76- La Redorte – Lagrasse

Written by Claude CAMILLI

La Redorte – Lagrasse

29 août 2020

Voici une vidéo retraçant la 76 ème étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Par le GR 77 puis le GR36, je traverse la plaine audoise en passant par Castelnau-d’Aude et Roquecourbe-Minervois, grimpe sur la montagne d’Alaric, contrefort nord du massif des Corbières, dévale sur Ribaute et rejoins Lagrasse et son abbaye bénédictine, deux villages classés parmi les plus beaux de France. Il est question de Jurinée naine, de fermeture du paysage et de rapaces.

Voici le texte de cette vidéo:

Il pleut sur le canal quand je le traverse après avoir englouti croissants et confitures maison que mon hôtesse m’a préparés. En échange, je prélève du rouleau acheté hier deux ou trois sacs poubelles pour m’en faire des capes de pluie puis, sous son regard amusé, je lui offre le rouleau restant, quasi intact, inutilement lourd.

Peu après avoir traversé l’Aude sinueuse et quelques vignes des Coteaux-de-Peyriac qui font plutôt triste mine sous les lignes à haute tension, j’arrive au village fortifié de Castelnau-d’Aude. Après l’Hérault, je traverse donc le département de l’Aude. Sols détrempés couleur ocre, murets de pierres pas vraiment sèches, cyprès et pins sombres : ce Bas-Languedoc a du charme. Je fais le détour par le cimetière, l’église et le château de Roquecourbe-Minervois, une commune rurale des bords de l’Aude dont la ripisylve peuplée de peupliers élancés ferme les vignes rectilignes.

Le GR 77 pique plein sud à travers la plaine, avec bien loin encore le Roc de l’Aigle en ligne de mire, qu’il me faudra assurément gravir. Mais avant je souris à la moue que m’adresse un graffiti qui m’annonce gaiement  la petite ville de Moux. J’y fais une halte à la terrasse d’un bistro de la rue principale, attablée devant une assiette de charcuterie et de fromage, hélas avalée dans l’humidité et les courants d’air.

Peu après Moux je passe devant le tombeau étrange et inquiétant d’Henry Bataille : je trouve ce squelette qui brandit son cœur un rien grandiloquent et pour tout dire plutôt déplaisant. Puis je traverse sous un tunnel l’autoroute des Deux Mers avant de gravir la Montagne d’Alaric.

Après la plaine alluviale de l’Aude qui la sépare de la Montagne Noire, cette montagne d’Alaric, un pli anticlinal donc convexe apparu à la formation des Pyrénées, est le contrefort nord du massif des Corbières. Le GR passe sous le Roc Gris, une crête calcaire. La légende dit que Roland, pour échapper à ses ennemis, fit sauter son cheval de cet éperon rocheux sur la montagne Noire, enjambant ainsi la vallée de l’Aude.

Je passe devant les ruines du Castrum d’Alaric. Ce château appartenait à la famille d’Alaric et protégeait les vicomtes de Trencavel.  Mais en 1210, lors de la croisade contre les Albigeois, le château tombe aux mains de Simon de Montfort après un siège de 10 jours. C’est ce même Simon de Montfort, soldat pour le moins peu diplomate, capable -comme d’autres, il est vrai- des pires cruautés, qui va faire le siège de Minerve et soumettre sa population en la privant d’eau potable.

Je quitte ici le GR 77 que je suis depuis la vallée de l’Orb dans le Haut-Languedoc pour rejoindre le GR 36 !

En m’élevant au-dessus de la plaine audoise mon regard se porte sur la Montagne Noire et celle de l’Espinouse que je traversais en juillet dernier.

Bientôt j’atteins la Tour de guet et son antenne, point culminant à 600m d’altitude.

J’y reste un instant, blottie dans les buissons à l’abri du vent, pour pique-niquer et pour prendre des repères dans ce paysage nouveau, toujours plus proche de mon but, la frontière espagnole. A mes pieds s’étale le village de Camplong-d’Aude au milieu de ses vignes dont les vins de grandes qualités sont d’appellation AOC Corbières. Au loin vers le sud, au-delà du massif des Corbières, je devine la chaîne des Pyrénées.

J’évolue dans une ZNIEFF de type I, une zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique. Ici les nombreuses pistes sauvages autour de la Tour, fréquentées par les véhicules, sont une menace pour les pelouses du sommet. Je lis qu’une petite population de Jurinée naine, vit ici et est donc menacée alors qu’elle figure sur la liste rouge de l’UICN, l’union internationale pour la conservation de la nature.

La menace vient aussi de la fermeture du paysage. Les milieux ouverts sont pourtant nécessaires aux oiseaux notamment aux rapaces comme l’aigle royal, le circaète Jean-le-Blanc, le faucon pélerin. Par ailleurs la fréquentation de cette montagne nuit à leur reproduction.

Sautant sur les dalles calcaires au milieu des lapiaz je dévale la crête jusqu’au Roc de l’Aigle avec dans mon viseur le village de Ribaute qui se trouve sur mon chemin. Puis, en suivant la saignée blanche du sentier tracé au milieu des buis couleur rouille, j’atteins les ruines de la chapelle Saint-Michel de Nahuze. Enfin le tracé du GR 36 s’incurve et plonge brutalement au fond d’une petite gorge où coule le rec des Mattes. La descente est magnifique dans un paysage nouveau de forêts, d’affleurements rocheux, de falaises calcaires, de vignobles soignés, quadrillés par de rectilignes allées, couleur ocre.

Je finis par déboucher sur une départementale qui tortille au gré du tracé de la rivière, à sec en cette fin d’été. La plaine est le domaine des vignes comme le Château Pech Latt, un domaine précurseur, en agriculture biologique depuis 1990.

Coup d’œil en arrière sur les flancs sud de la montagne d’Aléric et en avant, toujours plus au sud, jusqu’au village de Ribaute, Riba auta en occitan, « Rive haute », lui aussi élu «parmi « les plus beaux villages de France », un village dont l’existence est attestée dès le premier siècle de la dynastie carolingienne, c’est-à-dire dès le 9ème siècle. Par un pont construit pendant la Révolution française, je franchis l’Orbieu pour entrer dans le village fortifié. Je lis que des moulins à eau antérieurs au 12ème siècle étaient loués par le seigneur de Lagrasse. Je peux en voir les canaux d’irrigation en me penchant par-dessus le parapet. D’autres béals plus récents permettent l’irrigation des jardins de part et d’autre de la rivière.

Je passe sous une porte surnommée la « Herse » construite à la fin du 16ème siècle, traverse le village bâti tout en dénivelée puis m’élève par une petite route en lacet qui m’offre de superbes vues sur la Montagne d’Alaric d’où je viens. La pente s’adoucit, je franchis insensiblement un col et me retrouve devant le spectacle superbe de la ville voisine, une autre cité médiévale, elle aussi classée parmi les « plus beaux villages de France », Lagrasse. Je domine les deux ponts, les toits et les ruelles que je devine tortueuses, l’église et surtout la célèbre abbaye bénédictine.

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