La Camargue parties 2 et 3, écologie et menaces par Hugo Chambost et Lenny Boulogne

 

Diagnostic paysager de la Camargue par Hugo Chambost et Lenny Boulogne

 

Partie 2 : ETAT DES LIEUX DES SAINTES-MARIES-DE-LA-MER

SYNTHÈSE ÉCOLOGIQUE

 

La commune comprend une vaste zone de marais dulçaquicoles (un organisme dulçaquicole, ou dulcicole, est un organisme qui vit en eau douce) constitués par différents étangs dont celui de Vaccarès. Le tout est ceinturé par la plus vaste étendue de roselière de la région.

Sur le pourtour des phragmitaies (zones de plantes à tendance phragmites) on rencontre une multitude de milieux très diversifiés (jonçais, vasières, sansouires, tamarisières, prairies ouvertes…) intriqués les uns aux autres, formant une mosaïque d’habitats complexes.

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Tortue de Floride

 

 

 

 

 

 

La taille et l’emplacement du site donnent à ce complexe d’étangs et de terres un intérêt majeur sur le plan ornithologique : Placée en pleine trajectoire de migration nord/sud, la commune des Saintes offre aux oiseaux un milieu propice aux haltes migratoires grâce à un site d’alimentation exceptionnel, à la multitude d’habitats et d’espèces dont elle dispose.

Hormis les quelques 380 espèces d’oiseaux recensées, ce qui représente plus de 150 000 oiseaux qui transitent chaque année en Camargue, celle-ci abrite de nombreuses espèces de mammifères, reptiles, amphibiens, poissons…

On peut ainsi nommer la Genette, la cistude d’Europe, la grenouille rousse, la dorade royale…

Diagnostic paysager de la Camargue

                        Paysage typiquement camarguais

1) Les points négatifs

a) Déconnexion de corridors

Les canaux d’irrigation des flux hydriques sont nombreux en Camargue, ils servent à évacuer l’eau retenue à l’intérieur de la ceinture de digues. Tous ces petits canaux ce regroupent en de plus gros afin de se jeter en mer par un exutoire commun.

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                      Turbine déconnectant le canal de la mer…

C’est au bout de cet exutoire, à quelque dizaines de mètre de la mer qu’une déconnexion quasi complète a lieu.

En effet, pour casser les éventuels embâcles et remuer les sédiments, la mairie a fait installer une turbine sur toute la largeur du canal, broyant aussi bien le bois flotté que toute la faune piscicole. Cette turbine est extrêmement néfaste pour la biodiversité.

Une passe à anguille a bien été aménagée afin de palier en partie à cette déconnexion. Malheureusement, les anguilles ne sont pas les seules à remonter le cours d’eau!

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et broyant tout ce qui passe : Branches, galets, poissons, grenouilles…

De plus à l’aval, se trouvent plusieurs vannes gérées manuellement qui permettent au pertuis de déverser l’eau douce à la mer. Le site se trouvant en plein cœur d’une ZICO,         (Zone importante pour la conservation des oiseaux) certaines espèces piscicoles se font piéger par les oiseaux qui s’en nourrissent car elles restent bloquées dans cette enclave dont la superficie est trop petite, les condamnant à mourir.

b) Eaux de ruissellement polluées

L’un de ces canaux dont on a parlé ci-dessus longe le village des Saintes-Maries d’ouest en est avant de se déverser dans la mer. Plusieurs problématiques découlent de cette proximité avec la ville :

Tout d’abord on peut constater visuellement que de nombreux tuyaux d’évacuation d’eaux usées qui sortent des habitations ainsi que du camping se déversent directement (et sans traitement élaboré) dans le canal.

En cherchant davantage, il apparaît que la station d’épuration de la ville fait de même. Bien sûr, ses eaux sont traitées mais comment une petite STEP (station d’épuration des eaux usées) conçue à la base pour 2000 personnes peut faire face efficacement aux milliers de personnes présentes lors de la saison chaude ?

En creusant davantage encore, une dernière problématique s’est imposée à nous : le sol du village est entièrement bétonné et donc imperméable aux eaux de ruissellement qui lessivent alors le sol entraînant des dépôts de tout-venant avant de se jeter dans le canal.

Toutes ces problématiques montrent des sources de pollution non négligeables, et bien qu’elles soient reconnues, rien ne semble vouloir être fait pour lutter contre elles.

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                Pollution au phosphate au bord du Petit Rhône

c) Les décharges sauvages

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                           Bottes d’ensilage au bord d’un chemin de balade

Bien qu’une grande attention soit portée à la propreté, il n’est pas rare au cours d’une promenade de tomber sur les restes mal dissimulés d’un camping sauvage ou des bottes d’ensilage négligemment empilées sur le bas-côté d’une prairie ce qui nuit à l’esthétique du paysage ainsi qu’à la pureté du site. Il semble malheureusement impossible de préserver plus de 374 km² de nature sauvage du peu de conscience qu’ont certaines personnes envers la nature.

Diagnostic paysager de la Camargue

Petite décharge sauvage au détour d’un chemin

 

 

d) La disparition de la plage

Depuis une dizaine d’années, le recul de la plage préoccupe de nombreuses personnes. Or cette plage est une des principales raisons de la forte affluence de touristes au mois de juillet et d’août. Les restaurateurs, boutiquiers, et autres commerçants vivant du tourisme ont peur de ne plus bénéficier de la même affluence.

Les agents de l’urbanisme voient la mer se rapprocher dangereusement des habitations et ont peur du danger que représente cette dernière.

Les écologues, quant à eux, pensent à la biodiversité vivant dans et hors du sable, biodiversité qui disparaît avec la plage.

Cette disparition est due à la montée des eaux ainsi qu’au phénomène d’érosion provoqué par les courants marins.

Certaines mesures ont été mises en place grâce à l’intervention du délégué à l’urbanisme, Monsieur Roger De Murcia :

  • La pose d’une couche de galets sur 1 km de long devait retenir le sable et rajouter de l’épaisseur, mais le projet a été stoppé au bout de 100 mètres par la réserve naturelle régionale de l’étang de Vaccarès parce que la destruction des habitats était trop importante et parce qu’aussi, l’aspect esthétique de la plage était fortement dégradé. On peut encore voir les restes du projet sur une partie des plages de l’Est.

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                          Plage de galets, vestige des                                  tentatives de sauvegarde de la                              plage

 

 

  • La pose de rouleaux de toile de coco biodégradable devait retenir le sable lors du ressac des vagues. Bien que prometteur, le projet fut un échec car à chaque tempête les tiges de fer arrimant les rouleaux au sol se décrochaient.

Diagnostic paysager de la Camargue

Vision de la plage telle qu’elle devrait être, c.-à-d. sauvage sans actions anthropiques

e) L’épuration des eaux usées

Voilà un des sujets qui nous a le plus surpris. Malgré le fait que la Camargue possède la plus grande étendue de roselière de la région, il n’y a aucune station de phyto-épuration. Pourtant, l’efficacité d’un tel système n’est plus à prouver et les plantes pouvant jouer ce rôle ne manquent pas.

Lorsque nous avons soumis cette idée aux personnes en charge de l’épuration, on nous a répondu qu’une station de traitement chimique des eaux usées en amont est en projet, (station qui sera par ailleurs cachée à la vue du public par la plantation d’une phragmythaie).

L’idée d’une épuration écologique, efficace, et esthétique ne semble hélas pas encore avoir fait son chemin face à des techniques plus conventionnelles …

f) ‘’Après moi le déluge’’

Ce titre nous a semblé résumer notre impression quant à la politique écologique de la commune.

Les moyens alloués à l’écologie en Camargue sont utilisés avec peu de convictions, car dans cette commune on semble considérer que, aujourd’hui, il n’y a que peu de problèmes. Comme les véritables problèmes ne commenceront à se manifester que dans une trentaine d’années (perte de biodiversité, pollution, hausse du niveau de la mer…) personne ne veut prendre en charge le travail qui incombera alors aux générations futures…

2) les points positifs

a) Le capital écologique de base de la Camargue

La Camargue dispose de différentes réglementations et institutions telles que le Parc naturel régional de Camargue ainsi que la Réserve naturelle régionale de Camargue car elle dispose d’une richesse écologique exceptionnelle. Grâce à cela, l’environnement est protégé par diverses réglementations, celles d’un PNR et celles d’une réserve naturelle.

b) La commune

Bien que certains points restent négatifs tels que les déconnexions de corridors, la commune des Saintes-Maries-de-la-mer a adopté pour l’instant une politique conservatrice. Elle fait énormément pour conserver l’aspect naturel que ce soit pour les espaces naturels ou pour la ville. Ainsi le nouveau PLU révisé le 13 Juillet 2016 conserve ses caractéristiques principales (la couleur blanche sur les murs ainsi que la hauteur maximale de 7 m  doivent être respectées permettant de résister encore un temps aux pressions imposées par le besoin de développement du village). Nous en parlerons par la suite.

 

Partie 3 : LES MENACES QUI PÈSENT SUR LE TERRITOIRE

 

1) Le contexte socio-économique

a) La pression de l’Etat

Dans un souci de développement économique et social, l’Etat comme la commune cherchent à augmenter la capacité d’accueil en rajoutant des logements.

La commune souhaite construire en élargissant le village afin de conserver l’aspect authentique de celui-ci, si prisé par les touristes.

L’Etat, quant à lui, cherche à densifier le village ce qui aurait pour conséquence de sacrifier ce côté authentique en incitant à la construction d’immeubles et en interdisant la construction d’appartements ou de maison en dehors de l’enceinte du village.

Seuls 150 logements ont pu être construits au cours des trente dernières années, ce qui ne représente rien par rapport à l’afflux touristique toujours plus fort. La situation est pour le moment bloquée, mais une solution devra être trouvée pour faire évoluer le village. Combien de temps reste-t-il avant que les barres d’immeubles ne gâchent assurément le charme, le panorama et l’esprit du village ?

Diagnostic paysager de la Camargue

Grâce au PLU, seule l’église dépasse les 7 mètres de haut!

Cependant ce problème est complexe car l’afflux de personnes et les constructions en dehors de l’enceinte de la ville peuvent causer la destruction massive et irréversible de la biodiversité. Une question est donc légitime : ne peut-on imaginer de réguler ce flux de touristes comme cela se fait dans d’autres grands sites ?

D’autant plus que cette tendance à l’accroissement risque de s’inverser dans les années à venir.

b) L’affluence des touristes

Bien que la tendance risque de s’inverser au cours des 50 prochaines années, pour le moment, le petit village des Saintes-Maries de-la-Mer voit donc chaque année affluer de plus en plus de touristes et de vacanciers.

Cela est certes bénéfique pour l’économie mais fait apparaître de graves problèmes sous-jacents :

– Comment héberger tout ce monde alors que l’immobilier est bloqué ?

– Comment garantir la propreté de la commune avec autant de monde ?

– Comment les ‘‘safaris nature’’, toujours plus nombreux, ne vont-ils pas dégrader excessivement le milieu ?

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Petit groupe observant les taureaux

 

 

 

c) Les campings sauvages

La forte affluence de touristes apporte aussi son lot de feux de camps interdits, de campings sauvages, de pollutions, de bruits et lumières…

Ce sont autant de dérangements qui perturbent énormément la faune et la flore et qui, de plus, nuisent à l’esthétique de la commune.

Il est malheureusement difficile de surveiller en permanence un territoire aussi étendu et sauvage.

 

2) Le contexte écologique

a) Les moustiques

Le réchauffement climatique voit progressivement de nouvelles espèces de moustiques s’adapter dans des endroits où leur présence était impensable il y a 10 ans.

C’est le cas du moustique tigre, provenant du continent africain qui transporte avec lui son lot de maladies dangereuses et potentiellement mortelles si elles ne sont pas traitées !

La Camargue est un milieu chaud, humide et constitué de nombreux marais, c’est le milieu parfait pour le développement de moustiques. Avec les milliers de personnes visitant la Camargue chaque année, cela risque de provoquer un énorme problème sanitaire.

Des actions sont déjà menées pour lutter contre le moustique tigre :

Peu avant la saison touristique, la Camargue est arrosée d’insecticides, décimant ainsi les moustiques tigres mais aussi toutes les autres espèces d’insectes présentes et sûrement la santé des personnes qui vivent sur place tout au long de l’année.

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Moustique tigre

b) L’augmentation du niveau de la mer

Pour l’heure cette menace est ignorée par la plupart des gens, pourtant les scientifiques sont formels : le niveau de la mer va augmenter dans les prochaines années à cause du réchauffement climatique.

Cette augmentation est déjà visible, c’est un des facteurs qui fait reculer la plage chaque année, mais apparemment cette augmentation n’est pas encore assez violente pour faire réagir et poser les vraies questions :

Comment lutter contre la montée des eaux ? peut-on déplacer la population le cas échéant ? Comment préserver le patrimoine écologique et culturel de la Camargue ?

Dans un sens, cela peut se comprendre : Qui peut empêcher les eaux d’augmenter puis de déferler sur la Camargue ?

C’est maintenant qu’il faut chercher des réponses et éveiller les consciences, avant qu’il ne soit trop tard et que plus rien ne puisse être fait pour échapper à ce phénomène.

Diagnostic paysager de la Camargue

En quelques années, la mer est passée de l’autre côté de la digue

 

 

 

c) Le déplacement des haltes migratoires

A propos du réchauffement climatique, nous avons déjà abordé la montée des eaux et l’apparition du moustique tigre. De la même manière tous les animaux et végétaux sont affectés par ce changement.

Ainsi on peut craindre que de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs, faisant leur halte en Camargue se retrouvent obligées de trouver de nouvelles zones de repos, en s’aventurant de plus en plus loin.

Bien sûr, la Camargue est un immense territoire naturel qui peut accueillir de nombreuses années encore les haltes migratoires. Mais après ? Lorsque le phénomène du réchauffement planétaire aura eu pour conséquence de faire migrer les espèces jusque dans des zones moins propices à leur accueil (grandes villes, zones de cultures, zones forestières…), on peut supposer d’énormes dégâts, tant pour les espèces migratrices que pour les activités humaines.

Voici encore un questionnement restant sur le banc de touche, attendant d’être considéré comme suffisamment menaçant pour mériter que l’on s’intéresse à lui…

Diagnostic paysager de la Camargue

Aigrettes garzette en pleine pêche

 

Notre conclusion

 

La commune des Saintes-Maries-de-la-Mer est pour nous d’une bonne qualité écologique ainsi qu’esthétique. Très peu de choses viennent dégrader actuellement l’authenticité du lieu.

Il est plus approprié de parler de sauvegarde des paysages plutôt que de reconquête.

Néanmoins on peut dire que si la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer met un point d’honneur à garder une belle apparence, les problèmes que nous avons soulevés mériteraient  d’être réglés.  Mais là n’est pas le plus inquiétant:

Une très grande partie de la commune, ses habitations et son patrimoine écologique et culturel, sont menacés de finir engloutis par la montée des eaux. Seulement, cela n’arrivera que dans plusieurs dizaines d’années; très lentement, la mer va gagner du terrain sur les terres.

Ce n’est sans doute hélas que lorsque cela deviendra problématique pour les habitations qu’un intérêt sera porté à ce problème. Il sera alors assurément trop tard pour trouver une solution et la perte de ce patrimoine exceptionnel sera inévitable.

Comment éveiller les consciences au sujet de cette menace et permettre la recherche de solutions ?

Cela reste un défi que la Camargue n’est pas la seule à devoir relever !

Diagnostic paysager de la Camargue

Lever de soleil sur l’étang de Vaccarès

 

 

 

D’autres communes cherchent-elles des solutions ?

Différentes communes du littoral telles que Cary-le-Rouet utilisent d’autres alternatives pour éviter ce problème d’érosion (endiguement structuré, galets drainant, etc …) La commune de Carry-le-Rouet a compris l’importance de la montée des eaux et a donc mis en place un budget adéquat pour faire face à ce problème.

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