1- Lauterbourg – Wissembourg

Vosges du Nord

Lauterbourg – Wissembourg

27 avril 2017

Voici une vidéo retraçant la première étape d’un cheminement à travers la France, de la frontière allemande au nord de Strasbourg à, ( peut-être un jour!), la frontière espagnole au sud de Perpignan. Dans cette longue marche, mon attention se porte en premier lieu sur les paysages, leur protection et leur reconquête éventuelle ainsi que sur la biodiversité et sa reconquête.

Lors de cette étape je traverse un site Natura 2000.

 

Voici le texte de cette vidéo:

Jeudi 27 avril

Me voici donc parvenue à la pointe extrême nord-est de cette grande France. Exactement à Lauterbourg. Quelle intrigue que ce recoin bordé par le tracé sinueux de la Lauter, ouest-est, et le trait rectiligne, franc, impérieux, sud-nord du Rhin.

A potron-minet, en ce jeudi 27 avril 2017, je m’arrache gaiement du confort sobre du Logis de France, planté sur la place de l’église de Lauterbourg pour filer à grandes enjambées… à l’opposé de ma direction. Car il me vient l’impérieuse envie de franchir la frontière à un kilomètre de là pour mettre les deux pieds en Allemagne, sous le drapeau européen, et démarrer proprement ce périple.

J’y vais.

Deux mots brefs qui claquent comme on claque la porte au petit matin. Le soleil rayonne, les vaches dans les prés me saluent, le pied est hardi, même sur le goudron impitoyable de ce premier lotissement qui découvre des maisons colorées, à colombages, avec petits nains, lapins et œufs de Pâques dans les jardins. Je suis dans le Bas-Rhin. Les habitants ici sont bilingues ou plutôt trilingues car pour la plupart la langue parlée est l’alsacien que je suis incapable de déchiffrer.

J’évacue ces pensées pour entrer avec intensité dans le vif du sujet et suivre le chemin charmant, sur un étroit talus de terre, qui s’enfonce en tortillant dans la forêt protégée par l’Europe pour son riche biotope, classée Natura 2000. La Lauter qui marque la frontière et dont l’origine viendrait du mot allemand « Laut » c’est à dire « limpide » est un des rares cours d’eau entièrement naturel, libre d’artificialisation, dont on laisse donc les méandres évoluer au gré de l’érosion de ses berges. Cette érosion est due aux embâcles, ces amas de branches mortes, de troncs et autres matériaux naturels qui offrent des refuges à la faune aquatique. Mais pourquoi ce cheminement sur un talus ? En fait, je vais suivre toute la journée, pendant près de 30 km, les lignes défensives construites sous Louis XIV, vers 1700, pour arrêter l’ennemi venu du nord. La France faisait alors face aux Anglais et aux Autrichiens pendant la guerre de Succession au trône d’Espagne. Une levée de terre, précédée par un fossé permettait d’inonder la vallée de la Lauter, un dispositif que renforçaient des digues et une cinquantaine de fortins ou redoutes dont il ne reste que les emplacements. Les inondations successives, l’omniprésence de l’eau avec les zones humides, les marais, les prairies humides qui abritent l’Azuré des paluds, un petit papillon menacé, et bien sûr aussi la ripisylve font de ces milieux naturels des lieux de grande biodiversité qu’il est impératif de restaurer et de sauvegarder. Des passes à poissons permettent aux nombreuses espèces locales dont des spécimens rares comme le saumon ou la lotte de franchir les obstacles que constituent les moulins et de rejoindre leurs frayères. La chance est avec moi : je surprends un castor qui nage à l’ombre de la berge et s’inquiète brutalement de ma présence, des chevreuils à quatre reprises, des jeunes ou des femelles car je ne vois pas les bois et un petit écureuil roux qui disparaît avec agilité, tel Puck dans le Songe d’une nuit d’été. Je ne verrai pas le blaireau qui partage curieusement son terrier avec le renard ni le Lucane Cerf-volant aux incroyables pinces, des mandibules qui permettent aux mâles de se battre entre eux ! Mais j’ai la chance d’observer la rare et belle Osmonde royale, une fougère protégée elle-aussi car menacée de disparition et surtout de marcher à côté de tapis de muguets en fleurs. Que de joie pour ce premier jour !

La pluie me surprend à la sortie de la forêt mais le soleil me rattrape dans les faubourgs de Wissembourg que j’atteins la démarche mécanique, les articulations brisées par une première journée de plus de trente kilomètres. Ne vous le cachez pas, ma petite dame : vous êtes fracassée ! Seule excuse : pas d’hébergement entre Lauterbourg et Wissembourg. Je tente de grimper sans grimacer les quelques marches qui me conduisent à ma chambrette d’hôtes, chez Solange Schneider qui m’accueille avec gentillesse. Douche brûlante, pieds objets de tous mes soins et hop sous la couette ! Quelques instants seulement car je veux profiter de la ville sous la lumière du soir. Ville brave, détruite et tyrannisée à plusieurs reprises, qui a fait partie pendant plus de trois siècles de la Décapole, cette alliance de dix villes libres d’Empire, alsaciennes, au sein du Saint-Empire romain germanique. Je repère un restaurant où un roulé de porc façon Alsace contribue à vider mes ampoules et regonfler mes muscles. Calée au fond de ma banquette j’allonge mes jambes épuisées sous la table, sans vergogne. Au fond de mon lit le moral est intact mais une question lancinante revient en boucle: comment pourrai-je donc repartir demain matin avec des pieds dans un tel état?

http://www.ville-wissembourg.eu/dynamic/pdf/natura2000/plaquette_natura2000_ok.pdf

 

 

 

 

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