEN AURA : Conservatoire d’espaces naturels Auvergne Rhône-Alpes.

Truite fario, un poisson emblématique des cours d’eau européens.

–          2026 marque le début d’un nouveau contrat Rivière sauvage, quels sont les objectifs à venir ?

Il n’y a pas de contrat de rivière sur l’année blanche ou de transition 2025. Le prochain contrat concerne donc la période 2026-2030 pour coïncider avec le SDAGE (Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux) Rhône-Méditerranée-Corse.

Pour le nouveau programme d’actions, M. Ducreux doit identifier les enjeux et pressentir les actions à venir, leur coût et les financements, ainsi que les partenaires techniques qui aideront à leur réalisation. Il n’est pas décisionnaire, ce sont les différents signataires du contrat qui valident ou non le programme d’actions : le PNR, le département de l’Ain, le CEN AURA, l’association du réseau des rivières sauvages, la fédération de pêche de l’Ain, le groupement Valserine (regroupement des AAPPMA*), l’agglomération du Pays de Gex, et la communauté de communes Valserhône. Pendant l’été, M. Ducreux présentera ce nouveau contrat Rivière sauvage et échangera avec les différents techniciens et acteurs du territoire quant à la répartition des actions entre le PNR et les autres structures.

*AAPPMA : Association agréée de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques.

M. Ducreux nous a présenté un document de travail, un tableau concernant les types d’actions, les financements, les acteurs techniques, etc. Par exemple, nous avons appris que si une action est éligible au SDAGE, le PNR peut obtenir des financements de l’Agence de l’eau. Globalement, dans les prévisions, on pressent des actions d’intervention sur les milieux humides adjacents à la Valserine car le cours naturel a  été relativement peu modifié par l’Homme hormis sur la traversée de Chézery-Forens et de Mijoux. Le lit de la rivière en tant que tel ne sera donc que peu susceptible d’accueillir des actions, cependant, certains affluents y seront sujets (la Semine en aval de Saint-Germain de Joux sera concernée par l’étude de son fonctionnement hydromorphologique et des possibilités d’améliorations/restaurations).

Les orientations du nouveau programme d’actions se dirigent davantage vers les affluents de la Valserine et les zones humides. C’est notamment tout un travail de fond (travail de cartographie SIG) qui a été réalisé ces trois dernières années pour répertorier l’ensemble des zones humides adjacentes au cours d’eau : ceci pour répertorier et prioriser les programmes d’actions en faveur de ces zones à la riche biodiversité. Quentin nous parle également de tests concernant la qualité de l’eau : la Valserine est un site pilote où l’on teste des suivis innovants pour aller au-delà des indicateurs classiques. Enfin, le service GEMAPI prévoit des actions de sensibilisation et d’éducation à l’environnement avec les scolaires et le grand public, actions portées par la Fédération de pêche de l’Ain ainsi que par l’association du réseau des rivières sauvages (programme Graines de rivières sauvages).

–          Quelles sont les principales menaces concernant la qualité écologique du cours d’eau ? Quels sont les indicateurs que vous utilisez pour les déterminer ?

Les principales menaces se situent sur le bassin versant. Il s’agit du changement des pratiques agricoles notamment autour de la Semine (principal affluent de la Valserine) : on constate de plus en plus de retournements de prairie (conversion d’une prairie permanente en culture). 

Pour la Valserine elle-même, c’est le changement climatique qui l’affecte le plus : on constate un réchauffement des eaux, celle-ci y est toujours fraîche mais c’est l’une des rivières de France qui se réchauffe le plus vite. De plus, la Valserine est originalement une rivière au régime pluvio nival, c’est-à-dire qu’elle est alimentée par l’eau de pluie mais également par la fonte des neiges. Or, le volume de neige est de plus en plus faible l’hiver, affectant donc la quantité d’eau de la rivière. En temps normal, ce sont pendant les mois d’avril et de mai que le débit est le plus fort, aujourd’hui, on constate un basculement de ces périodes plus tôt dans l’année, en février et mars. Pour l’instant, on ne constate pas de menaces sur la faune piscicole, les truites fario n’étant pas vulnérables à ce changement. Ce sont davantage les populations d’invertébrés et de diatomées qui sont bouleversées. Quentin évoque également un transport sédimentaire de plus en plus faible.

Le PNR portait un suivi thermique grâce à 6 stations et deux relevés par an. Les autres suivis étaient assurés par la DREAL ou par le département. Depuis 2024, Quentin, son collègue Bertrand et un bureau d’étude travaillent sur la synthèse des relevés habituels de qualité (macroinvertébrés, indices physico-chimiques) pour créer un nouveau protocole qui se veut innovant, détectant des pollutions que les indicateurs habituels ne perçoivent pas. D’après ce protocole, le PNR a remarqué que la Valserine ferait partie d’une des cinq masses d’eau majeures du SDAGE Rhône-Méditerranée-Corse affectées par une pollution chimique au mercure (au niveau de la commune de Montanges) lors de certaines périodes de l’année (en septembre notamment) : les causes sont encore inexpliquées à l’heure actuelle. 

Quentin précise que les indicateurs en fonction sont très globalisants, puisqu’ils doivent être applicables à l’échelle de l’Union européenne avec un objectif de “bon état” des masses d’eau à l’horizon 2030 (objectif toujours repoussé !). Or, ces indicateurs sont peu sévères donc peu valables : en effet, faire le choix de critères sévères et limitants empêcheraient les États membres de l’UE d’atteindre leur objectif. Une rivière peut-être en très bon état écologique au regard de la norme mais ne l’est pas forcément dans la réalité. Ces indicateurs sont donc peu adaptés pour la Valserine. L’objectif du Parc est d’aller au-delà de ces normes.

–          La compétence GEMAPI implique une surveillance des risques d’inondations, qu’en est-il sur la commune de Chézery ? 

Le problème de la Valserine à Chézery concerne son affluent en amont, le Troublery, qui érode une falaise marneuse avec une pente de 35%. Ce cours d’eau est le seul du massif jurassien concerné par des phénomènes de lave torrentielle, relativement modérés évidemment : un pont proche du hameau de la Rivière, construit trop bas, est impacté . De plus, les chézerands ont construit aux abords directs de la Valserine et lors des crues, les berges qui soutiennent les maisons s’érodent. En 2024, le PNR a réaménagé et restructuré par un enrochement certaines berges au sein du village et près du camping. Cette érosion est liée au phénomène d’incision dû à la reconduction du lit du cours d’eau. 

La digue a été réalisée en 1994 par la commune au niveau du Grand-Essert. Ici avant les travaux d’arasement.

–          Quelles actions le PNR a-t-il mis en place ou lesquelles mettra-t-il en place sur la partie communale de la Valserine ?

Au niveau du Grand Essert, en aval de Chézery, il existait un grand méandre qui a été  modifié par le passé et “tiré au droit”, intensifiant le phénomène d’incision, privant les nappes phréatiques et les zones humides de leur eau. En 2021-2022, la digue a été partiellement détruite : depuis l’eau ne déborde pas en temps normal dans l’ancien méandre mais uniquement lors des crues, lui permettant de dissiper son énergie et de maintenir un bras secondaire qui assure la subsistance d’une biodiversité intéressante. Et ce, tout en préservant les propriétaires des terrains d’une trop forte érosion.

Le PNR a également réalisé une étude sur le fonctionnement hydromorphologique du Troublery. Elle a évoqué la reconstruction d’un autre pont, mais celui-ci étant jugé trop coûteux, il a été décidé de nettoyer le pont après les épisodes de lave torrentielle.

Le PNR a également été l’acteur d’animations grand public sur la commune lors des années précédentes.

–          En explorant les berges de la Valserine, nous avons remarqué que certains des ruisseaux affluents étaient à sec. Est-ce préoccupant pour la quantité d’eau ?

Ce phénomène est préoccupant mais pas propre à la Valserine. En fait, elle est peu concernée étant donné la myriade d’affluents venant de la Haute chaîne du Jura, permanents comme temporaires, ramenant une eau très fraîche vers le cours d’eau principal.

Quelques secteurs sont plus sensibles, mais pas sur la commune, davantage à Lélex où certains ruisseaux manquant de débit passent maintenant en souterrain.

Ruisseaux croisé lors d’une balade sur la commune de Chézery Forens

–          Nous avons également remarqué un barrage entre Chézery et Champfromier, est-il toujours en fonction et pose-t’il problème ?

Le barrage hydroélectrique de Sous-Roche est exploité par la société SCHEMA, filiale d’EDF. Il est en période d’étude en collaboration avec le PNR pour définir son impact sur le transport sédimentaire. Effectivement, un barrage peut avoir un impact sur la température du cours d’eau avec un bassin créé, sur le transit de la faune piscicole et sur le transport sédimentaire. L’étude conclut à la nécessité de mesures de manœuvre des vannes pour rendre le transport sédimentaire le plus fluide et naturel possible. M. Ducreux souligne la coopération active de la société : pour définir la qualité du transport, des cailloux et des roches ont été équipés de puces pour voir s’ils passaient ou non l’obstacle. Les vannes sont plus ou moins ouvertes en fonction du débit, le PNR demande que ces mesures soient prises à débit de plus en plus faible : ce qui permettrait non seulement de ne pas engorger l’ouvrage de sédiment, mais aussi d’assurer un transport sédimentaire sain pour le cours d’eau. Pour conclure, ce barrage n’a que très peu d’impact en comparaison d’autres ouvrages, il est équipé d’une passe à poisson efficiente et le plan d’eau en aval est relativement faible.

–          Nous avons également remarqué la présence d’une station d’épuration en bord de Valserine en aval du camping, ses rejets ont-ils un impact sur la Valserine ?

Le rejet de la station d’épuration est aux normes. Cependant, Quentin revient sur la qualité des normes et affirme qu’une telle infrastructure aura toujours un impact sur les cours d’eau, aussi minime soit-il. En revanche, en aval du rejet on constate logiquement une surcharge en matière organique impliquant notamment une prolifération d’algues, pouvant avoir un impact (qu’on a mesuré à Chézery). Ce qui peut être inquiétant c’est la proximité de la station avec le village et le danger peut être réel en cas de crue.

–          Qu’en est-il des espèces exotiques envahissantes ?

Chézery est concerné par la menace de deux petites stations de Renouée du Japon sujettes à des actions au cours des cinq dernières années. Heureusement, ce sont de petits fronts de colonisation ; les interventions sont donc encore possibles actuellement.  

–          Qui sont vos partenaires pour vos actions sur la Valserine ? Avez-vous des liens forts avec la société de pêche de Chézery ?

Les partenaires sont les signataires du contrat cités précédemment. La société de pêche de Chézery a été très active sur le contrat précédent, cependant, à cause de problèmes internes, elle n’a pu assurer les animations prévues. Cependant, les pêches de suivi (pêche électrique) ont été menées à bien et sont assurées tous les trois ans. M. Ducreux s’apprête à aller à sa rencontre pour fixer les objectifs du contrat futur. Par ailleurs, le suivi thermique du cours d’eau sera réalisé à l’avenir par les fédérations de pêche. Elles sont aussi sollicitées pour des pêches de sauvetage lorsque le PNR réalise des travaux sur le cours d’eau.

–          Pouvez-vous nous parler de la faune de la Valserine ?

L’intérêt principal du bassin versant est son faible peuplement humain et sa pente importante qui empêche l’établissement d’activités humaines polluantes ; les pratiques y sont donc très extensives même au regard de l’ensemble du massif jurassien  (agriculture traditionnelle, pastorale et raisonnée). Quentin évoque des populations piscicoles qui sont très proches des normes de référence ; il nous parle également d’une nouvelle espèce de moustique découverte sur la Valserine (c’est une première mondiale) en 2016 : le Potthastia valserina. Chézery est également très bien placée pour les populations d’Aigle royal au même titre que de grands classiques du massif jurassien comme le Chamois, le Lynx, le Loup, le Grand Tétra…

Au bord de la Valserine, mais peu sur Chézery, on constate la présence d’importantes populations de libellules et de papillons (l’un d’eux ne vit qu’ici, en aval de Chézery, seule station de Rhône-Alpes). Ces milieux sont extrêmement riches.

M. Ducreux nous conseille également d’aller voir le ruisseau de la Fontaine bénite pour observer des odonates ainsi que la Rosalie des Alpes (en début juillet malheureusement). Enfin, il évoque les Cincles plongeurs souvent présents autour de la Valserine. 

C- Interview RNN : Guillaume Cadier, adjoint au conservateur

  • En quoi consiste le rôle d’adjoint conservateur dans une réserve naturelle ?

L’adjoint conservateur est chargé de coordonner l’équipe de techniciens gestionnaires d’espaces naturels composée de 3 membres. Parmi leurs actions, on trouve des suivis d’espèces ou des protocoles (par exemple du loup, du lynx ou du grand tétras sur ce territoire). L’adjoint conservateur fait également le lien avec le Conservatoire d’espace naturel afin de suivre le plan de gestion. Il prend contact et dialogue avec les différents acteurs pour organiser et mener à bien les actions.

Dans ce cas, Guillaume Cadier est aussi référent de la police de l’environnement pour la réserve naturelle, il coordonne donc les tournées de surveillance, accueille les volontaires, met en place les contrôles et crée le lien avec la gendarmerie, l’ONF et d’autres instances collaborant avec la police de l’environnement. L’adjoint conservateur joue un rôle clef dans la coordination.

  • Quelle est la différence entre une Réserve naturelle nationale et un Parc naturel régional ?

Le Parc naturel régional englobe un territoire plus large. Il a pour but de favoriser un développement durable, d’encourager et d’accompagner les différents acteurs présents afin que leurs actions se développent de façon respectueuse pour l’environnement. Cet accompagnement peut se manifester par des aides financières ou par une reconnaissance passant par des certifications. Le Parc naturel régional a aussi pour but de mettre en avant les productions et l’économie locale, les actions favorisant la protection de la biodiversité et la mise en avant du patrimoine et des paysages locaux.

La mission du parc est donc plus large, elle ne se limite pas à la protection de la biodiversité ou des espaces naturels. Le label Parc naturel régional n’apporte pas de pouvoir réglementaire. En effet, sur ce territoire, aucune règle ou loi spéciale n’est appliquée autres que celles déjà existantes et il n’y a pas de plan de gestion particulier.

Le territoire de la réserve est plus petit. Sur cette zone, on cible la gestion et la protection des espaces naturels, des paysages et des espèces fauniques et floristiques. Une réglementation spécifique et plus forte doit être appliquée par les visiteurs et les acteurs, afin de protéger la biodiversité. Par exemple, il est interdit d’introduire des chiens et d’introduire des végétaux dans la réserve ou encore de camper avec une tente ou un abri.

Un plan de gestion est ici mis en place afin d’atteindre des objectifs de conservation des milieux et des espèces. Les gestionnaires de la réserve travaillent donc avec les acteurs locaux tels que les chasseurs, les acteurs de la sylviculture ou les agriculteurs effectuant du pâturage afin de s’assurer que la réglementation est respectée.

  • La réserve est divisée en 3 parties, la réglementation appliquée est-elle la même sur les trois parties ?

Bien que le parc soit divisé en trois parties fractionnées par le domaine skiable Monts Jura (formé des stations de Lélex-Crozet et de La Faucille) la même réglementation est appliquée sur les trois zones.

  • En 1993 la réserve est classée après 30 ans de débat, qu’est-ce qui rebutait les élus et les communes au moment de l’adoption de cette charte ?

Ce qui pouvait rebuter les élus dans la prise de cette décision c’est la potentielle perte de certains droits avec la réglementation associée au statut de réserve naturelle. Les élus et les communes tenaient à conserver des activités économiques sur le territoire telles que le pastoralisme, l’exploitation forestière mais aussi la chasse qui était importante pour les locaux.

Malgré les appréhensions, le besoin de protection du patrimoine naturel remarquable de la chaîne du Haut-Jura fut reconnu. Même si la mise en place de la réserve naturelle impose des contraintes, la chasse, la sylviculture et le pastoralisme sont toujours pratiqués, de façon réglementée.

  • Depuis 1993 quelles sont les évolutions qui ont pu être observées sur la réserve concernant sa flore, sa faune, ses paysages, les activités économiques mises en place ou le potentiel impact du changement climatique?

On constate une évolution des milieux en ce qui concerne la végétation en milieu forestier, notamment avec l’épicéa qui est fragilisé par les périodes de sécheresse de plus en plus longues et intenses dues au réchauffement climatique ainsi que par la propagation du scolyte typographe, un insecte xylophage* qui a également un impact sur les essences. Ces deux facteurs combinés accélèrent le dépérissement des forêts. Bien que ce phénomène ne touche qu’une petite partie des forêts, il pourrait s’aggraver avec la progression du changement climatique.

*Xylophage : qui se nourrit de bois. 

*Saproxylophage ou saproxylique : qui se nourrit de bois mort. 

Le manque de pastoralisme à certains endroits cause la fermeture des milieux que les hêtres colonisent à nouveau.

On observe aussi une augmentation de la fréquentation humaine avec un effet de mode autour des sports et activités d’extérieur telles que le bivouac, l’escalade ou le parapente. Les problèmes se posent aussi avec le développement de matériels tels que les vélos électriques qui permettent à de plus en plus de monde de pratiquer une activité. Ce phénomène s’accompagne parfois d’un non-respect de la réglementation. Guillaume Cadier nous explique alors que la sensibilisation auprès du public est de plus en plus nécessaire pour éviter la dégradation des espaces naturels par ses visiteurs.

Du fait du réchauffement climatique, la période durant laquelle la montagne est enneigée est de plus en plus courte et continue de diminuer chaque année, ce qui entraîne un grand changement pour le paysage chézerand.

Loup gris (Canis lupus lupus)

  • Depuis 2003 l’administration est passée aux mains de l’agglomération du Pays de Gex. Quels changements cela a-t’il apporté ?

Auparavant, les gestionnaires de la réserve étaient composés d’une fédération d’associations regroupant forestiers, chasseurs et environnementalistes.

En 2003 la communauté de communes s’est portée candidate pour acquérir sa gestion, mettant en avant ses moyens matériels ou financiers, sa capacité à informer les élus et le fait que la réserve se trouvait sur son territoire. C’est à la suite de cela que la gestion lui est attribuée.

Plus tard, quand elle est devenue une communauté d’agglomération, elle est restée gestionnaire de la réserve et a créé le service réserve naturelle. Ce service est aussi dépendant du ministère de l’environnement qui lui apporte des financements et pour lequel il doit remplir des objectifs. De plus, il est aussi lié au ministère de la justice pour les missions de police de l’environnement.

  • On trouve sur la réserve deux grands prédateurs: le Loup gris et le Lynx boréal, quelle est la politique qui les concerne ? Quel est l’avis des acteurs sur ces espèces ? Les trouve-t-on sur la commune de Chézery-Forens ?

Les politiques mises en place assurent la protection et la préservation de ces deux espèces qui sont protégées et à forts enjeux. La réserve essaye donc de gérer au mieux la cohabitation entre ces grands prédateurs et les acteurs du monde pastoral et agricole en conciliant les enjeux de préservation et la protection du bétail.

Bien que le statut de protection du loup gris ait diminué, celui-ci reste tout de même une espèce strictement protégée. 

En dernier lieu, le loup est déclassé le 5 juin 2025 du statut d’espèce strictement protégée à espèce protégée. Certains tirs sont autorisés sur l’espèce. 

Le loup gris passait déjà par le massif jurassien depuis longtemps (dès 1992) mais il s’y est récemment réinstallé ; on trouve maintenant dans la réserve des couples reproducteurs. Le Loup gris peut coloniser des territoires lointains et se déplacer sur de longues distances, ce qui lui a permis de se réapproprier le territoire français sans  intervention de l’Homme, après son extermination. Quant à lui, le Lynx est classé comme espèce en danger et strictement protégée. Il a été observé de nouveau en France en 1974, non loin de la commune, à la suite d’opérations de réintroduction menées en Suisse. Il réussit à se disperser en France en raison de son mode de vie nomade. Le Lynx boréal est présent depuis quelques années dans la réserve. Une portée a pu être observée dernièrement sur la commune.

  • Y a- t-il une raison spécifique à la protection de certaines espèces patrimoniales telles que le Loup gris, le Lynx boréal et le Grand Tétras ? Sont-elles des espèces parapluie qui influencent un cortège d’espèces ?

La faune et la flore sont protégées en général dans la réserve, mais certaines espèces sont visées par des actions spécifiques. Celles-ci sont définies par les objectifs du plan de gestion afin d’assurer une bonne conservation. C’est aussi l’effectif de l’espèce et son statut de protection qui comptent mais pas uniquement : une espèce dérangée par l’Homme à cause de son mode de vie ou à cause des activités humaines, bénéficiera d’une protection plus forte. 

Par exemple, on ne mettra pas beaucoup d’actions en place (au-delà d’actions visant à préserver son habitat) pour une espèce comme le Pic tridactyle qui est plutôt rare mais qui dispose de bois mort pour son lieu de vie et qui n’est pas trop dérangée par l’homme. Au contraire, pour une espèce comme le Grand Tétras qui est très sensible au dérangement, on s’assurera qu’il a le calme nécessaire durant les périodes sensibles (telle que sa période de reproduction), notamment en instaurant des zones de quiétude de la faune sauvage. Les autres espèces présentes pourront également en bénéficier. Les espèces parapluie qui influencent le bien-être des autres espèces peuvent aussi être protégées.

  • Il y a 6 salariés permanents dans la réserve, quels sont leurs rôles ? Quels sont leurs partenaires ? Est-ce suffisant pour la gestion de la réserve ?

L’équipe de la réserve est composée d’un conservateur, d’une assistante administrative, de trois gardes techniciens et de l’adjoint conservateur dont on a déjà abordé le rôle. Le conservateur gère l’aspect politique, la mise en place et la rédaction du plan de gestion ; il fait lien avec les institutions pour obtenir l’autorisation d’effectuer des actions ou des événements. L’assistante administrative est celle qui appuie l’adjoint conservateur dans les liens avec les acteurs et partenaires. Elle gère aussi la prise de rendez-vous, l’organisation des réunions, les réponses aux mails et aux sollicitations. Les 3 gardes-techniciens ont comme mission principale en commun la surveillance du territoire, la réalisation de missions de police de l’environnement et l’entretien de la signalétique. Ils ont aussi chacun leurs missions spécifiques ciblées telles que la gestion forestière, le suivi d’une espèce particulière ou le pastoralisme. Enfin la chargée de mission scientifique a pour rôle d’encadrer les suivis et les protocoles. Les effectifs sont malheureusement insuffisants pour les missions à mener, et pour les 11 000 hectares de la réserve, mais pour certaines missions, la réserve reçoit l’aide de partenaires bénévoles, notamment pour certains suivis. 

  • La chasse est autorisée sur 90% de la réserve, quel est la zone où elle est interdite ? Est-elle nécessaire pour la régulation de certaines espèces ?

La chasse est autorisée sur le territoire pour assurer la régulation des populations d’ongulés (notamment chevreuil, cerf, chamois, sanglier) afin d’éviter la surpopulation. Par ailleurs, les locaux ne souhaitent pas abandonner totalement la chasse.

Sur les 10% restants la chasse est totalement interdite, les zones concernées ont d’ailleurs été modifiées l’année dernière. Ces endroits présentent des lieux d’intérêt pour la faune sauvage.

De plus, 25 % du territoire de la réserve fait partie des zones de quiétude dans lesquelles la chasse n’est autorisée que du premier week-end de septembre au 15 décembre. Les zones de quiétude permettent à la faune, et plus précisément aux espèces sensibles, de se réfugier dans un lieu où elle est moins sujette au dérangement. Sur la réserve, c’est la fédération de chasse qui définit les quotas autorisés à partir des effectifs des populations de gibier. 

  • Qu’est-ce qui rend la commune de Chézery Forens intéressante en matière de biodiversité ?

La commune réunit des espaces naturels variés ainsi que des paysages remarquables, de plus elle borde la rivière sauvage de la Valserine, un atout considérable pour son patrimoine naturel. C’est grâce à ces milieux variés que la commune abrite une large diversité d’espèces floristiques et fauniques.

  • Quelles sont les actions récentes menées par la réserve de la Haute chaîne du Jura sur le territoire de Chézery-Forens?

Récemment le protocole de suivi endo métrologique des réserves forestières, qui a pour objectif de mesurer les essences présentes et leur croissance, a été effectué. Un suivi des chouettes chevêche et de la chouette de Tengmalm a été mis en place, des pièges photo ont été installés dans le cadre du suivi du lynx sur la commune, sans résultats pour le moment, et un point d’observation pour le suivi de l’aigle royal a été établi afin de compter les couples présents et d’estimer les possibles naissances.

D- Interview avec le Maire de Chézery, M.Vuaillat

  • Depuis quand êtes-vous Maire de Chézery ? Est-ce votre premier mandat ? Depuis quand habitez-vous sur la commune ?

M. Vuaillat est natif de Chézery-Forens, c’est son deuxième mandat. De plus, M. le maire est également le président de la station de moyenne montagne Monts Jura.

  • En tant que chézerand, avez-vous constaté des évolutions dans le paysage communal depuis que vous y êtes né ?

D’après M. le maire, la principale évolution est la reconquête de la forêt sur le paysage. Autrefois, la commune était beaucoup plus agricole qu’elle ne l’est aujourd’hui et les champs recouvraient une grande partie du territoire. Mais la mécanisation de l’agriculture a entraîné un arrêt brutal des pratiques en raison de la topographie de la commune, peu propice aux machines agricoles. Lorsqu’il était enfant, la commune comptait 40 à 50 agriculteurs, contre 2 principaux aujourd’hui.

  • Quel est votre rapport à la nature ? Personnellement, mais également en tant que maire d’une commune au patrimoine naturel remarquable.

M. le maire est engagé et concerné par la nature, il est un fervent défenseur de la Réserve et du PNR. Il a notamment été vice-président du PNR.

  • En tant que maire, quel est votre rôle dans la gestion des espaces naturels ? Comment est-ce que vous collaborez avec les acteurs du territoire ?

Chézery est en très étroite collaboration avec le Parc et la Réserve, le maire estime que les relations sont très bonnes. Il a également été un acteur phare du classement de la Valserine sous le label Rivière sauvage lorsqu’il était encore vice-président du PNR ; il insiste également beaucoup sur la propreté du cours d’eau auprès des citoyens.

  • Digression sur la Valserine

La Valserine est un élément essentiel de la vallée, tant paysager qu’utile. Il est très fier de la reconnaissance qu’est le label Rivière sauvage, d’autant que cette rivière est le premier cours d’eau de France ainsi labellisé. Il porte un point d’honneur à sa protection et s’engage à limiter au maximum les pollutions qui pourraient l’atteindre.

Le label est actuellement en renouvellement, comprenant notamment des études quant à la santé du cours d’eau. Il n’est pas inquiet quant à ce renouvellement par le WWF (Fonds mondial pour la nature).

  • Combien y a-t-il d’agents municipaux chargés des espaces verts sur la commune ? Ont-ils été formés à une sensibilisation à la nature ?

Les agents municipaux ont été formés au bon choix d’essences et aux espèces exotiques envahissantes. Les désherbants ou autres pesticides ont été abandonnés. Chézery compte 2 agents municipaux, ils sont à la recherche d’un 3ème agent étant donné la taille importante de la commune. Il évoque également le déneigement en hiver qui demande beaucoup de travail.

Grand Tétras, un gallinacé vivant dans les forêts de conifères européennes.

  • Quels sont les inconvénients et avantages de l’adhésion de la commune aux instances du Parc et de la Réserve ?

D’après le Maire, il n’y a pas d’inconvénient à l’adhésion à ces instances, il évoque des points de discorde mais qui sont réglés facilement grâce aux bonnes relations que tous entretiennent.  M. le maire évoque l’avantage de ces institutions pour une  connaissance commune, meilleure et toujours croissante. 

En quoi la commune a-t-elle été impliquée dans la création de la nouvelle charte du PNR ? Qui sont les délégués du syndicat mixte du PNR ?

Chézery compte deux délégués au syndicat mixte du PNR, dont M. le maire. Dans le cadre de la nouvelle charte, M. le maire a présenté la Valserine auprès des acteurs du territoire depuis le Rocher des Hirondelles (lieu emblématique de la commune).

  • Quelles sont les dernières mesures ou événements mis en place par la mairie pour sensibiliser à la nature les habitants ou passants ?

La mairie a tenu à une rénovation complète des bâtiments communaux : poste, mairie, cantine, école, salle des fêtes. Elle a également mis en place un réseau de chaleur pour alimenter en chauffage les bâtiments communaux, cette chaudière fonctionne au bois déchiqueté directement prélevé sur le territoire. Cette mesure conduit à une autosuffisance énergétique et ce circuit court est rentable pour la commune (la consommation est entièrement gratuite). Cette chaudière alimente également les bâtiments sociaux situés près de la gendarmerie, le bar épicerie du centre ainsi que quelques privés. L’objectif à long terme serait de créer une nouvelle chaufferie pour alimenter tout le village.

Le maire ajoute que la commune est en cours de travail sur des panneaux pédagogiques en collaboration avec l’agglomération Pays de Gex et l’amicale des sentiers chézerands, tout le mobilier de sentiers devrait être remplacé au cours de l’année (ce qui concerne environ 100 km de sentiers).

  • La mairie a-t-elle été impliquée récemment dans des projets d’aménagement d’espaces naturels ? Dans des projets concernant l’agriculture ?

La mairie est actuellement en pleine procédure de rachat d’alpages auprès de particuliers pour les remettre au service d’agriculteurs. M. Vuaillat explique que ce rachat est lié à l’embroussaillement de ces alpages faute de non-usage, la mesure est donc à la fois économique et pratique, profitant aux agriculteurs mais également à la préservation d’un paysage typique.

  • Nous avons appris que le Parc et la Réserve ont un programme d’animations dans les écoles des communes adhérentes, y a-t-il eu des animations récentes ?

M. le maire ajoute que l’Agglomération Pays de Gex est également pourvoyeuse d’un programme d’animation en collaboration avec les instances que nous avons citées. Plusieurs animations autour de la Valserine ont eu lieu ces dernières années et une autre est prévue courant 2025. C’est le SIVOS* intercommunal qui regroupe Chézery et Lélex qui s’occupent des activités périscolaires des écoles.

*SIVOS : Syndicat Intercommunal à VOcation Scolaire.

M. le maire a aussi participé à une animation au rocher des hirondelles avec les élèves pour découvrir le Cincle plongeur.

  •  Quelles sont les activités économiques principales de la commune ?

L’économie de la commune de Chézery est assez diversifiée compte-tenu de son nombre d’habitants. Les entreprises principales sont la fromagerie de l’Abbaye avec une douzaine d’employés ; la Charpenterie menuiserie avec 7 employés ; 2 chèvreries à Noirecombe et Menthière ; une ferme de bétail pour la consommation à Menthière ; 2 fermes principales pour le lait de la fruitière (associées par deux agriculteurs) ;  le garage ; sans oublier les entreprises tournées vers le tourisme.

La commune a su prendre le virage de la diversification, l’économie n’est plus uniquement tournée vers les métiers lapidaires à Chézery-Forens comme elle l’était au temps de nos grands et arrières-grands-parents. Cependant, le maire admet qu’une grande partie des habitants de la commune travaille en Suisse à Genève. D’autres habitants travaillent à la station Monts Jura ou encore à l’usine Coutier de Champfromier.

  • Quelles sont les associations principales présentes sur le territoire chézerand, liées de près ou de loin à la nature ?

Il faut citer l’amicale des sentiers chézerands.

  • Que pouvez-vous nous dire des fédérations de pêche et de chasse sur le territoire ?

La mairie et les acteurs du territoire travaillent très bien avec l’association de pêche de la Valserine. Le tourisme de la pêche est d’ailleurs en large expansion.

Quant aux sociétés de chasse, le maire affirme qu’elles sont vieillissantes et très peu touchées par un renouvellement auprès de la jeunesse.

  • D’après vous quels sont  les défis auxquels Chézery doit faire face ? 

L’un des principaux défis de Chézery-Forens est le renouvellement de la population, le turn-over, la population est vieillissante et cela pose notamment un problème pour l’école qui a du mal à trouver de nouveaux écoliers.

Une problématique existe également autour de la résidence secondaire, en effet, 50% des bâtiments chézerands sont des résidences secondaires. L’objectif est de renverser cette dynamique, le maire insiste sur le fait que les dernières maisons vendues sont aujourd’hui des résidences principales. La proximité avec la Suisse rend l’immobilier très cher et empêche notamment l’établissement de jeunes. La politique de la mairie est de racheter des terrains constructibles pour augmenter l’attractivité de la commune. Les déplacements pendulaires vers la Suisse constituent donc un avantage économique pour la dynamisation de la région mais ils posent également des problèmes d’attractivité puisqu’ils font exploser le prix de l’immobilier. 

Quant aux défis environnementaux, la priorité de la mairie est la perpétuation de l’agriculture à Chézery. De plus, le maire insiste sur l’importance de la participation des agriculteurs à l’essor de la fromagerie.

  • Quelle est votre plus grande fierté en tant que maire au cours de vos mandats ?

Le réseau de chaleur principalement, qui a permis d’arrêter l’utilisation du fioul et qui a inspiré plusieurs mairies environnantes qui viennent visiter l’installation.

E- Interview avec le major de gendarmerie de Chézery-Forens, David Desfarges

  • Pouvez-vous vous présenter ? Décrire votre rôle au sein de la gendarmerie ? 

Le Major David Desfarges commande la brigade autonome de Chézery-Forens qui officie sur toute la vallée de la Valserine : Mijoux, Lélex, Chézery, Champfromier… Brigade de petite activité ne rencontrant que peu ou pas de problèmes de délinquance comme c’est le cas pour Bellegarde-sur-Valserine, bien que l’actualité soit quelque peu agitée avec le cambriolage de la Fromagerie de l’Abbaye et de la maison de retraite. La brigade intervient également en hiver lors de la recherche de personnes ayant eu un accident, de ski notamment. 

D’après le Major, l’avantage de la tranquillité habituelle du village est  le temps de travail disponible qui permet de résoudre une affaire sur deux (en 2024 par exemple) ; de plus, le contact et la connaissance de la population permet une étroite collaboration avec les agriculteurs, les associations et les professionnels. La gendarmerie est notamment en grand partenariat avec la RNN, le Major la représentant au sein du comité consultatif de la Réserve. Le major plaisante d’ailleurs sur le calme de la vallée : “On fait le métier de gendarme comme il y a 50 ans”. 

M. Desfarges évoque des événements de 2024 survenus sur le secteur du Col de la Faucille, impliquant des randonneurs et des patous : agressions, blessures graves, plaintes, enquêtes. Ces affaires ont eu un retentissement important dans la région, non seulement dans le milieu du tourisme mais aussi dans le monde agricole. Des filets ont été ajoutés en 2025. 

La brigade est constituée de 4 sous-officiers et de 2 gendarmes adjoints (sous contrat), le Major précise que ces derniers sont souvent des jeunes qui viennent pour un an ou deux découvrir le métier de gendarme. Depuis sa présence à la brigade, une quinzaine de jeunes sont passés par la gendarmerie de Chézery et une majorité d’entre eux a poursuivi dans ce métier.

Le Major évoque une pollution sur la Valserine, nous lui demandons donc de développer ce sujet. Voilà ce que nous avons appris : en 2009-10, 18 000 litres de fuel se sont déversés dans une zone humide adjacente à la rivière à la suite d’un accident de livraison dû à une négligence. La cuve de fuel a explosé à Lélex et le Major décrit la rivière comme une mer rouge après l’accident. C’est une société de Lyon qui est venue dépolluer la rivière, les responsables ont été traduits en justice par la suite. 

  • La gendarmerie intervient-elle aux côtés de la police de l’environnement ? 

Oui, la gendarmerie et la police de l’environnement font des interventions communes avec l’OFB* : notamment des patrouilles l’hiver pour faire respecter les zones de quiétude de la faune sauvage et des contrôles de chasseurs à l’automne. Le Major précise que la chasse est encore très active dans la région : la société de chasse a une ou deux bagues par an pour le Chamois par exemple ; le sanglier et le cerf sont aussi chassés. Des contrôles sur les pêcheurs de la Valserine sont également effectués en début de saison : vérification des prises (elles sont illégales au-delà de trois prises par jour, ou si les tailles sont non réglementaires), présence de la bonne carte de pêche… 

Une fois par an au printemps, la gendarmerie pratique une patrouille interservices dans la réserve, avec la douane, l’ONF*, l’OFB*, la DREAL*, la police municipale, le sous-préfet… 

Les contrôles sont souvent effectués sur les thématiques des chiens, du camping sauvage, des engins motorisés… Dans le Pays de Gex et à Menthière, on observe des problèmes autour des motocross qui sont parfois difficiles à intercepter dans la Réserve… 

Certains des gendarmes de la brigade sont formés à l’environnement et seront notamment concernés par les affaires de pollutions. 

*OFB : Office National de la Biodiversité 

*ONF : Office National des Forêts

*DREAL : Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement 

  • Pouvez-vous maintenant présenter la Société de pêche dont vous êtes également membre ? 

M. Desfarges est pêcheur depuis son enfance, c’est logiquement qu’il s’est investi dans la société de pêche. Il est désormais secrétaire de la société de pêche commune de Mijoux et Chézery (fusion des sociétés de pêche indépendantes autrefois), et espère à l’avenir que la fusion sera possible avec la société de Bellegarde pour ne former qu’une seule et même entité autour de la Valserine. L’association loi 1901 est créée en 1965 et elle est actuellement présidée par M. Darmey résidant à Mijoux. Il affirme également que le bénévolat associatif est en baisse depuis le Covid. 

La société de pêche est sollicitée par la Fédération de pêche pour réaliser des pêches électriques de suivi. Les prochaines se dérouleront à la fin de l’été. De plus, une zone de No Kill a été mise en place sur Lélex. La société de pêche a été également à l’initiative de nettoyages volontaires autour du cours d’eau mais depuis la pandémie ces nettoyages ont diminué. L’association organise également un concours de pêche pour les jeunes : si une truite de plus de 28 cm est pêchée, alors la carte de pêche est offerte et un bon d’achat est donné pour du matériel. Des gardes-pêche assermentés et liés à la société de pêche font des contrôles réguliers sur le territoire, au même titre que la police de l’environnement. 

Le Major évoque la fierté de la labellisation Rivière sauvage et évoque le seul ouvrage humain qu’est le barrage de Sous-Roche : des pêches électriques sont d’ailleurs réalisées pour garantir l’efficacité des passes à poissons. Il évoque également l’écoulement sédimentaire qui est un sujet sensible pour les pêcheurs. 

Enfin, M. Desfarges explique que la plupart des pêcheurs qui viennent sur le territoire relâchent leurs prises, ce sont davantage les pêcheurs locaux qui consomment par tradition les truites. Il nous raconte d’ailleurs une anecdote : chaque année, la première truite de sa saison était offerte à mon arrière-grand-mère dont il s’est beaucoup occupé à la fin de sa vie. 

Nous avons ensuite parlé plus en détail des pêches électriques de suivi, réalisées sous la direction et avec le matériel de la Fédération de pêche. L’équipement de protection est indispensable (gants de caoutchouc, waders) pour la dizaine de participants ; un groupe électrogène alimente les électrodes (grandes barres plantées au fond de l’eau). Trois ou quatre personnes sont à l’arrière avec des épuisettes pour prélever les poissons assommés et les mettre dans des bassines. La pêche se fait en deux passages. Enfin, les poissons sont mesurés, pesés et référencés. Les techniciens de la Fédération de pêche étudient ensuite les dynamiques de population, les stades de croissance, la santé… M. Desfarges précise également que la fraîcheur de la rivière ne permet qu’aux truites fario d’y vivre, c’est plus en aval, au niveau de Bellegarde que l’on retrouve des vairons et des loches. 

  • Quelles actions sont mises en place dans le cadre du contrat rivière sauvage ? 

La société de pêche a participé autrefois à des temps d’activité périscolaire pour sensibiliser les enfants à la Valserine, faire découvrir les invertébrés, le Vivant sous les cailloux. Elle a également présenté les différents modes de pêche aux enfants. Enfin, M. Desfarges a fait pêcher des truites arc-en-ciel aux enfants dans le bac* de mon arrière-grand-mère.

*Bac : aménagement ressemblant à une fontaine pouvant servir de lavoir, de point d’eau pour se rafraîchir ou pour arroser son potager. L’eau qui y coule vient directement des sources de la montagne. A vrai dire, nous n’avons pas trouvé le nom exact de ces aménagements mais c’était le nom que ma famille lui donnait. 

Bac au centre de Chézery

Le Major aimerait que ce genre d’actions se fassent de nouveau mais il déplore la baisse d’investissement bénévole depuis le COVID. 

La société de pêche est en lien avec l’association Rivière sauvage. Un projet de randonnée grand public autour de la Valserine est en cours de construction. 

  • Quels sont les infractions à l’environnement les plus fréquentes dans la région ?

M. Desfarges n’a pas constaté ici de problèmes de braconnage, les chasseurs respectent les quotas et autres législations en vigueur. Les pêcheurs respectent également les règles. Il constate des dépôts d’immondices mais ne les attribue pas au monde de la pêche. 

Il affirme que les problèmes concernent plutôt le permis de pêche : certains pêcheurs ont le mauvais permis voire  n’en possèdent pas du tout. Cette situation occasionne des verbalisations. 

Les patrouilles sur la Réserve se font en partenariat avec M. Cadier, responsable de la police de l’environnement. Le Major nous parle de la surfréquentation des Monts Jura et du Reculet par les randonneurs. Il évoque également le vol de pièges photos appartenant à la réserve ainsi que des dégradations des banderoles de zones de quiétude.   

  • Qu’en est-il du renouvellement des pêcheurs ? 

Le bureau de la société de pêche est vieillissant ; il peine à se renouveler, il n’y a pas de jeunes engagés dans cette vie associative. Cependant, le  tourisme autour de la pêche est très fréquent, avec des pêcheurs qui viennent un jour, voire une semaine. Le camping est l’un des principaux lieux de logement de ce tourisme de pêche et environnemental plus largement. 

M. Desfarges nous a ensuite fait visiter le petit local de la Société de pêche où se déroulent les réunions. Il a pu nous montrer quelques moments forts de l’histoire de l’association avec des photos, articles de journaux et autres souvenirs. 

F- Interview avec le maître fromager de la fromagerie de l’Abbaye

Accueilli par le maître fromager Pierre Antoine Maréchal pendant une matinée, nous avons eu la chance de suivre la production du comté et du Bleu de Gex, deux fromages AOP produits à la fruitière de la fromagerie de l’Abbaye. 

Nous avons pu suivre les étapes de mise en cuve et d’ensemencement, de coagulation, de découpage, de brassage, de moulage et nous avons assisté au piquage d’un fromage en cours d’affinage. Monsieur Maréchal a ensuite accepté de répondre à nos questions.

  

  • Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle au sein de la fromagerie?

Monsieur Maréchal est un maître fromager mais il est aussi gérant de la coopérative, il se charge donc de gérer les salariés, la commercialisation du fromage et sa fabrication.

  • Qu’est-ce qu’une coopérative? Comment fonctionne-t-elle?

La coopérative est un regroupement de producteurs, dans ce cas précis 10 producteurs tous situés dans la vallée de la Valserine dont 2 sur la commune de Chézery-Forens. Ici, c’est une gestion directe qui est mise en place. Les producteurs sont les propriétaires de la coopérative, ceux-ci sont représentés par un conseil d’administration qui se réunit de façon mensuelle afin de discuter des points à améliorer, des potentiels investissements, des salariés ou de la commercialisation. Ils n’ont pas d’instance au-dessus d’eux qui gouverne la coopérative.

Bien que monsieur Maréchal soit le gérant de la coopérative ce n’est pas seulement à lui qu’il revient de prendre les décisions, celles-ci sont prises en commun avec les producteurs. Les prix de vente du fromage et du lait peuvent être discutés et varier selon les ventes et les productions de chaque année.

Cette gestion directe est un avantage pour les producteurs qui décident eux-mêmes de la gestion de la fruitière et des changements qu’ils veulent mettre en place. Mais c’est aussi une prise de risques : En cas de mauvaises décisions ou de mauvais investissements, ils n’ont pas de filet de secours, pas d’investisseurs extérieurs pour les aider financièrement.

Récemment, après une décision du conseil d’administration, la fromagerie a investi dans du nouveau matériel permettant aux fromagers de ne plus effectuer toutes les étapes de fabrication à la main. Ceci afin de rendre leur travail moins fastidieux et par la même occasion d’attirer de nouveaux fromagers.

  • Formez-vous vous-même vos fromagers ? Combien de salariés avez-vous pour la fabrication et la vente des fromages?

Monsieur Maréchal nous explique qu’il forme bien une partie de ses employés sur place. En effet, il accueille des personnes en études fromagères mais aussi des apprentis qui ne sont pas toujours familiers du travail en fruitière. Il évoque une réduction de la main-d’œuvre et donc un manque de personnel dans le milieu de la production de fromage qui ne se limite pas à la région, mais qui concerne l’ensemble du territoire. La proximité avec la Suisse accentue ce manque car l’attractivité de celle-ci concerne souvent d’autres domaines d’activités.

Pour la fabrication du fromage, on compte  5 salariés, dont 3 salariés chargés de la vente, une secrétaire, un livreur ainsi qu’une préparatrice de commandes. Pour l’acheminement du lait des fermes à la fruitière, qui se fait 2 fois par jour, matin et soir, c’est une société externe qui est employée.

  • À qui livrez-vous vos fromages? Quels sont vos clients?

La fromagerie vend et livre une partie de sa production à des affineurs, à d’autres coopératives qui vendront les fromages en plus de leurs propres productions (comme le fait la fromagerie de l’Abbaye) et à des grossistes qui distribuent eux-mêmes les produits à des fromageries.

  • Quels sont les fromages produits à la fruitière et quelles sont leurs caractéristiques ?

Ce sont sont le comté et le Bleu de Gex, tous deux AOP. Pour ces deux fromages, c’est la zone dans laquelle ils sont produits qui leur confère le label AOP. De plus, pour être labellisé AOP, les fromages doivent être conformes à des critères de fabrication : un temps de chauffe doit être respecté, un temps de brassage, d’affinage, des marquages doivent être faits sur les fromages et les agriculteurs fournissant le lait doivent se trouver dans un périmètre strictement défini. Les limites de périmètre dans lequel le fromage et les matières premières sont produits permettent d’assurer que la production n’atteint pas un stade industriel et reste locale et à une échelle modérée.

Le Bleu de Gex est un fromage dont la production est historiquement liée au Pays de Gex mais aussi à la commune de Chézery-Forens, il arbore une pâte qui peut varier d’une couleur blanche à jaune ivoire et qui est marbrée de moisissures bleues vertes. L’intensité de son goût varie selon son temps d’affinage.

A la fromagerie, on retrouve des Bleus de Gex avec 3 niveaux d’affinage différents, le premier avec 21 jours d’affinage plutôt doux, le deuxième affiné pendant 30 jours, et le dernier plus fort avec 40 jours d’affinage. Au-delà de cette période, le fromage devient du Perrachu plus fort et plus bleu qui est aussi vendu à la fromagerie de l’Abbaye.

Ce fromage aurait été introduit dans la région avec l’arrivée des moines cisterciens qui fabriquaient de nombreux produits. Sa recette est sensiblement similaire à celle du Bleu du Vercors, les moines se seraient donc partagé leurs recettes. On raconte d’ailleurs que Charles Quint aurait été un amateur de Bleu de Gex.

Selon la légende, on raconte qu’un moine de l’abbaye de Chézery, qui devait se rendre à l’abbaye de Saint-Claude, serait passé par la montagne et s’y serait alors perdu à cause d’une tempête. Un paysan l’aurait accueilli et soigné. Le moine lui aurait offert la recette du Bleu de Gex en guise de remerciement. Celle-ci aurait alors été  partagée entre les habitants des alentours.

Il ne reste aujourd’hui au total que 4 fruitières produisant du Bleu de Gex, dont la fromagerie de l’Abbaye qui produit environ 200 tonnes à l’année sur les 500 tonnes produites dans la filière Bleu de Gex.

Le Comté né dans le massif du Jura, plus précisément en Franche-Comté, arbore une couleur ivoire uniforme, plus foncée au niveau de la croûte. Il doit avoir entre 4 et 24 mois d’affinage et son goût peut varier : lactique, fruité végétal etc… La fromagerie en produit environ 190 tonnes à l’année

  • Depuis quand la fromagerie de l’Abbaye existe-t-elle ?

On trouve des traces de l’existence de la fromagerie sur la commune remontant à 1912. A cette époque, le fromage produit était principalement du Bleu de Gex.

Mais M. Maréchal nous explique qu’autrefois les fruitières étaient présentes dans la plupart des hameaux à une plus petite échelle. Après la Seconde Guerre mondiale, l’exode rural conduit les fromageries des communes alentour à se regrouper sur la commune de Chézery-Forens.

Il est donc difficile de retracer l’apparition de la production de fromage et plus précisément celle du Bleu de Gex sur la commune étant donné qu’elle était auparavant effectuée par les habitants eux-mêmes, chez eux, et plus tard dans les fruitières des hameaux.

En 1995, la fromagerie de l’Abbaye est déplacée du centre de Chézery-Forens vers son emplacement actuel situé plus près de la sortie du village. C’est aussi à ce moment qu’elle fusionne avec la fromagerie de la commune voisine, Champfromier,  productrice de Comté, diversifiant par la même occasion sa production.

G- Interview de l’association Amicale des sentiers chézerands : Michel Barras

  • Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre rôle au sein de l’amicale des sentiers chézerands?

Michel Barras a été président de l’amicale des sentiers chazerand pendant une quinzaine d’années, il est maintenant vice-président de l’association.

Le rôle de l’amicale est de veiller à la conservation des chemins et sentiers, de gérer leur entretien et d’ouvrir de nouveaux sentiers permettant d’accéder à de nouvelles parties intéressantes de la commune ou de traverser les parcelles agricoles, forestières ainsi que de cheminer le long de la Valserine. On compte sur la commune de Chézery-Forens environ 100 kilomètres de sentiers répertoriés.

Lorsque le PDIPR*, qui a pour but de protéger et conserver les sentiers ruraux, a été établi, l’amicale a constaté que la commune comptait en réalité environ 500 kilomètres de sentiers qui ne sont donc pas tous référencés et balisés. Depuis ce constat, l’amicale référence et propose de nouveaux itinéraires à la communauté de communes qui possède la compétence relative aux sentiers.

L’entretien  consiste à faucher et élaguer, à retirer les arbres morts qui pourraient obstruer le chemin afin qu’ils soient praticables par un large public et sans danger.

L’amicale fait face à un problème de sécheresse des frênes au bord de la Valserine.

En plus de son rôle de conservation des sentiers, l’amicale organise  des sorties randonnées avec ses adhérents dont une randonnée  annuelle ouverte à tous, fin juin.

*PDIPR : Plan Départemental des Itinéraires de Petite Randonnée.

  • Depuis combien de temps êtes-vous sur la commune ? Pouvez-vous nous parler de l’évolution du paysage Chézerand ?

Monsieur Barras, originaire de Chézery-Forens et issu d’une famille d’agriculteurs et de bûcherons, est particulièrement au fait de l’évolution du paysage de la commune. Il nous décrit un village où l’on retrouvait plusieurs petites fermes (pas d’exploitations à grande échelle) avec des pâturages et des prairies.

Il évoque un reboisement de la commune notamment des parcelles en pente qui représentent la majorité des terrains chézerands. Ce reboisement est principalement dû à la mécanisation de l’agriculture qui ne permet pas d’exploiter ce type de sites travaillés auparavant à la main par les hommes. 

La nature semble ici reprendre ses droits et de nouveau arborer des paysages similaires à ceux présents avant l’arrivée des moines cisterciens sur la commune.

  • Quel est le statut de l’amicale ?

L’amicale est considérée comme une association. Monsieur Barras souligne la présence d’une quinzaine d’associations sur la commune de Chézery-Forens, bien qu’elle ne compte qu’environ 400 habitants. Monsieur Barras évoque l’envie des Chézerands de travailler ensemble pour conserver la vie et l’attractivité de leur commune. Dans ce but, les actions d’entretien des sentiers de la commune permettent de continuer à attirer les visiteurs intéressés par le patrimoine naturel de Chézery.

  • Avec quels partenaires travaillez-vous ?

L‘Amicale travaille avec le maire de Chézery, également vice-président du “domaine tourisme et chantier” au sein de la communauté de communes, mais aussi avec 3 techniciens sentiers de la communauté de communes qui informent des potentielles dégradations sur les sentiers : chutes d’arbres, panneaux endommagés, sentiers abîmés. Certains de ces problèmes sont alors gérés par l’amicale dans la limite du possible, hormis ceux nécessitant un certain matériel ou des compétences plus poussées.

  • Nous avons entendu parler d’une révision de la signalétique, quels sont les changements qui vont être mis en place ?

De nouveaux panneaux vont être installés pour remplacer les anciens, pour certains endommagés. L’objectif est d’obtenir un mobilier plus durable et lisible. L’amicale attend impatiemment l’installation de cette nouvelle signalétique qui ne concerne que les sentiers et non pas des installations pédagogiques. La pose des panneaux est faite par des techniciens de la communauté de communes. 

Pour le côté pédagogique, monsieur Barras nous explique que l’amicale a édité un guide en partenariat avec la communauté de communes qui a notamment apporté son aide pour le financement des impressions. Dans celui-ci on trouve un thème historique associé à chaque balade rédigé par un l’historien de la vallée : Michel Blanc. Il est disponible à la mairie, au camping et à l’épicerie de Chézery Forens. 

  • Quelles sont les problématiques auxquelles l’Amicale fait face ?

En raison de l’autofinancement des outils et du carburant utilisés pour l’entretien des sentiers par ses membres, l’Amicale est limitée dans ses actions. Ses membres souhaiteraient donc être aidés et ne plus financer cet entretien seuls.

Une autre problématique importante est la cohabitation entre les randonneurs et les patous, dont le nombre a augmenté avec le retour du loup. Ces chiens de protection des troupeaux sont essentiels pour défendre le bétail contre ce grand prédateur. Mais ils peuvent parfois se montrer agressifs envers les randonneurs qui approchent des troupeaux.

Pour assurer la sécurité de tous, il a été décidé de fermer temporairement certains sentiers lorsque les animaux pâturent dans ces zones.

  • Avez-vous des sentiers favoris sur la commune ?

Le sentier préféré de monsieur Barras est le chemin reliant Chézery au pont du diable. Accessible et facilement praticable, notamment pour ceux qui ne sont pas des randonneurs expérimentés. Ce sentier longe la Valserine et conserve une certaine fraîcheur même en été grâce à sa proximité avec la rivière.

La randonnée passant par le Reculet et montant sur les crêtes est également une de ses préférées, elle offre une vue remarquable sur les Alpes bien qu’elle soit plus physique.

  • L’amicale travaille-t-elle aussi sur les sentiers de la réserve ?

Sur les sentiers traversant la réserve, ce sont exclusivement les techniciens de la communauté de communes qui se chargent de l’aménagement et de l’entretien. 

  • Faites-vous face à des dégradations sur les sentiers ou sur le mobilier ?

Sur les bords de la Valserine, l’amicale constate une fréquentation de cyclomoteurs qui pose problème or ces véhicules sont interdits sur ses chemins. Des vélos et trottinettes circulent aussi sur les sentiers.

Ces véhicules sont néfastes pour la faune que ce soit par la nuisance sonore ou par leur vitesse mais aussi par la dégradation des sentiers qu’ils causent. En effet, ceux-ci creusent ou créent des irrégularités sur les chemins et accélèrent le phénomène d’érosion des berges. Suite à ces dégâts l’amicale doit parfois repasser avec une pioche afin de réparer les sentiers.

Quant au mobilier, il n’est pas particulièrement sujet à des dégradations.

  • La création de sentiers passant sur les parcelles d’agriculteurs fut-elle une tâche compliquée ?

Monsieur Barras souligne que la collaboration avec les agriculteurs s’est avérée globalement assez simple. La mise en place de sentiers balisés sur leurs parcelles a permis de guider les promeneurs, évitant ainsi qu’ils ne s’aventurent librement sur les terrains privés.

Cette initiative présente un double avantage : elle canalise le flux des randonneurs et dégage les agriculteurs de toute responsabilité en cas d’accident sur leurs propriétés. Bien que certains aient pu être initialement réticents, l’approche a majoritairement été bien accueillie. Certains agriculteurs ayant refusé la proposition d’une ouverture de sentiers sur leur propriété l’ont regretté, les randonneurs y passant tout de même.

  • Observez-vous une création de sentiers sauvages ?

L’amicale a remarqué l’arrivée de groupes de VTT qui créent des nuisances. Ces groupes arrivent en voiture et dévalent ensuite les pentes en VTT, souvent à plusieurs, dans la forêt proche de Forens. Pour faciliter leur passage, ils débroussaillent des « chemins » sans autorisation, ce qui crée dans la forêt des sentiers sauvages.

H- Interview avec monsieur Groscarré, apiculteur

Durant notre stage nous avons  pu rencontrer Monsieur Groscarré, habitant de longue date de Chézery-Forens. Celui-ci pratique depuis longtemps l’apiculture en tant que loisir.

  • Pouvez-vous vous présenter et nous dire depuis combien de temps vous vivez  sur la commune ?

Monsieur Groscarré est originaire de la commune de Chézery-Forens. Il y a vécu son enfance et une grande partie de sa vie.

  • Quelles sont les évolutions du paysage chézerand que vous avez pu remarquer ?

Chézery comptait autrefois une dizaine d’agriculteurs et six fromageries, qui ont ensuite été regroupées en une seule entité. À cette époque, Chézery hébergeait environ 500 à 600 habitants et Forens en comptait 150.

Monsieur Groscarré a également pu constater que la vallée s’était progressivement recouverte d’arbres, masquant les anciennes prairies.

  • Depuis combien de temps faites-vous de l’apiculture, qu’est-ce qui vous a poussé à faire de l’apiculture ?

Dans son enfance, monsieur Groscarré travaillait à la boulangerie en tant que mitron pendant les vacances scolaires . Le boulanger chez qui il était employé possédait des ruches et lui a donc transmis son savoir. Après sa mort, Monsieur Groscarré a racheté les ruches bien que son métier principal était assureur.

  • Quelle est votre journée type en tant qu’apiculteur ?

À l’automne, il récupère le miel si les abeilles ont produit une quantité supérieure à leurs besoins pour l’hiver. Monsieur Groscarré supervise l’approvisionnement en nourriture des abeilles. Si elles n’ont pas produit suffisamment de miel, il les nourrit avec un sirop ou une préparation à base de miel et de sucre. 

Sur la commune, les récoltes ne sont pas très importantes et varient selon les années et la météo.

  • De quelle fleur est votre miel ?

C’est du miel de fleurs sauvages qui est produit dans ses ruches, les abeilles vont butiner dans les prairies alentour. M. Groscarré ne nous cite pas de fleurs en particulier. Commercialisez-vous votre miel ?

Monsieur Groscarré ne vend pas son miel, il le produit principalement pour lui-même et son entourage. Autour de Chézery-Forens, on compte d’autres apiculteurs, certains dont c’est le métier possèdent entre 800 et 1000 ruches.

  • Quel est votre rapport à la nature ?

Monsieur Groscarré aime la nature, il a d’ailleurs fait partie de la société de chasse pendant plusieurs années et s’est intéressé à l’élevage des animaux.

  • Quelles sont les problèmes qui vous touchent en tant qu’apiculteur ?

Il nous explique que le frelon asiatique et le varois menacent les ruches : le varois est un petit parasite qui se colle sur les abeilles et les tue. 

Il nous explique aussi que certaines colonies qui végètent peinent à faire du miel et que la météo joue aussi un rôle important.

Dans ses colonies, il ne tue pas les reines vieillissantes afin de renouveler les populations, il les laisse mourir naturellement ce qui cause une réduction de la quantité de miel produite.

2.3 Travail de sensibilisation avec le camping le Valserine

A- Un camping engagé 

Le camping le Valserine situé à la sortie du village en direction de Confort est un point stratégique d’hébergement pour les touristes, ou encore pour les professionnels qui travaillent en Suisse. L’augmentation de la fréquentation de la vallée de la Valserine mais plus globalement l’explosion du tourisme-nature depuis la crise sanitaire, fait des campings des lieux essentiels pour loger des flux aussi importants de personnes. 

Les propriétaires de l’entreprise, Samuel et Elise Ringot, se sont investis pour offrir un cadre agréable, reposant et naturel. Mais ils sont aussi réellement engagés pour l’environnement, répondant notamment au cahier des charges Valeurs Parc. 

Nous avons pu échanger avec le couple, le camping valorise grandement les mobilités douces : notamment le vélo et le bus ; mais priorise aussi les séjours longs, moins impactants. L’eau chaude des douches est produite sur place avec des panneaux solaires. L’entreprise familiale s’emploie également à un respect strict des conditions de tri particulières : verre, compost, déchets électroniques, poubelles jaunes et déchets ménagers ; l’espace poubelles est d’ailleurs pourvu d’un jeu pédagogique autour du tri pour responsabiliser la clientèle. 

Cependant, après avoir travaillé au sein du camping en tant qu’employé polyvalent, Gabin a pu constater que les clients étaient peu concernés par les règles basiques de tri : le camping lutte et trie à nouveau ses poubelles avant exportation. Malgré les dispositifs pédagogiques ou encore la clarté des consignes de tri, la clientèle étrangère est moins sensibilisée ou applique des consignes de tri différentes : du chemin reste à faire. 

Pendant la saison estivale, le Valserine organise des animations Land’art contribuant à l’éducation à la nature et à l’éveil aux sens chez les plus jeunes. Le camping accueille également en son sein l’EPCI* SIVALOR* qui réalise des animations compost/tri et anime le “vélo smoothie”. 

*EPCI : établissement public de coopération intercommunale.

*SIVALOR : Syndicat intercommunal de valorisation des déchets ménagers

Le camping fait appel à l’organisme à vocation  sanitaire (OVS) FREDON AURA pour réaliser une inspection phytosanitaire et s’assurer de la bonne santé écologique des essences présentes sur la propriété. M. Ringot évoque le dépistage du scarabée japonais (Popillia japonica), nuisible exotique envahissant. FREDON AURA dépend de la DRAAF*. 

*DRAAF : Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt.

Le camping est aussi orienté vers la nature par ses choix esthétiques, la coupe de la végétation est limitée aux emplacements et les zones de fourrés autour des mobiliers ou des roches, arbres, clôtures permettent une dénotation moindre au sein du bel environnement que représente la rive de la Valserine. Sur certaines périodes, la tonte est effectuée en éco-pâturage grâce à deux moutons de Soay de la mini-ferme du camping, accompagnés de poules et de lapins. De plus, le camping est éteint la nuit et garantit un dérangement moindre pour la faune, participant ainsi à la trame noire.

Ces choix avisés sont couplés avec un engagement citoyen : l’exploitation est refuge LPO*depuis 2019. Le camping s’engage donc à préserver la nature et à favoriser la biodiversité. De plus, chaque mobile-home, cabane canadienne ou cabane type bivouac est nommé par une espèce patrimoniale de la région, ce travail de sensibilisation a été réalisé conjointement avec l’association. 

*Refuge LPO : programme lancé en 1921, visant sur la base du volontariat, à préserver la nature sur son terrain (professionnels, communes, particuliers…). C’est le plus grand réseau de jardins écologiques de France. 

Enfin, le camping est labellisé Clef verte, 1ᵉʳ écolabel pour les hébergements et restaurants en tourisme durable. 

B- Travail de sensibilisation 

Dans le cadre de notre stage, nous avons proposé au camping de produire des panneaux pédagogiques de sensibilisation dont pourrait profiter la clientèle. Après consultation avec Samuel et Elise, nous nous sommes mis d’accord sur la production d’un travail orienté sur les Lépidoptères puisque c’était l’un des seuls taxons faunistiques pour lequel le camping n’avait pas déjà consacré des aménagements ou des sensibilisations. 

Au cours du mois de juin, nous avons donc produit une quinzaine de panneaux pédagogiques sur les papillons : les premiers panneaux concernent des généralités sur le cycle de vie ou les caractéristiques du taxon, puis nous avons réalisé 10 fiches d’espèces que nous avons croisées lors du stage. Nous avons orienté nos choix vers les papillons facilement reconnaissables, communs et présentant des anecdotes intéressantes. 

Notre travail se conclut sur un formulaire de satisfaction pour avoir un retour sur notre travail de la part des lecteurs. De plus, nous avons imaginé un petit jeu avec le camping : si un client rapporte un certain nombre de clichés de papillons cités sur les fiches espèces, il remporte un cadeau. Nous espérons pouvoir encourager davantage les lecteurs à apprécier ces êtres vivants, à prendre le temps de les observer. 

Pour l’instant, le camping n’a pas encore commandé la production des panneaux, nous espérons pouvoir laisser une trace à Chézery-Forens via ce projet. Voici ces panneaux pédagogiques. 

2.5 Nos méthodes et protocoles d’inventaires naturalistes 

A- Traces et indices

Le territoire de Chézery-Forens nous aura offert nombre de surprises et de découvertes : nous avons pu observer un grand nombre de taxons faunistiques. Cependant, l’observation de mammifères  reste décevante avec des espèces relativement communes. Lors de nos prospections aléatoires, nous avons cependant trouvé des traces et indices de mammifères : c’est un moyen de connaître leurs habitudes lorsqu’ils se font discrets habituellement. 

En effet, dès les premiers jours suivants notre arrivée nous avons observé, sur la butte au-dessus de notre logement, des piétinements importants et de la terre retournée au milieu des racines du grand tilleul surplombant la maison. 

Digression sur le tilleul : ce tilleul, présent dans le pâturage surplombant la maison de mon arrière grand-mère, est pour moi un souvenir d’enfance très fort. Par ailleurs, toutes les personnes de ma famille qui l’ont connu à travers les générations ressentent la même chose : il est intéressant de se demander son âge mais je n’ai su trouver l’information. Cet arbre a traversé les époques et ce malgré les mutations du territoire : il est toujours un marqueur du paysage de Chézery-Forens, en tout cas pour ma famille.

Ses troncs sont au nombre de 7, tous côte à côte et se rejoignent dans les hauteurs : ce phénomène impressionnant se nomme l’anastomose. Il couvre le sol de ses akènes* entre la fin du printemps et l’été, et des chevaux viennent pâturer à ses pieds lors de certaines périodes de l’année. Quand nous étions petits, mes cousins, cousines et moi grimpions sur ses grandes branches. Passage obligé : nous réitérons donc l’expérience avec Rozenn en 2025 ! 

Pour revenir à nos piétinements, d’après la profondeur des trous,  les dégâts sur les racines et le déterrement de certaines graines et racines, nous en avons déduit qu’il s’agissait d’une souille de sanglier. Le caractère boueux de la prairie sous l’arbre après le passage des chevaux et de la pluie semble avoir été choisi comme lieu d’intérêt par une famille de Sus scrofa.

Photos d’une partie de la souille, en fond : le Dodge abandonné de ma famille, n’a jamais été déplacé de mon vivant

Notre prospection aléatoire nous a aussi menés à la découverte de l’étude des fèces, étude peu engageante mais intéressante et plutôt complexe : il faut analyser la forme et le contenu. Nous avons fait beaucoup de trouvailles mais une grande partie d’entre elles reste non déterminée : voici une sélection de quelques-unes et des hypothèses de détermination. 

Fèces présumées de sanglier : forme cylindrique de tonneau ou de cône de pin. Végétaux principalement mais aussi restes d’insectes, de baies voire de noisettes

Ces deux fèces seraient potentiellement celles d’un hérisson car très luisantes (ce qui est causé par la chitine d’insectes), présence de baies également. La première photo ferait même penser  au résultat d’une déglutition.

Fèces présumées de chat forestier : noir en plusieurs parties emboîtées les unes dans les autres.

La forme allongée des excréments et la présence de nombreuses baies peuvent indiquer

un renard roux

Lors de nos sorties, nous avons aussi eu la chance de rencontrer des restes  de coléoptères avec la carapace presque intacte, totalement vidée par les détritivores. De telles rencontres sont plus simples à déterminer que les fèces puisque les élytres* gardent leurs caractéristiques colorées. Ces trouvailles nous ont particulièrement marqués, c’était presque comme tomber sur un trésor que l’on peut ramener à la maison. 

*Les élytres sont la paire d’ailes rigides qui couvre la deuxième paire d’ailes des coléoptères. 

Restes de Carabe violet (Carabus violaceus) / Restes d’un Lucane cerf-volant (Lucanus cervus)

B- Piégeage photo

Au-delà des traces et indices et des quelques observations en direct de mammifères, nous espérons observer les mammifères les plus discrets comme le renard roux, le lynx d’Europe, les mustélidés, cervidés ou caprinés grâce au piégeage photo. En effet, le piégeage photo est un outil efficace pour observer sans paniquer l’animal : pas de contact visuel, flash invisible pour la plupart des animaux, possibilité de lieux presque infinis, etc.

Nous avons pu obtenir un de ces appareils grâce à un prêt de notre école, l’IET, ce qui nous a été très profitable. C’était la première fois que nous utilisions ce dispositif. Après une longue recherche de spots, nous avons choisi comme emplacement une berge de la Valserine au bord d’un pont dans l’espoir de capter des espèces venues se rafraîchir, un endroit en contrebas de sentier à l’abri des regards et des vols potentiels. Nous avions déjà remarqué des coulées* descendant vers la berge. Cet emplacement nous paraissait optimal. Nous avons laissé le piège deux semaines mais les piles n’ont pas tenu le temps escompté. 

*Coulée : passage laissé à travers la végétation (piétinement, écartement des végétaux) dû aux passages réguliers de la faune sauvage. 

Nous sommes plutôt heureux de nos trouvailles, deux grands mammifères au même endroit, à deux jours d’intervalle : nous avions visé juste sur la pertinence du lieu de pose. Cependant, nous regrettons de n’avoir pas consacré davantage de temps à la pose plus régulière du dispositif. 

Renard roux (Vulpes vulpes)

Vidéo Chamois

https://drive.google.com/file/d/1JZMUovxe4rD22z-D2LXxkkKqIMtQfN9X/view?usp=drive_web

C- Protocole STERF : Suivi temporel des Rhopalocères de France 

Le protocole STERF (suivi temporel des rhopalocères de France) sert à étudier les tendances de peuplement de rhopalocères (l’ordre des papillons de jour) dans le temps. A l’origine les relevés concernent 4 passages par an entre mai et juillet avec 2 semaines d’intervalles. Ce protocole est un suivi temporel et le site doit être examiné chaque année.

Pour comprendre la différence entre rhopalocères et hétérocères nous plaçons ci-dessous notre panneau pédagogique explicitant le sujet. 

La durée du stage étant de deux mois, nous manquons de temps : c’est pourquoi nous avons fait le choix de créer nos propres transects dans les milieux ouverts qui surplombent le village. Ce sont principalement des prairies hautes de fauche, mais certains transects ont été effectués en pelouse sèche. Nous avons décidé de faire un passage sur les transects que nous avons mis en place (il n’y a pas de transects déjà existants), avec la possibilité d’en faire un second plus tard (nous avons manqué de temps et cela ne s’est pas fait). L’expérimentation du protocole s’est déroulée le 16/05 entre 10h et 15h. Nous avons mis en place 10 transects, mais les deux derniers étaient laborieux et moins productifs car le vent s’est levé. 

Nous avons pris la liberté d’identifier l’ensemble des lépidoptères lors des transects (rhopalocères comme hétérocères) étant donné la grande abondance d’hétérocères en pleine journée. Le protocole STERF est originellement prévu pour les rhopalocères. 

Voici les règles du jeu : L’observateur parcourt un transect en 10 minutes. Il identifie et compte tous les papillons présents dans les limites d’une boîte virtuelle de 5 m x 5 m autour de lui. Cette zone avance au fur et à mesure avec l’observateur le long du transect. Les papillons en dehors de la boîte ne sont pas pris en compte, mais leur présence est indiquée par un P.

Nous avons beaucoup apprécié réaliser ce protocole, bien que nous l’ayons adapté. Nous avons découvert de nombreuses espèces et il nous a permis de nous améliorer grandement dans l’identification des lépidoptères. Finalement, c’est l’un des taxons pour lequel nous avons le plus progressé. 

Voici le tableau Excel avec les résultats des transects ainsi que quelques photos des espèces déterminées lors du protocole. 

Échiquier commun – Nacré de la ronce – Aurore

Panthère – Argus bleu-céleste – Hespérie du brome 

D- Points d’écoute de passereaux

Dans le cadre du stage, nous avons également réalisé des points d’écoute/d’observation de passereaux pour mieux connaître les oiseaux qui nous entourent. N’étant que très peu à l’aise tous deux dans l’identification d’oiseaux par le chant ou visuellement, nous avons fait le choix de ne pas utiliser le protocole EPOC (Estimation des Populations d’Oiseaux Communs) ou IPA (Indice Ponctuels d’Abondance) mais plutôt de réaliser des points d’écoute simples où nous choisissons nous-mêmes les sites. 

Nous avons réalisé 5 points d’écoute dans des milieux diversifiés qui nous ont paru stratégiques sur le territoire de la commune, mais surtout dans des habitats différents pour rencontrer des espèces variées. Nous avons notamment utilisé l’application Merlin pour la reconnaissance des chants, mais également des jumelles et nos guides d’identification. 

Bien que nos résultats aient peu de valeur ajoutée, cela nous a permis de progresser dans l’identification des passereaux et d’ajouter à notre liste d’espèces quelques nouvelles trouvailles. 

Vous trouverez à la suite les résultats de nos 5 points d’écoute avec des informations sur le milieu, les strates végétales, la localisation, ainsi que les espèces observées. 

  • Point d’écoute N°1

Date : 25/06/2025

Météo : ciel dégagé, 12°C

Lieu-dit : Menthière, périphérie de l’accrobranche

Position topographique : haut versant, exposition nord-est

Strates végétales et milieux : herbacée ouverte (pâturage), ligneuse haute dense, lisière. 

Heure : 6h08-6h28 

Espèces : Pouillot véloce, Fauvette à tête noire, Mésange bleue, Mésange nonnette, Pinson des arbres, Mésange charbonnière, Pic noir, Gobemouche gris, Merle noir, Troglodyte mignon, Mésange noire. 

  • Point d’écoute N°2

Date : 25/06

Météo : ciel dégagé, 16°C

Lieu-dit : Charbonnière

Position topographique : mi-versant, replat, exposition nord-est 

Strates végétales et milieux : ligneuse haute dense, herbacée ouverte (pâturage), ruisseau lent 

Heure : 6h50-7h10

Espèces : Troglodyte mignon, Fauvette à tête noire, Pouillot véloce, Grosbec casse-noyaux, Mésange bleue, Corneille noire, Pinson des arbres, Merle noir. 

  • Point d’écoute N°3 

Date : 25/06

Météo : ciel dégagé, 14°C

Lieu-dit : proche du rocher des Hirondelles

Position topographique : bas versant, exposition nord-est 

Strates végétales et milieux : ligneuse haute claire, forêt alluviale, rivière rapide, chemin de randonnée

Heure : 7h30-7h50

Espèces : Troglodyte mignon, Bergeronnette des ruisseaux, Merle noir, Rougequeue noir, Pic épeiche. 

  • Point d’écoute N°4 

Date : 25/06

Météo : ciel dégagé, 15°C 

Lieu-dit : Hameau de la Rivière, Fontaine-Bénite

Position topographique : bas versant, exposition nord-est

Strates végétales et milieux : herbacée ouverte, ligneuse basse dense, ligneuse haute ouverte, chemin de randonnée, ruisseau lent

Heure : 8h15-8h35

Espèces : Fauvette à tête noire, Mésange nonette, Mésange charbonnière, Pinson des arbres, Troglodyte mignon, Merle noir, Grive draine, Rougegorge familier, Sitelle torchepot, Roitelet triple-bandeau, Pouillot de Bonelli, Serin cini. 

  • Point d’écoute N°5

Date : 25/06

Météo : ciel dégagé, 20°C

Lieu-dit : entre le camping et la station d’épuration

Position topographique : bas versant, exposition est

Strates végétales et milieux : friche, herbacée ouverte, haie de ripisylve, rivière rapide, route, installations humaines

Heure : 9h-9h20

Espèces : Pouillot véloce, Pinson des arbres, Merle noir, Fauvette à tête noire, Moineau domestique, Serpin cini, Martinet noir, Mésange bleue, Rougegorge familier, Buse variable (rapace), Troglodyte mignon, Pigeon ramier, Rougequeue noir, Hirondelle rustique, Bergeronette grise, Bergeronnette des ruisseaux. 


E. Prospection aléatoire 

La prospection aléatoire consiste à identifier et relever toutes les espèces que nous trouvons durant nos sorties sans cadre ou limite de temps prédéfinie. Grâce aux tableaux d’espèces potentielles nous avons pû en quelque sorte appliquer une méthode de présence/absence à partir des espèces déjà référencées. 

Durant nos deux mois de stages nous avons pu explorer une grande partie des espaces naturels de la commune de Chézery-Forens ce qui nous a permis de récolter beaucoup de données que vous trouverez référencées dans nos tableaux d’espèces.

2.4 Tableau de suivi des espèces potentielles 

Les espèces potentielles désignent les espèces végétales et animales ayant déjà été identifiées sur la commune. La liste de ces espèces est disponible sur le site de  l’INPN (Inventaire national du Patrimoine Naturel).

Dans le cadre d’un diagnostic écologique et paysager, il est essentiel d’étudier les données faunistiques et floristiques du territoire étudié. Pour ce faire, dans un premier temps, notre binôme a pris connaissance des données déjà géoréférencées sur la commune grâce au site de l’INPN : le site national est actuellement en maintenance

A partir de ces données nous avons créé 2 tableaux distincts : un tableau d’espèces potentielles flore que nous avons attribué à Rozenn et un tableau d’espèces potentielles faune que nous avons attribué à Gabin. Grâce à ces deux tableaux nous avons pu reporter l’ensemble des données naturalistes récoltées jour par jour. 

Faire le choix de classer nos données de cette manière nous a permis de grandement limiter les erreurs de détermination que deux étudiants naturalistes pourraient aisément faire. Chaque soir, une séance de vérification de nos données était de mise. En quelque sorte, ces tableurs ont permis un suivi d’occurrence présence/absence, mais également  l’ajout d’espèces déterminées inédites (absentes des données INPN). Enfin, le tableur faune a été subdivisé en taxons afin de faciliter la lecture.

A- Tableaux de suivi des espèces potentielles : Faune 

Mammifères

Oiseaux

Amphibiens et reptiles 

Insectes et araignées

Escargots et autres mollusques

B- Tableau de suivi des espèces potentielles : Flore

Arbres

Plantes à fleurs

Orchidées

Autres espèces

C- Tableau de suivi hors espèces potentielles

Lors de nos sorties naturalistes au cours des deux mois de stage, que ce soit pendant la réalisation d’un protocole ou lors d’une prospection aléatoire, nous avons pu déterminer des espèces qui ne figuraient pas dans l’Inventaire national du Patrimoine naturel (INPN) sur la commune de Chézery-Forens. 

Vous trouverez ces espèces sur le document suivant, il est essentiel de rappeler que ces données sont à prendre “avec des pincettes” et que leur validité est relative : nous sommes tous deux encore étudiants. 

2.5 Nos espèces préférées

La grenouille rousse – Rana temporaria 

Reconnaissable grâce à son corps trapu et son nez arrondi, sa taille est comprise entre 5 et 10 cm. Ses iris sont dorés et sa pupille est horizontale. Elle arbore des taches marron foncé qui vont de sa tempe à son museau ainsi que deux traits sur la longueur de son dos. Sa couleur peut varier de brun à orange et on retrouve sur ses pattes un motif de rayures et sur son dos des taches orangées et brunes qui lui permettent de se camoufler (celles-ci sont moins prononcées chez les mâles dont la couleur est plus grisâtre). La femelle est généralement plus grosse que le mâle, comme chez la plupart des grenouilles. Bien qu’elle soit classée en préoccupation mineure, la grenouille rousse reste menacée par le réchauffement climatique qui la prive de ses lieux de reproduction : les ruisseaux temporaires et mares peu profondes.

Bien que cette espèce soit assez commune et répandue en France, notre rencontre avec celle-ci fut mémorable et inattendue. Lors d’une randonnée en direction du Crêt de Chalam, nous avons eu la chance de croiser des grenouilles de toutes les tailles : des adultes camouflés dans les feuilles en traversant la forêt entre la Borne au Lion et Chalam, et de nombreux juvéniles se prélassant dans une flaque trouble située dans un pâturage aux côtés des vaches. 

Grenouille rousse au milieu des feuilles mortes

Le Zygène de la Filipendule – Zygaena filipendulae

Zygènes de la Filipendule posés sur des Knautie des champs

Ce petit hétérocère est reconnaissable à ses ailes noires, bleutées, légèrement irisées sur lesquelles on trouve six taches rouges. Son envergure varie entre 3 et 4 cm. Ses ailes antérieures sont noires, ponctuées de rouge, tandis que ses ailes postérieures sont rouges bordées de noir. Les mâles et les femelles sont assez semblables. La couleur rouge vif qu’arbore le Zygène de la filipendule est un avertissement signalant sa toxicité aux prédateurs. En cas d’attaque, celui-ci peut sécréter un liquide contenant du cyanure. Sa chenille est jaunâtre tachetée de noir, et se développe sur les plantes de la famille des Fabaceae. Ce papillon ne donne qu’une génération par an. 

Durant notre séjour, nous avons eu la chance de croiser régulièrement ce papillon aux couleurs tape-à-l’œil dans les prairies aux alentours de la Valserine. Il peut être difficile de le différencier d’autres spécimens de la famille des zygènes qui arborent une apparence similaire, parfois seulement différentiable en comparant l’écart entre leurs tâches (comme avec le Zygène transalpin par exemple).

L’écaille fermière – Arctia villica

L’écaille fermière est un papillon de nuit qui se démarque par les couleurs vives qu’il dévoile lorsqu’il déploie ses ailes. Ses ailes postérieures sont orange ponctuées de taches noires. Ses ailes antérieures ont une couleur noir-brun sur laquelle on observe de larges taches crème, disposées de façon irrégulière. Sur son abdomen, on distingue un dégradé rouge orangé. Son envergure peut varier entre 4,5 cm et 6 cm. Les mâles et les femelles de cette espèce sont semblables bien que la femelle soit généralement plus grande.

La chenille de l’écaille fermière est d’une couleur noir-brun avec des poils roux. Celle-ci peut se nourrir d’herbacés et d’arbustes, elle peut donc s’adapter à de nombreux milieux, tels que les prairies, les jardins ou les lisières de forêt. Ce papillon ne donne naissance qu’à une génération par an.

Bien que nous n’ayons pas observé l’écaille en pleine nature, cet insecte reste une de nos trouvailles préférées. Il est toujours surprenant de voir des papillons de nuit aussi colorés, au même titre que la panthère par exemple. L’écaille s’est présentée à nous à deux reprises, virevoltant autour des lumières de notre logement. À défaut d’avoir réussi à nous procurer une lampe assez puissante pour observer les hétérocères sur un drap en extérieur, nous avons pu en identifier de nombreux à domicile. 

L’écaille fermière posée sur les carreaux de la cuisine

L’Orchis sureau  – Dactylorhiza sambucina

Cette orchidée sauvage est reconnaissable à son inflorescence en forme d’épi composé de plusieurs petites fleurs, sa taille varie entre 10 et 30 cm. Ces fleurs évoluent d’une couleur jaune pâle à un pourpre-violet intense. Au centre des fleurs apparaissent des petites taches orange ou rose selon le stade. Les feuilles sont disposées en rosette et ont une forme allongée, celles-ci sont vert clair. Comme toutes les orchidées, elle est protégée.

L’Orchis sureau fleurit d’avril à juin dans les prairies de montagne, sur les pelouses et les sols calcaires. Nous avons pu observer cette orchidée lors de la randonnée de Chézery-Forens à Lélex par la haute chaîne. Au premier coup d’œil, nous ne pensions pas que les deux déclinaisons de couleurs appartenaient en fait à la même espèce. Ses couleurs et motifs ont su retenir notre regard.

La Centaurée des montagnes – Centaurea Montana 

La centaurée est une plante vivace qui peut être reconnue facilement par ses fleurs d’un bleu violet, intense et par la composition de ses pétales, longs et fins qui donnent un aspect étoilé à la fleur. Au centre, sa couleur est rose violacé avec des fleurons* plus courts. Celle-ci mesure généralement entre 30 et 70 cm de hauteur. Ses feuilles sont allongées et légèrement duveteuses de couleur verte. Cette plante fleurit de mai à juin et attire de nombreux pollinisateurs. On peut la voir dans les prairies, les lisières de forêt et les milieux ouverts. Résistante, elle est parfaitement adaptée au climat montagnard. La Centaurée des montagnes côtoyait parfois sa proche cousine la Centaurée scabieuse, troquant le violet pour un rose flashy. Nous avons également observé la Centaurée jacée. 

C’est aux abords de la Valserine et de nombreux sentiers que nous avons pu régulièrement croiser le chemin de la centaurée des montagnes. Cette fleur n’est pas caractérisée par sa rareté mais elle fait partie de nos essences préférées : nous l’avons croisée tout au long du stage, toujours aussi belle à chaque rencontre. 

*Fleurons : petites fleurs dont l’ensemble forme une fleur composée.

Lepture tacheté – Rutpela maculata

Le Lepture tacheté est un coléoptère élancé reconnaissable à son corps allongé, à ses longues antennes fines et à son motif contrasté, qualités caractéristiques des longicornes. Ses élytres sont jaune pâle, sur celles-ci on peut voir des taches noires arrondies plus ou moins régulières. Sa taille varie généralement entre 1 cm et 1,8 cm. Le thorax est noir. Ses pattes sont fines et relativement longues. Les mâles et les femelles sont semblables, bien que la femelle soit souvent un peu plus grosse.

On rencontre le Lepture tacheté dans les prairies fleuries, les lisières de forêts et les clairières ensoleillées. Les adultes se nourrissent principalement de pollen et de nectar. Sa larve, blanchâtre et allongée, se développe dans le bois mort de diverses essences feuillues où elle contribue à la décomposition du bois. L’espèce ne produit qu’une génération par an, les adultes étant visibles surtout en été.

Trichie fasciée – Trichius fasciatus

La Trichie fasciée est un coléoptère reconnaissable à son corps trapu couvert de poils brun-roux qui font penser aux bourdons. Elle possède des élytres* brun sombre marqués de bandes plus claires et irrégulières, d’où son nom « fasciée ». Sa taille varie généralement entre 8 et 12 mm. Le dessous du corps est plus clair et velu, tandis que ses antennes courtes se terminent en massue. Les mâles et les femelles sont très semblables et se différencient surtout grâce à la forme de leur abdomen.

La Trichie fasciée fréquente les milieux boisés, les vergers et les jardins riches en vieux arbres. Les adultes se nourrissent de pollen et de nectar.  Sa larve est blanchâtre et se développe dans le bois mort ou les cavités des arbres en décomposition. L’espèce ne produit qu’une génération par an.

*Élytre : paire d’ailes antérieures durcies, celle-ci sert de carapace afin de protéger leurs ailes.

2.6 Menaces 

A- Dépérissement des parcelles sylvicoles 

Chézery-Forens étant une commune très boisée et concernée par la sylviculture, nous avons pu remarquer plusieurs problématiques concernant les forêts et en apprendre davantage notamment grâce à nos interviews. Idéalement, nous aurions aimé rencontrer des acteurs de la pratique sylvicole qui auraient pu être des entreprises sylvicoles comme le groupement forestier des T’Cho ou les gestionnaires de la forêt communale de Chézery-Forens. 

En discutant avec les locaux, nous avons essayé de mieux cerner l’évolution du paysage de Chézery-Forens. Beaucoup nous ont évoqué la progression flagrante de la forêt dans la vallée qui était auparavant recouverte de terres agricoles et pastorales. En effet, avec l’arrivée de l’agriculture moderne et de ses nouvelles machines mal adaptées aux terrains pentus de la vallée, le paysage a bien évolué : une partie des anciennes parcelles agricoles a changé de fonction et est maintenant utilisée pour la sylviculture. Mais l’arrivée de l’agriculture moderne n’est pas la seule cause de la fermeture des milieux, c’est aussi l’abandon du pâturage qui a permis à la forêt de reprendre du terrain.

Forêts et pâturages. En fond : la Roche Franche. 

En 1950, la commune était principalement recouverte de prairies et de milieux ouverts, aujourd’hui approximativement 73 % de la commune est recouverte de forêts. Cette variation peut aussi s’expliquer par notre besoin important de ressources en bois. Bien que la fermeture d’un milieu ne soit pas forcément négative, la forêt prend ici la place de prairies et de pelouses qui constituent des habitats indispensables pour des espèces remarquables de lépidoptères, orthoptères, oiseaux, et reptiles notamment. 

La forêt communale de Chézery-Forens, 429 ha, est soumise au document d’aménagement de l’OFB 2022-2041 qui détermine l’état des lieux des parcelles, leurs fonctions, leurs peuplements, etc. Parmi les informations importantes, nous retiendrons que les parcelles dévolues à l’usage sylvicole concernent 273 ha de la forêt communale, 106 ha sont situés sur le périmètre de la RNN, 32 ha sont classés en APPB (Arrêtés Préfectoraux de Protection Biotopes) , 262 ha en Natura 2000. Ces périmètres réglementaires impliquent des modalités de gestion plus durables : quotas de prélèvement moins importants, diversification des essences et des âges des individus, gestion conservatoire (libre-évolution), études réglementaires. De plus, ces périmètres répondent à des plans de gestion ou DOCOB.

Forêt de Hêtres, ruine et ruissellement

Les peuplements sont les suivants : 42% d’Epicéa, 26% de Hêtre, 15% de Sapin pectiné, 2% de Pin sylvestre et 15% d’autres essences feuillues. D’un point de vue écologique, l’équilibre de la mixité d’essences n’est que trop peu considéré dans la mesure où l’essence la plus adaptée et indigène est le Hêtre. Nous apprenons, grâce au document d’aménagement de l’ONF, et à l’arrêté nᵒ 2025-0541 du préfet que malgré une grande surface de forêt, celle-ci est difficilement accessible. La partie productive présente un déficit de jeunes peuplements par rapport à une futaie équilibrée. Les résineux sont globalement de qualité charpente. Une petite proportion des feuillus est de qualité sciage, le reste est de qualité chauffage. 

Nous soulignons l’initiative de la commune qui consacre 85 ha de sa forêt communale à la chaufferie autonome de la commune qui fait bénéficier aux bâtiments communaux d’un chauffage en autoproduction/gestion. L’objectif de la commune est d’en faire bénéficier la gendarmerie ainsi que certains particuliers. Nous encourageons cette initiative, à notre sens pertinente puisqu’elle permet d’autonomiser la commune et peut-être à l’avenir, si le réseau de chauffage s’agrandit, de créer des emplois supplémentaires en sylviculture ou en employés communaux. Le document de l’ONF évoque également les menaces : problèmes sanitaires graves, déséquilibre grande faune/flore, incendies, problèmes fonciers, essences peu adaptées au changement climatique. Cependant, la forêt n’est pas considérée comme menacée et on ne parle pas de menaces fortes. 

Parcelle d’épicéas en dépérissement

Ce constat fait alors le lien avec une autre problématique : la fragilité des boisements face au réchauffement climatique et aux insectes nuisibles. De plus en plus fort, le réchauffement climatique menace les bois chézerands : chaque année on observe des pluviométries de plus en plus basses et des périodes de chaleurs de plus en plus intenses et longues. Étant donné que les essences des spécimens ne sont pas très variées, on observe une forte compétition : tous les individus puisent leur eau à la même profondeur et des bulles d’air peuvent également se former dans les canaux transportant la sève, empêchant l’hydratation de l’arbre durant les périodes de sécheresse. Les boisements sont donc plus vulnérables face aux aléas climatiques.

En plus des vagues de chaleur de plus en plus présentes, l’arrivée d’un dangereux coléoptère menace les forêts. Profitant du stress hydrologique qui amoindrit les défenses des épicéas et profitant aussi des hivers de plus en plus courts qui favorisent sa reproduction, le scolyte typographe se propage.

Présent depuis toujours dans les massifs forestiers, c’est depuis 2018 que l’évolution des populations de scolyte typographe inquiète. Ce coléoptère raffole des arbres affaiblis et peut ravager des forêts.  Lors de nos premières balades, les parcelles d’arbres dévitalisées nous ont surpris et inquiétés, plus tard nous avons  appris que plus de 10% des parcelles forestières du PNR étaient concernées. Enfin, la menace n’est pas à prendre à la légère puisque ces populations de coléoptères semblent s’adapter très vite, plus rapidement que l’Homme : le scolyte est désormais capable de proliférer au-dessus de 1000 mètres d’altitude, ce qu’on pensait impossible quelques années auparavant. 

Galeries de l’espèce.

Pour contrer cette menace, des solutions peuvent tout de même être mises en place : la sylviculture en futaie jardinée, la diversification des essences, des âges des individus, la valorisation de la régénérescence naturelle et un prélèvement moins important ou fractionné pour limiter les impacts sur les sols et eaux souterraines seraient une solution pour éviter la propagation de cet insecte et assurer une meilleure résilience des forêts face à l’évolution du climat.

B- La Valserine menacée ?

Non seulement les boisements, mais la rivière de la Valserine aussi se trouve affectée par le réchauffement climatique. Celle-ci prend sa source sur la commune de Divonne-les-Bains et elle est alimentée par la pluie en automne et la fonte de la neige et des névés (régime pluvio-nival) au printemps et en été. Au vu des quantités de neige de plus en plus faibles, le cours d’eau est moins alimenté. Sa température augmente également mais les impacts ne sont pour l’instant pas alarmants ou dangereux pour sa biodiversité : les populations de truites fario ne sont que peu concernées, contrairement aux micro-invertébrés, éphémères ou diatomées qui disposent d’une valence écologique* plus limitée. Cependant, ce facteur n’est pas à prendre à la légère. D’après M. Ducreux, la Valserine est l’un des cours d’eau qui se réchauffe le plus rapidement en France et ce, bien qu’il soit rejoint par des petits ruisseaux temporaires comme permanents à l’eau très fraîche. 

*Valence écologique : capacité d’une espèce à tolérer les différents facteurs écologiques du milieu. 

Troublery à sec et ruissellements forestiers

La pollution constitue également une menace pour la santé de la rivière. Des changements de techniques agricoles ont récemment été mis en place aux abords de la Semine, le principal affluent de la Valserine, ce qui pourrait causer une dégradation du cours d’eau. Selon les relevés, on observerait aussi une pollution au mercure lors de certaines périodes de l’année. Ce phénomène ne touche que 5 autres cours d’eau/bassins versants du SDAGE Rhône-Méditerranée-Corse : la rareté de la pollution et son aspect saisonnier rendent son élucidation complexe, pour l’instant inexpliquée. 

Chézery est concernée par la menace de la Renouée du Japon à travers deux petites stations qui ont été traitées ces cinq dernières années. Heureusement, ce sont des petits fronts de colonisation, c’est pourquoi les interventions sont toujours possibles actuellement. 

Le rejet de la station d’épuration en aval du camping représente un impact minime sur le cours d’eau : on constate logiquement une surcharge en matière organique en aval de l’infrastructure, entraînant une prolifération d’algues pouvant avoir un impact (mesuré à Chézery). Ce qui peut être inquiétant c’est sa proximité avec Champfromier, cela peut être dangereux en cas de crue. Pour ce qui est du barrage hydroélectrique de Sous-Roche, il ne représente pas une menace importante pour le bon fonctionnement hydrologique du cours d’eau : son bassin de rétention en amont est faible donc peu impactant, le transport de sédiment est assuré, la passe à poisson est fonctionnelle et contrôlée régulièrement par la société SCHEMA assistée par le service GEMAPI du PNR. 

Malgré ces menaces le cours d’eau est tout de même considéré comme très sain ce qui lui a permis non seulement d’être le premier bassin versant français labellisé rivière sauvage en 2014 mais également d’être site pilote. La seconde phase du contrat de rivière a été signée en 2023 et le contrat se renouvellera en 2026. 

Cascade et cairns en bord de Valserine

C-Sur tourisme et loisirs en nature

Bien que rurale et enclavée, Chézery-Forens se trouve être une destination de choix pour le tourisme sportif et nature. En effet, notamment depuis la crise sanitaire, les français se bousculent toujours plus dans la nature, dans les parcs nationaux et régionaux, au sein des Espaces Naturels Sensibles (ENS) et autres milieux naturels classés ouverts au public. 

Bien que cela soit un atout pour l’économie locale et un facteur déterminant du dynamisme rural, on remarque tout de même des dérives des touristes et des sportifs. La problématique principale est la surfréquentation des milieux naturels couplée au non-respect des règles d’usages sur les sites naturels. Il est essentiel de préciser que dans la plupart des cas, ces mauvaises pratiques sont issues d’une mauvaise connaissance des réglementations. Nous avons longuement cherché des statistiques pour comprendre la courbe d’évolution de la fréquentation au sein de la réserve et du parc, les chiffres ne sont pas disponibles. Cependant, une enquête de fréquentation de la réserve datant de 2024 (couplée aux résultats de 2018) nous renseigne sur les pratiques et les connaissances des usagers.  Cette enquête est principalement issue de la réponse de locaux, seuls 14.5% des réponses concernent des départements autres que l’Ain. On remarque dans un premier temps que presque 40% des usagers ayant répondu ne comprennent pas la différence entre le PNR et la réserve : ce constat est plutôt préoccupant puisque les réglementations y sont différentes. Les activités les plus pratiquées d’après l’étude sont la randonnée pédestre, la pratique de la raquette et le ski de fond.

Randonnée organisée par l’Amicale des sentiers chézerands. Sentier menant à un Goyas.

Le ski est également pratiqué dans les stations Monts Jura et Menthière (hameau de Chézery-Forens), bien que les chutes de neige aient diminué ces dernières années. Notons que la réserve est fragmentée par la station Monts Jura, perturbant la continuité écologique de la faune et occasionnant des nuisances, dégradations et pollutions. 

Remontée mécanique : station de Menthière

En discutant notamment avec l’amicale des sentiers chézerands nous avons appris que des véhicules motorisés et des trottinettes électriques circulaient régulièrement sur les sentiers réservés aux piétons et aux vélos, ce qui endommage les sentiers et dérange la faune. Nous avons aussi pu remarquer des sentiers sauvages créés par des cyclistes. Des groupes ou clubs de VTT se retrouvent régulièrement afin de pratiquer hors sentiers sur les espaces naturels notamment aux abords de la Valserine. Au sein de la réserve, les problématiques y sont similaires. 

Il est rassurant et essentiel de mentionner que 92% des sondés connaissent la réglementation de la Réserve, cependant, seuls 85% disent respecter cette réglementation : les principales activités illégales sont la promenade du chien, le camping sauvage accompagné du feu de camp et la circulation en véhicule motorisé sur des accès interdits. 

Chézery-Forens en contrebas, vue depuis les crêtes de la Réserve

Lors de nos passages au sein de la Réserve, nous avons croisé des chiens alors qu’il est clairement signalé à chaque entrée que leur présence n’est pas autorisée. Nous avons aussi retrouvé quelques dépôts sauvages mais cela est resté rare (hors réserve, proche d’exploitations agricoles). 

Pour conclure, nous insistons sur le fait que l’attrait de plus en plus important de l’Homme pour les milieux naturels s’accompagne d’une connaissance partielle de la responsabilité qu’implique l’usage de ces derniers. La communication et la valorisation autour des milieux naturels reste à poursuivre, la réglementation est essentielle et se doit d’être stricte. Il pourrait être utile de passer par des communications plus ”douces” : nous pensons que responsabiliser l’usager en le confrontant à son éthique est plus efficace que la répression. L’un des objectifs serait d’augmenter le nombre d’agents de la réserve sur place pour sensibiliser en direct les usagers. 

D- Milieux ouverts en péril ? 

Comme dans le reste de la France, le pastoralisme est en grande perte de vitesse sur la commune : il a déjà été réduit au cours du dernier siècle, notamment à cause de l’exode rural puis remplacé par la sylviculture ou la fermeture naturelle des habitats par la végétation. Cette pratique du pastoralisme est encore perpétuée par quelques exploitants chézerands tels que les propriétaires de la Chèvrerie de Noirecombe. 

Cet abandon du pastoralisme et de l’exploitation lapidaire témoigne des mutations de notre société et de la perte progressive d’intérêt pour les emplois du secteur primaire et secondaire. Au-delà d’un phénomène sociétal qui conduit souvent l’agriculture à la misère sociale lorsque ce sont les grandes exploitations productivistes qui sont encouragées et subventionnées au détriment des fermes familiales/locales traditionnelles, c’est la biodiversité qui se voit impactée en perdant des milieux ouverts. 

En effet, les pâturages et alpages sont des réservoirs de biodiversité : ces habitats ouverts sont propices à un grand cortège d’espèces d’insectes, d’oiseaux et de mammifères en milieu bocager. Au-delà de la perte d’un savoir traditionnel, les pratiques pastorales sont à encourager pour redynamiser l’économie locale et favoriser la biodiversité et ses apports bénéfiques.  

Échiquier commun Nacré de la ronce Gamma

Il faut souligner à nouveau que le PNR et la commune s’emploient à financer la réouverture de certains alpages pour les mettre à disposition des agriculteurs chézerands. Le dialogue territorial entre les acteurs est primordial pour avancer ensemble. 

Si l’on en croit le discours cynégétique, le pastoralisme est aussi menacé par le retour de grands prédateurs tels que le loup gris. Revenu par la Suisse après une extinction en France, ce dernier se propage au sein des massifs montagneux : Jura, Vosges, Alpes, Massif central, mais aussi en plaine d’après certains observateurs. Ce retour en force de grands prédateurs, encouragé par les politiques européennes et françaises,  est lié au développement ou à l’amélioration des continuités écologiques via notamment la trame verte. 

Dans le Haut-Jura, les éleveurs sont contraints de cohabiter avec le loup (espèce protégée) récemment de retour dans la région et le lynx (espèce strictement protégée), réintroduit en 1974. Actuellement, on observe dans la réserve plusieurs couples reproducteurs. Afin d’assurer la coexistence avec ce grand prédateur, plusieurs mesures sont mises en place : des dialogues entre éleveurs et spécialistes du loup, la mise en place d’une solidarité entre éleveurs qui leur permet d’être aidés financièrement en cas d’attaques et de partager des connaissances. 

Notons que le loup est déclassé le 5 juin 2025 du statut d’espèce strictement protégée à espèce protégée. Certains tirs sont autorisés sur l’espèce. 

Photo Rozenn, pâturages et vaches laitières

E- L’étalement urbain, l’enclavement et la pression foncière

L’une des menaces à ne pas sous-estimer est la pression anthropique sur la faune sauvage : bien que le village de Chézery-Forens ne représente pas une pression urbaine très handicapante pour la biodiversité, à l’est, derrière les Crêts, l’urbanisme s’étend plus vite. En effet, la proximité de Genève fait du Pays de Gex et de la vallée de la Valserine un passage privilégié des travailleurs et de l’économie transfrontalière : le nombre de travailleurs transfrontaliers en 2025 est de 113 800. 

Cet attrait économique conduit à une sur-urbanisation du territoire et crée notamment, une déconnexion importante des habitants à la naturalité de leur territoire. La plaine entre le Léman et le Haut-Jura, de plus en plus urbaine, est de moins en moins capable d’accueillir la faune. L’arrondissement de Gex comprend désormais près de 90 000 habitants. La réserve est particulièrement concernée par ce problème faisant en quelque sorte frontière et état de refuge pour cette faune sauvage. 

Au vu de sa localisation frontalière avec la Suisse, Chézery-Forens fait face à une forte pression foncière, bien que sa croissance soit limitée par le PLU notamment et par les législations du PNR. L’urbanisation de Chézery-Forens est marquée par un déséquilibre : une partie importante des biens immobiliers est aujourd’hui composée de résidences secondaires, occupées de manière saisonnière. Si cette attractivité touristique fait vivre les stations environnantes et le village lors des vacances, elle engendre une pression foncière importante.

L’attrait du secteur pour les travailleurs frontaliers, dont le pouvoir d’achat est élevé, fait augmenter les prix de l’immobilier. Pour les jeunes couples locaux, l’accès à la propriété devient alors extrêmement difficile. Cette exclusion des locaux entraîne une conséquence sociale majeure : un vieillissement marqué de la population. Faute de pouvoir s’établir sur leur commune, les jeunes familles s’éloignent, menaçant à terme le maintien des services de proximité et le dynamisme de la vie locale.

Urbanisation du Pays de Gex et Genève-Léman au fond vue de la réserve

3.  Conclusion

Au vu des nombreux zonages de protection présents sur la commune (ZNIEFF, Parc naturel régional, Réserve naturelle nationale, site Natura 2000, APPB), de l’investissement des nombreux acteurs du territoire à conserver et à réaliser un usage raisonné et durable de la nature mais également au vu de nos observations avec des habitats très peu dégradés ou perturbés, on peut affirmer que l’état général des espaces naturels est très satisfaisant. De plus, les actions de sensibilisation déjà en place (notamment auprès des scolaires) grâce aux associations et instances comme le parc ou la réserve renforcent la responsabilisation des résidents et des publics touristiques. 

  • Chézery-Forens est une commune au patrimoine naturel remarquable, aux instances de gestion et de protection soucieuses de la bonne santé de sa biodiversité. Pour autant, n’est-elle pas sujette aux mêmes menaces et défis que le reste de la France ?

Cependant, pour répondre à notre problématique énoncée en début d’article, il est essentiel de considérer que, malgré le très bon niveau de conservation des espaces naturels et du paysage, Chézery-Forens est exposée aux mêmes menaces que celles qui frappent la biodiversité partout en France. Les espaces naturels de la commune sont peut-être même plus vulnérables aux aléas du changement climatique et aux pratiques humaines étant donné que ce sont des milieux montagnards, dépendant des pratiques pastorales et à la biodiversité exceptionnelle : Chézery-Forens a en quelque sorte plus à perdre que d’autres territoires français, ce qui rend son équilibre précaire. 

3.1- Nos préconisations

De ces constats, il peut sembler difficile de proposer de nouvelles mesures, le territoire étant déjà extrêmement concerné par la conservation de ses paysages et de son patrimoine culturel comme naturel. Cependant, certaines actions ou poursuites d’actions pourraient être envisagées afin de renforcer la préservation du territoire. Nous osons cependant insister sur les points suivants : 

1 – Poursuite de la diversification des boisements sur les parcelles sylvicoles

Il serait pertinent de poursuivre la diversification des essences forestières et de limiter progressivement les parcelles en monoculture : surtout celles de résineux vulnérables. Cela permettrait de rendre les boisements plus résistants face aux aléas climatiques, aux épisodes de sécheresse ainsi qu’aux parasites ou maladies. 

2 – Poursuite de l’autonomisation de la commune en énergie destinée au chauffage

Nous encourageons l’initiative de la commune à chauffer l’ensemble des bâtiments communaux grâce à un système local : production de bois, granulés, chauffe, distribution avec réseau de chauffage. L’autonomie par l’autogestion de l’énergie est, d’après nous essentielle pour répondre aux défis de demain sur la route de la transition climatique. Nous encourageons également le projet visant à généraliser cet accès au chauffage en circuit court à l’ensemble des bâtiments de la commune.

Par ailleurs, nous préconisons la poursuite de la maîtrise foncière des parcelles forestières destinées au bois d’œuvre et de chauffe et la collaboration avec les propriétaires forestiers. En encourageant la collaboration et en agrandissant la quantité de boisements acquis, une gestion conservatrice ou moins productive est possible avec des quotas de coupe plus espacés, plus rares, moins impactants et en permettant aux arbres d’atteindre des stades très mûrs et donc des bois plus rentables à la vente. Ces pratiques plus responsables et durables seraient profitables sur le long terme à l’économie sylvicole mais également à la préservation du patrimoine naturel. 

3 – Encadrement de l’accès aux zones sensibles

La mise en place de barrières amovibles pourrait permettre de restreindre l’accès des véhicules motorisés (2 roues) aux secteurs réservés aux piétons, tout en conservant une possibilité d’intervention. Ces aménagements pourraient être accompagnés d’une signalétique rappelant que certains accès sont réservés aux piétons. Il y aurait nécessité de fermer les sentiers sauvages créés par les motards ou VTTistes. 

4 – Renforcement de la sensibilisation du public

Il serait également utile de renforcer l’information à destination des visiteurs concernant les bonnes pratiques en milieu naturel : respect des sentiers, réglementation concernant les chiens, déchets rapportés. La présence répétée de chiens dans des secteurs où ils sont interdits nous a surpris, un rappel pourrait être bénéfique (pourquoi pas en abordant les dégâts qu’ils peuvent engendrer). Afin d’encourager les gens à adopter des pratiques responsables, il pourrait être intéressant de mettre en avant les espèces sensibles qui se trouvent sur les espaces naturels concernés : La responsabilisation du public sans passer par la culpabilisation nous paraît essentielle. 

5 – Encourager la réouverture de milieux ouverts 

Nous pensons qu’il serait intéressant de poursuivre la réouverture de milieux ouverts : prairies de fauche ou de pâturage, pelouses sèches calcaires. Poursuivre le projet d’ouverture d’alpages à destination des agriculteurs chézerands nous paraît pertinent pour l’activité économique et pour la diversification des habitats et des cortèges floristiques et faunistiques associés. De plus, les alpages et pâturages sont des paysages typiques du territoire et ancrés dans le cœur des habitants, comme l’attestent les témoignages de M. Groscarré ou de M. le Maire.  

3.2- Remerciements 

Rozenn : Je garde de mes deux mois de stage à Chézery-Forens avec l’association Paysages reconquis un très bon souvenir. Durant ce séjour, j’ai eu l’occasion de découvrir la région jurassienne qui m’était totalement inconnue. J’ai beaucoup apprécié d’apprendre plus en discutant avec des acteurs locaux, des habitants et Gabin qui ont pu me partager leurs visions de la commune et son histoire d’un point de vue personnel. Ça a été pour moi un plaisir de pouvoir réaliser un diagnostic sur une commune avec des espaces naturels aussi remarquables : les vastes prairies, les crêts bordant la vallée et les bords paisibles de la Valserine. Ces deux mois ont aussi été pour moi un challenge : réaliser l’article en autonomie, prendre des initiatives et me pousser à m’exercer dans des domaines où je n’étais pas forcément à l’aise. 

Gabin : Quelle formidable opportunité de réaliser ce stage de BTS aux côtés de Paysages reconquis et de Rozenn. C’était un grand plaisir de pouvoir travailler sur le village de mon arrière-grand-mère dans lequel j’ai passé mon enfance : le redécouvrir dans le contexte de nos études était très plaisant, le tout avec un peu de nostalgie. Je suis également ravi d’avoir pu participer à un projet si transversal : nos compétences naturalistes comme notre compréhension du fonctionnement de nos territoires se sont nettement améliorées. Ce serait un manquement de ne pas parler du paysage : 2 mois dans le calme d’une petite commune jurassienne, au fond d’une vallée où le seul bruit parasite est le fracas de la Valserine contre les rochers ou le chant des oiseaux, entourée de sommets escarpés couverts de forêts et de crêtes vertigineuses, quelle plaie ! 😉

Un grand merci à Claude pour cette opportunité, à Armel et Barbara de nous avoir logés, à Matis pour ses conseils, ainsi qu’à tous les Chézerands et acteurs du territoire pour leur aide si essentielle. 

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